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Tome second.
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SOPHONISBE, ACTE III, SCENE VI.

SCÈNE V.

SYPHAX, MASSINISSE, SOPHONISBE, LÉ-PIDE, HERMINIE, MÉZÉÏULLE, gardes.

RÉPIDE.

Touché de cet excès du malheur qui le suit,

Madame, par pitié Lælius vous l’envoie,

Et donne à ses douleurs ce mélange de joieAvant qu’on le «onduise au camp de Scipion.MASSINISSE.

J’aurai pour ses malheurs même compassion.

Adieu : cet entretien ne veut point nia présence;

J’en attendrai l’issue avec impatience ;

Et j’ose en espérer quelques plus douces loisQuand vous aurez mieux vu le destin des deux rois.SOPIION1SBE.

Je sais ce que je suis et ce que je dois faire,

Et prends pour seul objet ma gloire à satisfaire.

SCÈNE VI.

SYPIIAX, SOPHONISBE, LÉPIDE, HERMI-NIE; GARDES.

SYPIIAX.

Madame, à cet excès de générosité,

Je n’ai presque plus d’yeux pour ma captivité;

Et malgré de mon sort la disgrâce éclatante,

Je suis encor heureux quand je vous vois constante.

TJn rival triomphant veut place en votre cœur,

Et vous osez pour moi dédaigner ce vainqueur !

Vous préférez mes fers à toute sa victoire, ■

Et savez hautement soutenir votre gloire !

Je ne vous dirai point aussi que vos conseilsM’ont fait choir de ce rang si cher à nos pareils,

Ni que pour les Romains votre, haine implacableA rendu ma déroute à jamais déplorable.

Puisqu’en vain Massinisse attaque votre foi,

Je règne dans votre âme, et c’est assez pour moi.

SOPHONISBE.

Qui vous dit qu’à ses yeux vous y régniez encore ?Que pour vous je dédaigne un vainqueur qui m’adore?Et quelle indigne loi m’y pourrait obliger,

Lorsque vous m’apportez des fers à partager ?

SYPIIAX.

Ce soin de votre gloire, et de lui satisfaire...SOPHONISBE.

Quand vous l’entendrez bien, vous dira le contraire.Ma gloire est deviter les fers que vous portez ;D’éviter le triomphe où vous vous soumettez.

Ma naissance ne voit que cette honte à craindre.Enfin détrompez-vous, il siérait mal de feindre :

Je suis à Massinisse, et le peuple en ces lieux

Vient de voir notre hymen à la face des dieux ;

Nous sortons de leur temple.

SYPHAX.

Ah! que m’osez-vous dire?

SOPnONISBE.

Que Rome sur mes jours n’aura jamais d’empire.

J’ai su m’en affranchir par une autre union;

Et vous suivrez sans moi le char de Scipion.

SYPHAX.

Le croirai-je, grands dieux! et le voudra-t-on croire,Alors que l’avenir en apprendra l’histoire?Sophonisbe servie avec tant de respect,

Elle que j’adorai dès le premier aspect,

Qui s’est vue à toute heure et partout obéie,

Insulte lâchement à ma gloire trahie,

Met le comble à mes maux par sa déloyauté,

Et d’un crime si noir fait encor vanité!

SOPHONISBE.

Le crime n’est pas grand d’avoir l’âme assez hautePour conserver un rang que le destin vous ôte :

Ce n’est point un honneur qui rebute en deux joursEt ijui règne un moment aime à régner toujours :Mais si l’essai du trône en fait durer l’envieDans l’âme la plus haute à l’égal de la vie,

Un roi né pour la gloire, et digne de son sort,

A la honte des fers sait préférer la mort ;

Et vous m’aviez promis en partant...

SYPHAX.

Ah ! madame.

Qu’une telle promesse était douce à votre âme!

Ma mort faisait dès lors vos plus ardents souhaits.

SOPHONISBE.

Non; mais je vous tiensmieuxcequejevousprometsJe vis encore en reine, et je mourrai de même.

SYPHAX.

Dites que votre foi tient toute au diadème,

Que les plus saintes lois ne peuvent rien sur vous

SOPHONISBE.

Ne m’attachez point tant au destin d'un époux,Seigneur; les lois de Rome et celles de CarthageVous diront que l’hymen se rompt par l’esclavage,Que vos chaînes du nôtre ont brisé le lien, •

Et qu’étant dans les fers vous ne m’êtes plus rien.Ainsi par les lois même en mon pouvoir remise,

Je me donne au monarque à qui je fus promise,

Et m’acquitte envers lui d’une première foiQu’il reçut avant vous de mon père et de moi.

Ainsi mon changement n’a point de perfidie;

J'étais et suis encore au roi de Numidie,

Et laisse à votre sort son flux et son reflux,

Pour régner malgré lui quand vous ne régnez plus.

SYPHAX.

Ah! s’il est quelques lois qui souffrent qu’on étaleCet illustre mépris de la foi conjugale,