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Tome second.
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SOPHONISBE, ACTE IV, SCENE II.

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Lépide, il n’appartient qu’à de vrais généreuxD’avoir cette pitié des princes malheureux ;

Autres que les Romains n’en chercheraient la gloire.

LÉPIDE.

Lælius fera voir ce qu’il vous en faut croire.

Vous autres, attendant quel est son sentiment,Allez garder le roi dans cet appartement.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

SYPHAX, LÉPIDE.

LÉPIDE.

Lælius est dans Cyrthe, et s’en est rendu maître :Bientôt dans ce palais vous le verrez paraître;

Et, si vous espérez que parmi vos malheursSa présence ait de quoi soulager vos douleurs,

Vous n’avez avec moi qu’à l’attendre au passage.

SYPHAX.

Lépide, que dit-il touchant ce mariage?

En rompra-t-il les nœuds? en sera-t-il d’accord?Fera-t-il mon rival arbitre de mon sort?

LÉPIDE.

Je ne vous réponds point que sur cette matièreIl veuille vous ouvrir son âme tout entière ;

Mais vous pouvez juger que, puisqu'il vient ici,

Cet hymen comme à vous lui donne du souci.Sacliez-le de lui-même ; il entre, et vous regarde.

SCÈNE II.

LÆLIUS, SYPHAX, LÉPIDE.

LÆLIUS.

Détachez-lui ses fers, il suffit qu’on le garde.

Prince, je vous ai vu tantôt comme ennemi,

Et vous vois maintenant comme ancien 1 ami.

Le fameux Scipion, de qui vous ffites l’hôte,

Ne s'offensera point des fers que je vous ôte,

Et ferait encor plus, s’il nous était permisDe vous remettre au rang de nos plus chers amis.

SYPHAX.

Ah! ne rejetez point dans ma triste mémoireLe cuisant souvenir de l’excès de ma gloire ;

1 Le mot ancien comptait alors pour trois syllabes, et c’estmal à propos que les éditeurs modernes, croyant apercevoirdans ce, vers une faille d’impression, ont intercalé un monos) 1-lalie dans le dernier hémistiche.

Et ne reprochez point à mon cœur désolé,

A force de bontés, ce qu’il a violé.

Je fus l’ami de Rome, et de ce grand courageQu’opposent nos destins aux destins de Carthage;Toutes deux, et ce fut le plus beau de mes jours,

Par leurs plus grands héros briguèrent mon secours.J’eus des yeux assez bons pour remplir votre attente ;Mais que sert un bon choix dans une âme inconstante ?Et que peuvent les droits de l’hospitalitéSur un cœur si facile à l’infidélité?

J’en suis assez puni par un revers si rude,

Seigneur, sans m’accabler de mon ingratitude;

Il suffit des malheurs qu’on voit fondre sur moi,

Sans me convaincre encor d’avoir manqué de foi,

Et me faire avouer que le sort qui m’opprime,

Pour cruel qu’il me soit, rend justice à mon crime.

LÆLIUS.

Je ne vous parle aussi qu’avec cette pitiéQue nous laisse pour vous un reste d’amitié :

Elle n’est pas éteinte, et toutes vos défaitesOnt rempli nos succès d’amertumes secrètes.

Nous ne saurions voir même aujourd’hui qu’à regretCe gouffre de malheurs que vous vous êtes fait.

Le ciel m’en est témoin, et vos propres murailles,Qui nous voyaient enflés du gain de deux batailles,Ont vu cette amitié porter tous nos souhaitsA regagner la vôtre, et vous rendre la paix.

Par quel motif de haine obstinée à vous nuireNous avez-vous forcés vous-même à vous détruire?Quel astre, de votre heur et du nôtre jaloux,

Vous a précipité jusqu’à rompre avec nous ?SYPHAX.

Pourrez-vous pardonner, seigneur, à ma vieillesse,Si je vous fais l’aveu de toute sa faiblesse?

Lorsque je vous aimai, j’étais maître de moi ;

Et tant que je le fus je vous gardai ma foi :

Mais dès que Sophonisbe avec son byménéeS’empara de mon âme et de ma destinée,

Je suivis de ses yeux le pouvoir absolu,

Et n’ai voulu depuis que ce qu’elle a voulu.

Que c’est un imbécile et sévère esclavageQue celui d’un époux sur le penchant de l'âge,

Quand sous un front ridé qu’on a droit de haïrIl croit se faire aimer à force d’obéir !

De ce mourant amour les ardeurs ramasséesJettent un feu plus vif dans nos veines glacées,

Et pensent racheter l’horreur des cheveux grisPar le présent d’un cœur au dernier point soumis.Sophonisbe par là devint ma souveraine,

Régla mes amitiés, disposa de ma haine,

M’anima de sa rage, et versa dans mon seinDe toutes ses fureurs l’implacable dessein.

Sous ces dehors charmants qui paraient son visage,C’était une Aleeton que déchaînait Carthage :