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Tome second.
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OTHON, ACTE IV, SCÈNE I.

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Son espoir le plus beau n’ose rien hasarder !

Il redoute Pison ! Dites-moi donc, de grâce,

Si d’aimer en lieu même on vous a vu l’audace,

Si pour vous et pour lui le trône eut même appas,Êtes-vous moins rivaux pour ne m’épouser pas?

A quel droit voulez-vous que cette haine cessePour qui lui disputa ce trône et sa maîtresse,

Et qu’il veuille oublier, se voyant souverain,

Que vous pouvez dans l’âme en garder le dessein ?

Ne vous y trompez plus : il a vu dans cette âmeEt votre ambition et toute votre flamme,

Et peut tout contre vous, à moins que contre luiMon hymen chez Galba vous assure un appui.

OTHON.

Eh bien, il me perdra pour vous avoir aimée ;

Sa haine sera douce à mon âme enflammée ;

Et tout mon sang n’a rien que je veuille épargner,

Si ce n’est que par là que vous pouvez régner.Permettez cependant à cet amour sincèreDe vous redire encor ce qu’il n’ose vous taire.

En l’état qu’est Pison , il vous faut aujourd’huiRenoncer à l’empire, ou le prendre avec lui.

Avant qu’en décider, pensez-y bien, madame ;

C’est votre intérêt seul qui fait parler ma flamme.

Il est mille douceurs dans un grade si hautOù peut-être avez-vous moins j)ensé qu’il ne faut.Peut-être en un moment serez-vous détrompée ;

Et si j’osais encor vous parler de Poppée,

Je dirais que sans doute elle m’aimait un peu,

Et qu’un trône alluma bientôt un autre feu.

Le ciel vous a fait l’âme et plus grande et plus belle;Mais vous êtes princesse, et femme enfin comme elle.L’horreur de voir une autre au rang qui vous est dû,Et le juste chagrin d’avoir trop descendu,

Presseront en secret cette âme de se rendreMême au plus faible espoir de le pouvoir reprendre.Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer ;Mais l’empire en tout temps a de quoi les charmer.

L amour passe, ou languit ; et, pour fort qu’il puisse être,Le la soif de régner il n’est pas toujours maître.

CAMILLE.

Je ne sais quel amour je vous ai pu donner,

Seigneur; mais sur l’empire il aime à raisonner :

Je l’y trouve assez fort, et même d’une forceA montrer qu’il connaît tout ce qu’il a d’amorce,flu’à ce qu’il me dit touchant un si grand choix,

1 a daigné penser un peu plus d’une fois.

Je

yeux croire avec vous qu’il est ferme et sincère,

Q u il nie dit seulement ce qu’il n’ose me taire ;Lùs, à parler sans feinte.

Cui,

OTHON.

Ah, madame! croyez.

CAMILLE.

J en croirai Pison à qui vous m'envoyez;

Et vous, pour vous donner quelque peu plus de joie,Vous en croirez Plautine à qui je vous renvoie.

Je n’en suis point jalouse, et le dis sans courroux :Vous n’aimez que l’empire, et je n’aimais que vous.N’en appréhendez rien, je suis femme, et princesse,Sans en avoir pourtant l’orgueil ni la faiblesse;

Et votre aveuglement me fait trop de pitiéPour l’accabler encor de mon inimitié.

(Camille et Albiane sortent.)OTHON.

Que je vois d’appareils, Albin, pour ma ruine !

AfLBIN.

Seigneur, tout est perdu, si vous voyez Plautine.

OTHON.

A llons-y toutefois : le trouble où je me voiNe peut souffrir d’avis que d’un cœur tout à moi.

ACTE QUATRIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE 1 .

OTHON, PLAUTINE.

PLAUTINE.

Que voulez-vous, seigneur, qu’enfin je vous conseille?Je sens un trouble égal d’une douleur pareille ;

Et mon cœur tout à vous n’est pas assez à soiPour trouver un remède aux maux que je prévoi.

Je ne sais que pleurer, je ne sais que vous plaindre.Le seul choix de Pison nous donne tout à craindre.Mon père vous a dit qu’il ne laisse à tous troisQue l’espoir de mourir ensemble à notre choix;

Et nous craignons de plus une amante irritéeD’une offre en moins d’un jour reçue et rétractée,D’un hommage où la suite a si peu répondu,

Et d’un trône qu’en vain pour vous elle a perdu.Pour vous avec ce trône elle était adorable,

Pour vous elle y renonce, et n’a plus rien d’aimable.Où ne portera point un si juste courrouxLa honte de se voir sans l’empire et sans vous ?Honte d’autant plus grande, et d’autant plus sensible,Qu’elle s’y piomettait un retour infaillible,

Et que sa main par vous croyait tôt regagnerCe que son cœur pour vous paraissait dédaigner !

1 Cette scène pourrait faire quelque effet, si Othon était vé-ritablement en danger ; mais cette crainte prématurée quo Pi-son ne le fasse mourir un jour n’a rien de réel, comme on l’adéjà remarqué. Tout l’édifice de la pièce tombe par cette seuleraison; et je crois que c’est une loi qui ne soufire aucune ex-ception , que jamais un danger éloigné ne doit faire le noeudd’une tragédie. (V.)