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Tome second.
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SOPHONISBE, ACTE II. SCÈNE III.

SCÈNE 11'.

MASSINISSE, ÉRYXE, BARCÉE,MÉZÉTULLE.

MASSINISSE.

Enfin, maître absolu des murs et de la ville,

.Te puis vous rapporter un esprit plus tranquille,Madame, et voir céder en ce reste du jourLes soins de la victoire aux douceurs de l’amour.

.le n’aurais plus de lieu d’aucune inquiétude,

N’était que je ne puis sortir d’ingratitude,

Et que dans mon bonheur il n’est pas bien en moiDe m’acquitter jamais de ce que je vous doi.

Les forces qu’en mes mains vos bontés ont remises,Vous ont laissée en proie à de lâches surprises,

Et me rendaient ailleurs ce qu’on m’avait ôté,

Tandis qu’on vous ôtait et sceptre et liberté.

Ma première victoire a fait votre esclavage;

Celle-ci, qui le brise, est encor votre ouvrage ;

Mes bons destins par v'ous ont eu tout leur effet,

Et je suis seulement ce que vous m’avez fait.

Que peut donc tout l’effort de ma reconnaissance,Lorsque je tiers de vous ma gloire et ma puissance?Et que vous puis-je offrir que votre propre bien,Quand je vous offrirai votre sceptre et le mien?

ÉRYXE.

Quoi qu'on puisse devoir, aisément on s’acquitte,Seigneur, quand on se donne avec tant de mérite :C’est un rare présent qu’un véritable roiQu’a rendu sa victoire enfin digne de moi.

Si dans quelques malheurs pour vous je suis tombée,Nous pourrons en parler un jour dans I lyarbée',Lorsqu’on nous y verra dans un rang souverain,

La couronne à la tête, et le sceptre à la main.

Ici nous ne savons encor ce que nous sommes :

Je tiens Unit fort douteux tant qu’il dépend des hom-Et n’ose m’assurer que nos amis jaloux [mes,

Consentent l’union de deux trônes en nous.

Ce qu’avec leurs héros vous avez de pratiqueVous a dd mieux qu’à moi montrer leur politique.

Je ne vous en dis rien : un souci plus pressant,

Et, si je l’ose dire, assez embarrassant,

Où môme ainsi que vous la pitié m'intéresse,

Vous doit inquiéter touchant votre promesse.Dérober Sophonisbe au pouvoir des Romains,

‘ Celte scène est aussi froide et aussi comiquement écrite quela précédente. Masslnisse est non-seulement le maitre de laville, mais aussi des murs. Il t'oit céder les soins de la victoireaux douceurs de l’amour en ce reste du jour. Il n’aurait plussujet d'aucune inquiétude, n’était qu’il nc r pcut sortir d'in-gratitude. Quand on fait parler ainsi ses héros, il faut se taire.Êryxedit autantdesottisesque Massinis.se: J'appelle hardimentles choses parleur nom; cl J’ai cette hardiesse, parce que j’ido-l:\tre les beaux morceaux du Cid, d'Horace, de Cinna , de Po-hjcuclc, et de Pompée. (Y.j

C’est un pénible ouvrage, et digne de vos mains ;Vous devez y penser.

MASSINISSE.

Un peu trop téméraire,Peut-être ai-je promis plus que je ne puis faire.

Les pleurs de Sophonisbe ont surpris ma raison.L’opprobre du triomphe est pour elle un poison ;

Et j’ai cru que le ciel l’avait assez punie,

Sans la livrer moi-même à tant d’ignominie.Madame, il est bien dur de voir déshonorerL’autel où tant de fois on s’est plu d'adorer;

Et l’ûine ouverte aux biens que le ciel lui renvoieNe peut rien refuser dans ce comble de joie.

Mais, quoi que ma promesse ait de difficultés ,L’effet en est aisé, si vous y consentez.

ÉRYXE.

Si j’y consens! bien plus seigneur, je vous en prie..Voyez s’il faut agir de force ou d’industrie;

Et concertez ensemble en toute libertéCe que dans votre esprit vous avez projeté.

Elle vous cherche exprès.

SCÈNE IIJ.

MASSINISSE, SOPHONISBE, ÉRYXE, BAR-CÉE, HERMINIE, MÉZÉTULLÉ.

ÉRYXE.

Tout a changé de face,Madame, et les destins vous ont mise en ma place.Vous me deviez servir malgré tout mon courroux,

Et je fais à présent même chose pour vous :

Je vous l’avais promis, et je vous tiens parole.

SOPHONISBE.

Je vous suis obligée; et ce qui m’en console,

C’est que tout peut changer une seconde fois;

Et je vous rendrai lors tout ce que je vous dois.

ÉRYXE.

Si le ciel jusque-là vous en laisse incapable,

Vous pourrez quelque temps être ma redevable,

Non tant d'avoir parlé, d’avoir prié pour vous,Comme de vous céder un entretien si doux.

Voyez si c’est vous rendre un fort méchant officeQue vous abandonner le prince Massinisse.

SOPHONISBE.

Ce n’est pas mon dessein de vous le dérober.

ÉRYXE.

Peut-être en ce dessein pourriez-vous succomber.Mais, seigneur, quel qu’il soit, je n’y mets point d’obstacles :Un héros, comme un dieu, peut faire des miracles ;Et, s’il faut mon aveu pour en venir à bout,

Soyez sür de nouveau que je consens à tout.

Adieu 1 .

1 Ce qui fnitque celle petite scène de bravades entre Éryxect