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Tome second.
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SERTORIUS, ACTE V, SCÈNE VII.

La faire sans aigreur, sans outrages mélés,

Et ne point oublier devant qui vous parlez.

Vous voyez là, seigneur, deux illustres rivales,Que cette perte anime à des haines égales.

Jusques au dernier point elles m’ont outragé ;

Mais , puisque je vous vois, je suis assez vengé.

Je vous regarde aussi comme un dieu tutélaire ; [faire?Et ne puis.... Mais, 6 dieux! seigneur, qu’allez-vouspompée, après avoir brûlé les lettres sans les lire.Montrer d’un tel secret ce que je veux savoir ».

Si vous m’aviez connu, vous l’auriez su prévoir.

Rome en deux factions trop longtemps partagéeN’y sera point pour moi de nouveau replongée;

Et quand Sylla lui rend sa gloire et son bonheur,

Je n’y remettrai point le carnage et l’horreur J .

Oyez, Celsus.

( Il lui parle à l'oreille. )

Surtout empêchez qu’il ne nommeAucun des ennemis qu’elle m’a faits à Rome.

( à Perpenna. )

Vous, suivez ce tribun ; j’ai quelques intérêtsQui demandent ici des entretiens secrets.

PERPENNA.

Seigneur, se pourrait-il qu’après un tel service....

POMPÉE.

J’en connais l’importance, et lui rendrai justice.Allez.

PERPENNA.

Mais cependant leur haine....

POMPÉE.

C’est assez.

Je suis maître; je parle; allez, obéissez 3 .

Qu’un misérable, qu’un vil délateur et qu’on nepeutjouerunVoie plus bas et plus lâche. (V.)

1 Celle action de brûler des lettres est belle dans l’histoire, etfait un mauvais effet dans une tragédie. On apporte une bougie,autrefois on apportait une chandelle. (V.) — Qu’on apporte unebougie ou une chandelle pour brûler ces lettres, cela prouveseulement que le service du théâtre s’est fait longtemps avecUne Indécence révoltante ; mais l’action de Pompée n’en est pasUmins belle. Chénier, dans sa tragédie de Philippe second,® fait un emploi très-heureux d’un moyen à peu prés sembla-ble. Don Carlos brûle des papiers qu’on veut lui arracher, etlui compromettraient des citoyens fidèles à qui l’on fait uncrime de réclamer les droits de leur patrie. (P.)

1 On ne remet point le carnage dans une ville, comme on yremet la paix. Le carnage H l'horreur, termes vagues et usésqu’il faut éviter. Aujourd’hui, tous nos mauvais versilicateursemploient le carnage et l’horreur à la lin d’un vers, comme lesar mes et les alarmes pour rimer. (V.)

I.e froid qui règne dans ce dénouement vient principalementuu rôle bas et méprisable que joue Perpenna. Il est assez lâchePour venir accuser la femme de Pompée d’avoir voulu faire desennemis h son mari dans le temps de son divorce, et assez im-bceile pour croire que Pompée lui en saura gré dans le tempsqu'il reprend sa femme. Un défaut non moins grand, c’est quecette accusation contre Arislie est un faible épisode auquel onne s’attend point. C’est une belle chose dans l’histoire que Pom-

SCÈNE VII.

POMPÉE, VIRIATE, ARISTIE, THAMIRE,ARCAS.

' POMPÉE.

Ne vous offensez pas d’ouïr parler en maître,

Grande reine; ce n’est que pour punir un traître.

Criminel envers vous d’avoir trop écoutéL’insolence où montait sa noire lâcheté,

J’ai cru devoir sur lui prendre ce haut empire,

Pour me justifier ayant que vous rien dire :

Mais je n’abuse point d’un si facile accès,

Et je n’ai jamais su dérober mes succès. [lève,Quelque appui que son crime aujourd’hui vous en-Je vous offre la paix, et ne romps point la trêve ;

Et ceux de nos Romains qui sont auprès de vousPeuvent y demeurer sans craindre mon courroux.

Si de quelque péril je vous ai garantie,

Je ne veux pour tout prix enlever qu’Aristie,

A qui devant vos yeux, enfin maître de moi,

Je rapporte avec joie et ma main et ma foi.

Je ne dis rien du cœur, il tint toujours pour elle.

ARISTIE.

Le mien savait vous rendre une ardeur mutuelle ;

Et, pour mieux recevoir ce don renouvelé,

pée brûle les lettres sans les lire ; mais ce n’est point du toutune chose tragique : ce qui arrive dans un cinquième acte, sansavoir été préparé dans les premiers, ne fait jamais une impres-sion violente. Ces lettres sont une chose absolument étrangèreà la pièce. Ajoutez à tous ces défauts contre l'art du théâtre quele supplice d’un criminel, et surtout d’un criminel méprisable,ne-produit jamais aucun mouvement dans l’àme; le spectateurne craint ni n’espère. Il n’y a point d’exemple d’un dénouementpareil qui ait remué l’àme, et il n’y en aura point. Aristote avaitbien raison et connaissait bien le coeur humain, quand il disait([ue le simple châtiment d’un coupable ne pouvait être un sujetpropre au théâtre. Encore une fois, le cœur veut être ému ; et,quand on ne le trouble pas, on manque à la première loi de latragédie. Viriate parle noblement à Pompée; mais des compli-ments finissent toujours une tragédie froidement. Toutes cesvérités sont dures, je l’avoue ; mais à qui dures ? à un hommequi n’est plus. Quel bien lui ferai-je en le flattant? quel mal, endisant vrai? Ai-je entrepris un vain panégyrique ou un ouvrageutile? Ce n’est pas pour lui que je réfléchis, et que j’écris ceque m’ont appris cinquante ans d’expérience, c’est pour les au-teurs et pour les lecteurs. Quiconque ne connaît pas tes défautsest incapable de connaître les beautés, et je répète ce que j’aidit dans l’examen de presque toutes ces pièces, que la vérité estpréférable à Corneille, et qu’il ne faut pas tromper les vivantspar respect pour les morts. Je ne suis pas même retenu par lacrainte de me voir soupçonné de sentir un plaisir secret à ra-baisser un grand homme, dans la vaine idée de m’égaler à luien l’avilissant : je me crois trop au-dessous de lui. Je dirai seu-lement ici que je parlerais avec plus de hardiesse et de force sije ne m’étais pas exercé quelquefois dans l’art de Corneille. J’aidit ma pensée avec Thonnète liberté dont j’ai fait professiontoute ma vie; et je sens si vivement ce que le père du théâtre ade sublime, qu’il m’est permis plus qu’à personne de montreren quoi il n’est pas imitable. (V.)