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Tome second.
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SERTORIUS, ACTE V, SCÈNE VI.

Seigneur, voilà l’effet de ma reconnaissance.

* Du reste, ma personne est en votre puissance :

Vous êtes maître ici; commandez, disposez,

Et recevez enfin ma main si vous l’osez.

PERPENNA.

Moi ! si je l’oserai ? Vos conseils magnanimesPouvaient perdre moins d’art à m’étalermes crimes 1 :J’en connais mieux que vous toute l’énormité,

Et pour la bien connaître ils m'ont assez coûté.

On ne s’attache point, sans un remords bien rude,

A tant de perfidie et tant d’ingratitude :

Pour vous je l’ai dompté, pour vous je l’ai détruit ;J’en ai l’ignominie, et j’en aurai le fruit.

Menacez mes forfaits et proscrivez ma tête,

De ces mêmes forfaits vous serez la conquête ;

Et n’edt tout mon bonheur que deux jours à durer,Vous n’avez dès demain qu’à vous y préparer.J’accepte votre haine, et l’ai bien méritée;

J’en ai prévu la suite, et j’en sais la portée.

Mon triomphe....

SCÈNE V.

PERPENNA, ARISTIE, V1R1ATE, AUF1DE,ARCAS, TIIAM1RE.

AUFIDE.

Seigneur, Pompée est arrivé,

Nos soldats mutinés , le peuple soulevé J .

La porte s’est ouverte à son nom, à son ombre.

Nous n’avons point d’amis qui ne cèdent au nombre :Antoine et Manlius déchirés par morceaux, [reaux.Tout morts et tout sanglants, ont encor des bour-On cherche avec chaleur le reste des complices,

Que lui-même il destine à de pareils supplices.

Je défendais mon poste, il l’a soudain forcé,

Et de sa propre main vous me voyez percé ;

Maître absolu de tout, il change ici la garde.

Pensez à vous, je meurs ; la.suite vous regarde.

ARISTIE.

Pour quelle heure, seigneur, faut-il se préparer 3A ce rare bonheur qu’il vient vous assurer?

gui par eux-mêmes n’ayant rien de sublime le deviennent parles circonstances où ils sont placés. (V.)

1 Dès qu’on fait sentir qu’il y a de l’art dans une scène, cettescène ne peut plüs toucher la cœur. (V.)

2 Ceci est une aventure nouvelle qui n’est pas assez préparée.Pompée pouvait venir ou ne venir pas le même jour; les soldaispouvaient ne se pas mutiner : ces accidents ne tiennent point aunœud de la pièce. Toute catastrophe qui n’est pas tirée de l'in-trigue est un défaut de l’art, et ne peut émouvoir le spectateur.(V.)

s Aristie répète ici les mêmes choses que lui a dites Perpennadans la scène précédente. On a déjà observé que l’ironie doitrarement être employée dans le tragique ; mais dans un momentqui doit inspirer le trouble et la terreur, elle est un défaut ca-pital. Aristie ne fait ici qu’un rôle Inutile et peu digne de la

Avez-vous en vos mains un assez bon otage,

Pour faire vos traités avec grand avantage?

PERPENNA.

C’est prendre enjria faveur un peu trop de souci,Madame ; et j’ai de quoi le satisfaire ici.

SCÈNE VI.

POMPÉE, PERPENNA, VIR1ATE, ARISTIE,CELSUS, ARCAS, THAM1RE.

PERPENNA.

Seigneur, vous aurez su ce que je viens de faire.

Je vous ai de la paix immolé l’adversaire,

L’amant de votre femme, et ce rival fameuxQui s’opposait partout au succès de vos vœux.

Je vous rends Aristie, et finis cette crainte 1Dont votre âme tantôt se montrait trop atteinte;

Et je vous affranchis de ce jaloux ennuiQui ne pouvait la voir entre les bras d’autrui.

Je fais plus ; je vous livre une iière ennemie,

Avec tout son orgueil et sa Lusitanie 1 ;

Je vous en ai fait maître, et de tous ces RomainsQue déjà leur bonheur a remis en vos mains.

Comme en un grand dessein, et qui veut prompti-On ne s’explique pas avec la multitude, [tude,Je n’ai point cru, seigneur, devoir apprendre à tousCelui d’aller demain me rendre auprès de vous ;

Mais j’en porte sur moi d’assurés témoignages.

Ces lettres de ma foi vous seront de bons gages;

Et vous reconnaîtrez, par leurs perfides traits,Combien Rome pour vous a d’ennemis secrets 3 ,

Qui tous, pour Aristie enflammés de vengeance 4,Avec Sertorius étaient d’intelligence.

Lisez.

Il lui donne les lettres qu'Aristie avait apportéesde Rome à Sertorius.

ARISTIE.

Quoi, scélérat! quoi, lâche!oses-tu bien....

PERPENNA.

Madame, il est ici votre maître et le mien 5 ;

Il faut en sa présence un peu de modestie,

Et si je vous oblige à quelque repartie,

femme de Pompée. On a tué Sertorius qu’elle n’aimait point,elle se trouve dans les mains de Perpenna, el le ne sert qu’à faireremarquer condùen elle a fait un voyage inutile en Espagne.(V.)

1 Finir une crainte ! (V.)

* Comme si cet orgueil était un effet appartenant à Viriate.(V.) — Voilà une remarque bien peu digne de Voltaire. (P.)

3 Des ennemis pour quelqu’un, c’est un solécisme et uu bar-barisme. (V.)

4 Enflammés de vengeance pour, même faute. (V.)

5 Quand même la situation serait intéressante, théâtrale etterrible, elle ne pourrait émouvoir, parce que Perpenna n’est là