Band 
Tome second.
Seite
141
JPEG-Download
 

OTHON, ACTE

Et si de cet amour je n’ose être le prix,

Le respect m’en empêche, et non plus le mépris.

On m’avait dit pourtant que souvent la natureGardait en vos pareils sa première teinture,

Que ceux de nos Césars qui les ont écoutésOnt tous souillé leurs noms par quelques lâchetés,

Et que pour dérober l’empire à cette honteL’univers a besoin qu’un vrai héros y monte.

C’est ce qui me faisait y souhaiter Othon :

Mais à ce que j’apprends ce souhait n’est pas bon.Laissons-en faire aux dieux, et faites-vous justice ;D’un cœur vraiment romain dédaignez le caprice.Cent reines à l’envi vous prendront pour époux ;

Félix en eut bien trois, et valait moins que vous.

MABTIAN.

Madame, encore un coup, souffrez que je vous aime.Songez que dans ma main j’ai le pouvoir suprême,Qu’entre Othon et Pison mon suffrage incertain,Suivant qu’il penchera, va faire un souverain.

Je n’ai fait jusqu’ici qu’empêcher l’hyménéeQui d’Othon avec vous eût joint la destinée :

J’aurais pu hasarder quelque chose de plus;

Ne m’y contraignez point à force de refus.

Quand vous cédez Othon, me souffrir en sa place,Peut-être ce sera faire plus d’une grâce :

Car de vous voir à lui ne l’espérez jamais.

SCÈNE III.

PLAUTINE, LACUS, MARTIAN, FLAVIE.

LACUS.

Madame, enfin Galba s’accorde à vos souhaits ;

Et j’ai tant fait sur lui, que, dès cette journée 1 ,

De vous avec Othon il consent l’hyménée.

plautine , à Martian. [frir

Qu’en dites-vous, seigneur ? Pourrez-vous bien souf-Cet hymen que Lacus de sa part Vient m’offrir?

Le grand maître a parlé, voudrez-vous l’en dédire,Vous qu’on voit après lui le premier de l’empire?Dois-je me ravaler jusques à cet époux?

Ou dois-je par votre ordre aspirer jusqu’à vous?

LAC.US.

Quel énigme 1 est-ce ci, madame?

PLAUTINE.

Sa grande âme

Me faisait tout à l’heure un présent de sa flamme ;

H m’assurait qu’Othon jamais ne m’obtiendrait,

’ Tout ce qu’on peut remarquer c’est que j'ai tant fait surfui est un barbarisme et une expression basse : que le qu’eu di-tes-vous de Plautine est une ironie comique; que su grandeAme qui fait un présent de sa flamme est très-vicieux; qu’ilfait bon s’expliquer est bourgeois, et que la scène est très-froide. (V.)

2 Énigme était alors des deux genres.

Il, SCÈNE IV. 141

Et disait à demi qu’un refus nous perdrait.

Vous m’osez cependant assurer du contraire;

Et je ne sais pas bien quelle réponse y faire.

Comme en de certains temps il fait bon s’expliquer,En d’autres il vaut mieux ne s’y point embarquer.Grands ministres d’État, accordez-vous ensemble,Et je pourrai vous dire après ce qui m’en semble.

SCÈNE IV.

LACUS, MARTIAN. '

LACUS.

Vous aimez donc Plautine, et c’est là cette foiQui contre Vinius vous attachait à moi ?

MABTIAN.

Si les yeux de Plautine ont pour moi quelque charme,Y trouvez-vous, seigneur, quelque sujet d’alarme?Le moment bienheureux qui m’en ferait l’épouxRéunirait par moi Vinius avec vous.

Par là de nos trois cœurs l’amitié ressaisie,

En déracinerait et haine et jalousie.

Le pouvoir de tous trois, par tous trois affermi,Aurait pour nœud commun son gendre en votre ami :Et quoi que contre vous il osât entreprendre....

LACUS.

Vous seriez mon ami, mais vous seriez son gendre ;Et c’est un faible appui des intérêts de courQu’une vieille amitié contre un nouvel amour.

Quoi que veuille exiger une femme adorée,

La résistance est vaine ou de peu de durée ;

Elle choisit ses temps, et les choisit si bien,

Qu’on se voit hors d’état de lui refuser rien.Vous-même êtes-vous sûr que ce nœud la retienneD’ajouter, s’il le faut, votre perte à la mienne?Apprenez que des cœurs séparés à regretTrouvent de se réjoindre aisément le secret.

Othon n’a pas pour elle éteint toutes ses flammes ;

Il sait comme aux maris on arrache les femmes ;

Cet art sur son exemple est commun aujourd’hui,

Et son maître Néron l’avait appris de lui.

Après tout, je me trompe, ou près de cette belle...

MABTIAN.

J’espère en Vinius, si je n’espère en elle;

Et l’offre pour Othon de lui donner ma voixSoudain en ma faveur emportera son choix.

LACUS.

Quoi ! vous nous donneriez vous-même Othon pourMABTIAN. [maître?

Et quel autre dans Rome est plus digne de l’être ?

LACUS.

Ah ! pour en être digne, il l’est, et plus que tous ;Mais aussi, oour tout dire, il en sait trop pour nous.