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Tome second.
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142 OTHON, ACTE

Il sait trop ménager ses vertus et ses vicesIl était sous Néron de toutes ses délices :

Et la Lusitanie a vu ce même OthonGouverner en César et juger en Caton.

Tout favori dans Rome, et tout maître en province,De lâche courtisan il s’y montra grand prince ;

Et son âme ployante, attendant l’avenir,

Sait faire également sa cour, et la tenir.

Sous un tel souverain nous sommes peu de chose;

Son soin jamais sur nous tout à fait ne repose :

Sa main seule’départ ses libéralités;

Son choix seul distribue États et dignités.

Du timon qu’il embrasse il se fait le seul guide,Consulte et résout seul, écoute et seul décide ;

Et, quoi que nos emplois puissent faire de bruit,

Sitôt qu’il nous veut perdre, un coup d’œil nous détruit.

Voyez d’ailleurs Galba, quel pouvoir il nous laisse,En quel poste sous'lui nous a mis sa faiblesse.

Nos ordres règlent tout, nous donnons, retranchons ;Rien n’est exécuté dès que nous l’empêchons :

Comme par un de nous il faut que tout s’obtienne,Nous voyons notre cour plus grosse que la sienne;

Et notre indépendance irait au dernier point,

Si l’heureux Vinius ne la partageait point :

Notre unique chagrin est qu’il nous la dispute.

L’âge met cependant Galba près de sa chute;

De peur qu’il nous entraîne il faut un autre appui,Mais il le faut pour nous aussi faible que lui.

Il nous en faut prendre un qui, satisfait des titres,Nous laisse du pouvoir les suprêmes arbitres.

Pison a l’âme simple et l’esprit abattu ;

S’il a grande naissance, il a peu de vertu 1 11 :

Non de cette vertu qui déteste le crime;

Sa probité sévère est digne qu’on l’estime;

» Le portrait d’Othon est très-beau dans cette scène. Il estpermis à un nuteur dramatique d’ajouter des traits aux ca-ractères qu’il dépeint, et d’aller plus loin que l’histoire. Tacitedit d’Othon, pueriliam incuriosè, adolescentiam pctulan-

ter egerat, gratus Neroni œmulatione luxûs . in provin-

ciam specie legationis scposuit.... comiter administra ta pro-vincia. Son enfance fut paresseuse, sa jeunesse débauchée;il plut à Néron en imitant ses vices et son luxe. S’étant exilé lui-même dans la Lusitanie, dont il était gouverneur, il s’y com-porta avec humanité. Cette scène serait interressante si elle pro-duisait de grands événements. Les fautes sont, l’amitié ressai-sie de trois cœurs, que ce nœud la retienne d’ajouter, ouprès de cette belle, et quelques autres expressions qui ne sontni assez nobles ni assez correctes. (V.)

1 S’il a grande naissance; une vigueur adroite et Jl'ercqui sème des appas; et c’est là justement; moquons-nous dureste; il nous devra le tout; s’il vient par nous à bout, etc.

11 n’est pas nécessaire de dire que toutes ces façons de parlersont ou vicieuses ou ignobles. (V.) — Certainement elles se-raient vicieuses aujourd’hui ; mais Voltaire, en les accumulantsans ordre et sans suite, en les isolant du texte, comme il le faitdans ses remarques, les fait paraître plus vicieuses encore. Etc’est une des perlidies de sou commentaire. (P.)

II, SCÈNE y.

Elle a tout ce qui fait un grand homme de bien :

Mais en un souverain c’est peu de chose, ou rien.

Il faut de la prudence, il faut de la lumière,

Il faut de la vigueur adroite autant que Hère,

Qui pénètre, éblouisse, et sème des appas...

Il faut mille vertus enfin qu’il n’aura pas.

Lui-même il nous priera d’avoir soin de l’empire,

Et saura seulement ce qu’il nous plaira dire :

Plus nous l’y tiendrons bas, plus il nous mettra haut ;Et c’est là justement le maître qu’il nous faut.

MAItTIAN.

Mais, seigneur, sur le trône élever un tel homme,C’est mal servir l’État, et faire opprobre à Rome.lac us.

Et qu’importe à tous deux de Rome et de l’État?Qu’importe qu’on leur voie ou plus ou moins d’éclat?Faisons nos sûretés, et moquons-nous du reste.Point, point de bienpublic s’il nous devient funeste.De notre grandeur seule ayons des cœurs jaloux ;

Ne vivons que pour nous, et ne pensons qu’à nous.

Je vous le dis encor : mettre Othon sur nos têtes,C’est nous livrer tous deux à d’horribles tempêtes.

Si nous l’en voulons croire, il nous devra le tout :Mais de ce grand projet s’il vient par nous à bout,Vinius en aura lui seul tout l’avantage.

Comme il l’a proposé, ce sera son ouvrage;

Et la mort, ou l’exil, ou les abaissements,

Seront pour vous et moi ses vrais remereîments.

MABTIAN.

Oui, notre sûreté veut que Pison domine :Obtenez-en pour moi qu’il m’assure Plautine;

Je vous promets pour lui mon suffrage à ce prix.

J^a violence est juste après de tels mépris.Commençons à jouir par là de son empire,

Et voyons s’il est homme à nous oser dédire.

LACUS.

Quoi ! votre amour toujours fera son capitalDes attraits de Plautine et du nœud conjugal ' ?

Eli bien! il faudra voir qui sera plus utileD’en croire... Mais voici la princesse Camille.

SCÈNE V.

CAMILLE, LACUS, MARTIAN, ALBIANE.

CAMILLE.

Je vous rencontre ensemble ici fort à propos,

Et voulais à tous deux vous dire quatre mots >.

1 Cela seul suffirait pour avilir un héros, at détruit tout ce quecette scène promettait. (V.)

1 A propos et quatre mots auraient gâté le rôle (le Comélie;mais une. tille qui vient parler ainsi (le son mariage il deux mi-nistres est bien loin d’ètre une Comélie. Camille emploie cetteligure froide de l’ironie, qu’il faut employer si sobrement ; elle