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Tome second.
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207
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SOPHONISBE, ACTE I, SCÈNE II.

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ACTE PREMIER.

SCENE PREMIERE.

SOPHONISBE, BOCCIIAR, HERMINIE.

BOCCHAR.

Madame, il était temps qu’il vous vînt du secours ;

Le siège était formé, s’il eût tardé deux jours :

Les travaux commencés allaient à force ouverteTracer autour des murs l’ordre de votre perte 1 ;

Et l’orgueil des Romains se promettait l’éclatD’asservir par leur prise et vous et tout l’État.

Syphax a dissipé, par sa seule présence,

De leur ambition la plus Gère espérance.

Ses troupes, se montrant au lever du soleil,

Ont de votre ruine arreté l’appareil.

A peine une heure ou deux elles ont pris haleine,Qu’il les range en bataille au milieu de la plaine.L’ennemi fait le même, et l'on voit des deux partsNos sillons hérissés de piques et de dards,

Et l’une et l’autre armée étaler même audace,

Égale ardeur de vaincre, et pareille menace.L’avantage du nombre est dans notre parti :

Ce grand feu des Romains en paraît ralenti ;

Du moins de Lælius la prudence inquiète

Sur le point du combat nous envoie un trompette :

On le mène à Syphax , à qui sans différer

De sa part il demande une heure à conférer.

Les otages reçus pour cette conférence,

Au milieu des deux camps l’un et l’autre s’avance;

Et si le ciel répond à nos communs souhaits,

Le champ de la bataille enfantera la paix.

Voilà ce que le roi m’a chargé de vous dire,

Et que de tout son cœur à la paix il aspire,

Pour ne plus perdre aucun de ces moments si douxQue la guerre lui vole en l’éloignant de vous.

SOPHONISBE.

Le roi m’honore trop d’une amour si parfaite.Dites-lui que j’aspire à la paix qu’il souhaite,

Niais que je le conjure, en cet illustrejour,

Ée penser à sa gloire encor plus qu’à l’amour 1 .

1 Voltaire a dit depuis :

H fait tracer leur perte autour de leurs murailles,c’est là un des plus beaux vers de sa Henriade,a Vous voyez que l’exposition de la pièce est bien faite. Onj^ire tout d’un coup en matière : on est occupé de grands ob-Jets; les fautes de style, comme se promettre Véclat d’asser-Vlr vous et VÉtat, étaler des menaces, envoyer un trompette,V) J C heure à conférer, sont des minuties, qu’il ne faut pas à la^fité négliger, mais qu’on ne doit pas reprendre sévèrement'ÏUand le beau est dominant. (V.)

SCENE II.

SOPHONISBE, HERMINIE.

HEBMINIE.

Madame, ou j’entends mal une telle prière,

Ou vos vœuxpourla paix n’ont pas votre âme entière;Vous devez pourtant craindre un vainqueur irrité.

SOPHONISBE.

J’ai fait à Massinisse une infidélité.

Accepté par mon père, et nourri dans Carthage,

Tu vis en tous les deux l’amour croître avec l’âge.

Il porta dans l’Espagne et mon cœur et ma foi :

Mais durant cette absence on disposa de moi.J’immolai ma tendresse au bien de ma patrie :

Pour lui gagner Syphax j’eusse immolé ma vie.

Il était aux Romains, et je l’en détachai ;

J’étais à Massinisse, et je m’en arrachai.

J’en eus de la douleur, j’en sentis de la gêne ;

Mais je servais Carthage, et m’en revoyais reine;Car, afin que le change eût pour moi quelque appas,Syphax de Massinisse envahit les États,

Et mettait à mes pieds l’une et l’autre couronne,Quand l’autre était réduit à sa seule personne.

Ainsi contre Carthage et contre ma grandeurTu me vis n’écouter ni ma foi ni mon cœur.

HEBMINIE.

Et vous ne craignez point qu’un amant ne se venge,S’il faut qu’en son pouvoir sa victoire vous range ?

SOPHONISBE.

Nous vaincrons, Herminie; et nos destins jaloux 1Voudront faire à leur tour quelque chose pour nous :Mais si de ce héros je tombe en la puissance,Peut-être aura-t-il peine à suivre sa vengeance,

Et que ce même amour qu’il m’a plu de trahirNe se trahira pas jusques à me haïr.

Jamais à ce qu’on aime on n’impute d’offense 1 ;Quelque doux souvenir prend toujours sa défense.L’amant excuse, oublie; et son ressentimentA toujours, malgré lui, quelque chose d’amant.

1 II y a des degrés dans le mauvais comme dans le bon. Cettetirade n’est pas de ce dernier degré qui étonne et qui révoltedans Pertharilc, dans Théodore, dans Attila, dans Agési-las; mais si le plus plat des auteurs tragiques s’avisait de direaujourd’hui, nos destins jaloux voudront faire quelque chose'pour nous à leur tour; un amour qu'il m’a plu de trahir nese trahira pas jusqu’à me haïr, etc. et s’il étalait sans cessetous ces misérables lieux communs de politique, y aurait-il as-sez de sifflets pour lui? (V.)

1 Le cœur est glacé dès cette scène. Ces dissertations sur l’a-mour, qui tiennent plus de la comédie que de la tragédie, neconviennent ni h une femme qui aime véritablement, ni à uneambitieuse comme Sophonisbe ; et Sophonisbe, qui, dans cettescène, trouve bon que Massinisse ne l’aime point, et qui ne veutpas qu’il en aime une autre Joue dès ce moment un personnageauquel on ne peut jamais s’intéresser. (V.)