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Tome second.
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SOPUONISBE, ACTE I, SCENE III.

J e sais qu’il peut, s’aigrir, quand il voit qu’on le quitte [Par l’estime qu’on prend pour un autre mérite :

Mais lorsqu’on lui préfère un prince à cheveux gris,Ce choix fait sans amour est pour lui sans mépris;

Et l’ordre ambitieux d’un hymen politiqueN’a rien que ne pardonne un courage héroïque :Lui-mème il s’en console, et trompe sa douleurA croire que la main n’a point donné le cœur.

J’ai donc peu de sujet de craindre Massinisse;

J’en ai peu de vouloir que la guerre finisse ;

J’espère en la victoire, ou du moins en l’appuiQue son reste d’amour me saura faire en lui :

Mais le reste du mien, plus fort qu’on ne présume,Trouvera dans la paix une prompte amertume;

Et d’un chagrin secret la sombre et dure loiM’y fait voir des malheurs qui ne sont que pour moi.HEItMlNIK.

J’ai peine à concevoir que le ciel vous envoieDes sujets de chagrin dans la commune joie,

Et par quel interet un tel reste d’amourVous feia des malheurs en ce bienheureux jour.

SOPUONISBE.

Ce reste ne va point à regretter sa perte,

Dont je prendrais encor l’occasion offerte;

Mais il est assez fort pour devenir jalouxDe celle dont la paix le doit faire l’époux.

Éryxe, ma captive, Éryxe, cette reineQuides Gétuliens naquit la souveraine,

Eut aussi bien que moi des yeux pour ses vertus,

Et trouva de la gloire à choisir mon refus.

Ce fut pour empêcher ce fameux hyinénéeQue Syphax fit la guerre à cette infortunée,

La surprit dans sa ville , et lit en ma faveurCe qu’il n’entreprenait que pour venger sa sœur;

Car tu sais qu’il l'offrit à ce généreux prince,

Et lui voulut pour dot remettre sa province.

HERMINIE.

Je comprends encor moins que vous peut importerA laquelle des deux il daigne s’arrêter.

Ce fut, s’il m’eri souvient, votre prière expresseQ ‘ ' ir Syphax offrir cette princesse ;

El je ne puis trouver matière à vos douleursDans .a perte d’un cœur que vous donniez ailleurs.

SOPUONISBE.

Je le donnais ce cœur où ma rivale aspire;

Ce don, s’il l’edt souffert, eût marqué mon empire;Eût montré qu’un amant si maltraité par moiPrenait encor plaisir à recevoir ma loi.

Après m’avoir perdue, il aurait fait connaîtreQu’il voulait m’être encortoutcequ'il pouvait m’être,Se rattacher à moi par les liens du sang,

Et tenir de ma main la splendeur de son rang;

Mais s’il épouse Eryxe, il montre un cœur rebelleQui me néglige autant qu’il veut brûler pour elle,

Qui brise tous mes fers et brave hautementL’éclat de sa disgrâce et de mon changement.

HEBMINIE.

Certes, si je l’osais, je nommerais capriceCe trouble ingénieux à vous faire un supplice,

Et l’obstination des soucis superflus

Dont vousgêne ce cœurquand vous n’en voulez plus.

SOPUONISBE.

Ah ! que de notre orgueil tu sais mal la faiblesse,Quand tu veux que son choix n’ait rien qui m’intéresse !

Des cœurs que la vertu renonce à posséderLa conquête toujours semble douce à garder ;

Sa rigueur n’a jamais le dehors si sévère,

Que leur perte au dedans ne lui devienne amère;

Et de quelque façon qu’elle nous fasse agir,

Un esclave échappé nous fait toujours rougir».

Qui rejette un beau feu n’aime point qu’on l’éteigne :On se plaît à régner sur ce que l’on dédaigne ;

Et l'on ne s’applaudit d’un illustre refusQu’alors qu’on est aimée après qu’on n’aime plus.

Je veux donc, s'il se peut, que l’heureux MassinissePrenne tout autre hymen pour un affreux supplice;Qu’il m’adore en secret; qu’aucune nouveautéN’ose le consoler de ma déloyauté;

Ne pouvant être à moi, qu’il ne soit à personne,

Ou qu’il souffre du moins que mon seul choix le donne.Je veux penser encor que j’en puis disposer,

Et c’est de quoi la paix me va désabuser.

Juge si j’aurai lieu d’en être satisfaite,

Et par ce que je crains vois ce que je souhaite.

Mais Éryxe déjà commence mon malheur,

Et me vient par sa joie avancer ma douleur.

SCÈNE III.

SOPnONISBE, ÉRYXE, IIERM1NYE,BARCÉE.

ÉRVXE.

Madame, une captive oserait-elle prendre

■ Cette petite coquetterie comique et cette nouvelle disserta-lion sur les femmes qui veulent toujours conserver leurs amantssont si déplacées, que la confidente a bien raison de lui direrespectueusement qu’elle est une capricieuse. Ce mot seul decaprice ôte au rùle de Sophonisbe toute la dignité qu’il devaitavoir, détruit l’intérêt, et est un vice capital. Ajoutez à cettegrande faute les défauts continuels de la diction, comme Eryxequi avance la douleur de Sophonisbe par sa joie ; une nouveautéqui n'ose consoler de la déloyauté; vu illustre refus; uneperte devenue amère au dedans; Herminie qui ne comprendpas que peut importer à laquelle on veuille s'arrêter; unregret d'amour qui ne va point à regretter une perte donton prendrait encore Voccasion offerte; et tout ce galimatiasabsurde qu’on ne remarqua pas assez dans un temps où le goûtdes Français n’était pas encore formé, et qu’on ne remarqueguère aujourd’hui, parce qu’on ne lit pas avec attention, etsurtout parce oue personne ne lit les dernières pièces de Cor-neille. (V.)