OTHON, ACTE I, SCÈNE III.
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Seigneur, qui sauront mieux appuyer vos desseins;
Il en est dont le cœur pour Camille soupire,
Et qui seront ravis de vous devoir l’empire.
VINIUS.
Je veux que cet espoir à d’autres soit permis ;
Mais êtes-vous fort sûr qu’ils soient de nos amis?Savez-vous mieux que moi s’ils plairont à Camille?
OTHON.
Et croyez-vous pour moi qu’elle soit plus facile?Pour moi, que d’autres Vœux...
VINIUS.
A ne vous rien celer,
Sortant d’avec Galba, j’ai voulu lui parler ;
J’ai voulu sur ce point pressentir sa pensée ;
J’en ai nommé plusieurs pour qui je l’ai pressée, [bas,A leurs noms, un grand froid, un fronttriste, un œilM’ont fait voir aussitôt qu’ils ne lui plaisaient pas :Au vôtre elle a rougi, puis s’est mise à sourire,
Et m’a soudain quitté sans me vouloir rien dire.
C’est à vous, qui savez ce que c’est que d’aimer,
A juger de son cœur ce qu’on doit présumer.
OTHON.
Je n’en veux rien juger, seigneur; et sans PlautineL’amour m’est un poison, le bonheur m’assassine;Et toutes les douceurs du pouvoir souverainMe sontd’affreux tourments, s’il m’en coûte sa main.
VINIUS.
De tant de fermeté j’aurais l’ame ravie,
Si cet excès d’amour nous assurait la vie;
Mais il nous faut le trône, ou renoncer au jour;
Et quand nous périrons, que servira l’amour?
OTHON.
A de vaines frayeurs Tin noir soupçon vous livre;Pison n’est point cruel et nous laissera vivre.
VINIUS.
Il nous laissera vivre, et je vous ai nommé!
Si de nous voir dans Rome il n’est point alarmé,
Nos communs ennemis, qui prendront sa conduite,En préviendront pour lui la dangereuse suite. 1Seigneur, quand pour l’empire on s’est vu désigner 1 ,
même homme qui se fera nommer empereur, et qui détrôneraGalba, renonce ici à l’empire. Le spectateur ne croit guère àcet amour ; il ne s’y intéresse pas. Un des meilleurs connaisseurs,en lisant Othon pour la première fois, dit à cette seconde scène:II est impossible que la pièce ne soit froide; et il ne se trompapoint. En effet, ces craintes éloignées que montre Vinius de cequi peut arriver un jour ne sont point un assez grand ressort.Il faut craindre des périls présents et véritables dans la tragé-die, sans quoi tout languit, tout ennuie. (V.)
1 Voilà des vers dignes d’être remarqués. Voltaire a rendumoins heureusement, dans la Henriade , une pensée à peuprès semblable :
Qniconqoe a pu forcer son monarque à le craindre,
A tout à redouter, s’il ne veut tout enfreindre.
flous pourrions nous tromper, mais il nous semble qu’en par-
Il faut, quoi qu’il arrive, ou périr, ou régner.
Le posthume Agrippa vécut peu sous Tibère ;
Néron n’épargna point le sang de son beau-frère ;
Et Pison vous perdra par la même raison,
Si vous ne vous hâtez de prévenir Pison.
Il n’est point de milieu qu’en saine politique...
OTHON.
Et l’amour est la seule où tout mon cœur s’appliqueRien ne vous a servi, seigneur, de me nommer :
Vous voulez que je règne, et je ne sais qu’aimer.
Je pourrais savoir plus, si l’astre qui domineMe voulait faire un jour régner avec Plautine ;
Mais dérober son âme à de si doux appas,
Pour attacher sa vie à ce qu’on n’aime pas !
VINIUS.
Eh bien, si cet amour a sur vous tant de force,Régnez : qui fait des lois peut bien faire un divorce.Du trône on considère enfin ses vrais amis ;
Et quand vous pourrez tout, tout vous sera permis
SCÈNE nr.
VINIUS, OTHON, PLAUTINE.
PLAUTINE.
Non pas, seigneur, non pas : quoi que le ciel m’envoie,Je ne veux rien tenir d’une honteuse voie ;
Et cette lâcheté qui me rendrait son cœur,
Sentirait le tyran, et non pas l’empereur.
A votre sûreté, puisque le péril presse,
J’immolerai ma flamme et toute ma tendresse ;
Et je vaincrai l’horreur d’un si cruel devoir 1Pour conserver le jour à qui me l’a fait voir :
Mais ce qu’à mes désirs je fais de violenceFuit les honteux appas d’une indigne espérance;
Et la vertu qui dompte et bannit mon amourN’en souffrira jamais qu’un vertueux retour.
lant d’un sujet, on ne peut pas dire son monarque, comme ondirait son maitre ou son souverain. ( P. )
1 Cette troisième scène justifie déjà ce qu’on doit prévoir, quece n’est pas là une tragédie. Plautine écoutait à la porte, et ellevient interrompre son père pour dire, en vers durs et obscurs,qu’elle ne voudrait point un jour épouser son amant, si cetamant marié à une autre ne pouvait revenir à elle que par undivorce. Non-seulement c’est manquer à la bienséance, maisquel faible intérêt, quel froid sujet d’une scène, qu’une fillequi, sans être appelée, vient dire à son père, devant sonamant, ce qu’elle ferait un jour, si ce froid amant voulait l’é-pouser en troisièmes noces! Elle serait, en effet, la troisièmefemme d’Olhon, qui l’épouserait après avoir répudié Poppéeet Camille. (V.)
7 Vaincre l'horreur d'un cruel devoir ; ce qu'à ses désirs ellefait de violence, pour fuir les appas honteux d'une espéranceindique; la vertu qui dompte et bannit l'amour , et qui n'ensouffre qu'un vertueux retour : ce sont là des expressions quiaffaibliraient les plus beaux sentiments. (Y.)