Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

OTHON,

TRAGÉDIE. — 1665.

AU LECTEUR.

PERSONNAGES.

Si mes amis ne me trompent, cette pièce égale ou passeia meilleure des miennes '. Quantité de suffrages illustreset solides se sont déclarés pour elle; et, si j’ose y mêler lemien, je vous dirai que vous y trouverez quelque justessedans la conduite, et un peu de bon sens dans le raisonne-ment. Quant aux vers, on n’en a point vu de moi que j’aietravaillés avec plus de soin. Le sujet est tiré de Tacite, quicommence ses histoires par celle-ci; et je n’en ai encoremis aucune sur le théâtre à qui j’aie gardé plus de fidélité,et prêté plus d’invention. Les caractères de ceux que j’yfais parler y sont les mêmes que chez cet incomparableauteur, que j’ai traduit tant qu’il m’a été possible. J’ai tâ-ché de faire paraître les vertus de mon héros en tout leuréclat, sans en dissimuler les vices, non plus que lui; et jeme suis contenté de les attribuer à une politique de cour,où, quand le souverain se plonge dans les débauches, etque sa faveur n’est qu’à ce prix, il y a presse à qui sera dela partie. J’y ai conservé les événements, et pris la libertéde changer la manière dont ils arrivent, pour en jeter toutle crime sur un méchant homme, qu’on soupçonna dèslors d’avoir donné des ordres secrets pour la mort de Vi-nius, tant leur inimitié était forte et déclarée! O thon avaitpromis à ce consul d’épouser sa fille, s’il le pouvait fairechoisir à Galba pour successeur ; et comme il se vil empe-reur sans son ministère, il se crut dégagé de cette pro-messe , et ne l’épousa point. Je n’ai pas voulu aller plusloin que l’histoire ; et je puis dire qu’on n’a point encorevu de pièce où il se propose tant de mariages pour n’enconclure aucun. Ce sont intrigues de cabinet qui se détrui-sent les unes les autres. J’en dirai davantage quand meslibraires joindront celle-ci aux recueils qu’ils ont faits decelles de ma façon qui l’ont précédée.

1 II ne faut guère en croire sur un ouvrage ni l’auteur ni sesamis, encore moins les critiques précipitées qu’on en fait dansla nouveauté. En vain Corneille dit que cette pièce égale oupasse la meilleure des siennes; en vain Fontenelle fait l’élogeà’Othon :1e temps seul est Juge souverain; ilabanni celte pièceduthéàlre. Ilyen a sans doute une raison qu’il faut chercher; jen’en connais point de meilleure que l’exemple de Britannicus.Le temps nous a appris que quand on veut mettre la politiquesur le théâtre, il faut la traiter comme Racine, y jeter degrands intérêts, des passions vraies, et de grands mouvementsd'éloquence; et que rien n’est plus nécessaire qu’un style pur,noble, coulant, et égal, qui se soutienne d’un bout de la pièceà l’autre : voilà tout ce qui manque à Olhon. (V.)

GALBA, empereur de Rome.

VINIUS, consul.

OTHON, sénateur romain, amant de Plautine.

LACUS, préfet du prétoire.

CAMILLE, nièce de Galba.

PLAUTINE, tille de Vinius, amante d’Othon.

MARTIAN, affranchi de Galba.

ALBIN, ami d’Othon.

ALBIANE, sœur d'Albin, et dame d’honneur de Camille.FLAVIE, amie de Plautine.

RumE?’ I

La scène est à Rome, dans le palais impérial.

ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE *.

OTHON, ALBIN.

ALBIN.

Notre amitié, seigneur, me rendra téméraire :

J’en abuse, et je sais que je vais vous déplaire,

Que vous condamnerez ma curiosité ;

Mais je croirais vous faire une infidélité,

Si je vous cachais rien de ce que j’entends direDe votre amour nouveau sous ce nouvel empire.

On s’étonne de voir qu’un homme tel qu’Othon ,Othon, dont les hauts faits soutiennent le grand nom,Daigne d’un Vinius se réduire à la fille,

S’attache à ce consul, qui ravage, qui pille ,

Qui peut tout, je l’avoue, auprès de l’empereur,

Mais dont tout le pouvoir ne sert qu’à faire horreur,Etdétruit d’autant plus, que plus on le voit croître,Ce que l’on doit d’amour aux vertus de son maître.

1 11 y a peu de pièces qui commencent plus heureusementque celle-ci ; Je crois même que, de toutes les expositions, celle(i’Othon peut passer pour la plus belle; et je ne connais quel’exposition de Bajnzet qui lui soit supérieure. (V.)