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Tome second.
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150 OTHON, ACTE

OTHON.

Je n’ai donc qu’à mourir. Je l’ai voulu, madame,Quand je l’ai pu sans crime, en faveur de ma flamme ;Et je le dois vouloir, quand votre arrêt cruelPour mourir justement m’a rendu criminel.

Vous m’avez commandé de m’offrir à Camille;

Grâces à nos malheurs ce crime est inutile.

Je mourrai tout à vous; et si pour obéirJ’ai paru mal aimer, j’ai semblé vous trahir,

Ma main, par ce même ordre à vos yeux enhardie,Lavera dans mon sang ma fausse perfidie.

N’enviez pas, madame, à mon sort inhumainLa gloire de finir du moins en vrai Romain,

Après qu’il vous a plu de me rendre incapableDes douceurs de mourir en amant véritable.

PLAUTINE.

Bien loin d’en condamner la noble passion,

J’y veux borner ma joie et mon ambition.

Pour de moindres malheurs on renonce à la vie.

Soyez sdr de ma part de l’exemple d’Arrie ;

J’ai la main aussi ferme et le cœur aussi grand,

Et quand il le faudra, je sais comme on s’y prend.

Si vous daigniez, seigneur, jusque-là vous contraindre,Peut-être espérerais-je en voyant tout à craindre.Camille est irritée et se peut apaiser.

OTIION.

Me condamneriez-vous, madame, à l’épouser?

PLAUTINE.

Que n’y puis-je moi-même opposer ma défense !

Mais si vos jours enfin n’ont point d’autre assurance,S’il n’est point d’autre asile....

OTIION.

Ah ! courons à la mort;Ou, si pour l’éviter il nous faut faire effort,

Subissons de Lacus toute la tyrannie,

Avant que me soumettre à cette ignominie.

J’en saurai préférer les plus barbares coupsA l’affront de me voir sans l’empire et sans vous,

Aux hontes d'un hymen qui me rendrait infâme,Puisqu’on fait pour Camille un crime de sa flamme,

Et qu’on lui vole un trône en haine d’une foiQu’a voulu son amour ne promettre qu’à moi.

Non que pour moi sans vous ce trône eût aucuns charmes ;Pour vous je le cherchais, mais non pas sans alarmes :Et si tantôt Galba ne m’eût point dédaigné,

J’aurais porté le sceptre, et vous auriez régné ;

Vos seules volontés, mes dignes souveraines,

D’un empire si vaste auraient tenu les rênes.

Vos lois....

PLAUTINE.

C’est donc à moi de vous faire empereur.Je l’ai pu : les moyens d’abord m’ont fait horreur;Mais je saurai la vaincre, et, me donnant moi-même,Vous assurer ensemble et vie et diadème, *

IV, SCÈNE II.

Et réparer par là le crime d’un orgueil

Qui vous dérobe un trône, et vous ouvre un cercueil.

De Martian pour vous j’aurais eu le suffrage,

Si j’avais pu souffrir son insolent hommage.

Son amour...

OTIION.

Martian se connaîtrait si peu

Que d’oser...

PLAUTINE.

Il n’a pas encore éteint son feu ;

Et du choix de Pison quelles que soient les causes,Jen’ai qu’à dire un mot pour brouiller bien des choses.

OTIION.

Vous vous ravaleriez jusques à l’écouter ?

PLAUTINE.

Pour vous j’irai, seigneur, jusques à l’accepter.

OTHON.

Consultez votre gloire, elle saura vous dire...

PLAUTINE.

Qu’il est de mon devoir de vous rendre l’empire.

OTIION.

Qu’un front encor marqué des fers qu’il a portés...

PLAUTINE.

A droit de me charmer, s’il fait vos sûretés.

OTHON.

En concevez-vous bien toute l’ignominie ?

PLAUTINE.

Je n’en puis voir, seigneur, à vous sauver la vie.OTHON.

L’épouser à ma vue! et pour comble d’ennui...

PLAUTINE.

Donnez-vous à Camille, ou je me donne à lui.

OTHON.

Périssons, périssons, madame, l’un pour l’autre,Avec toute ma gloire, avec toute la vôtre.

Pour nousfaireun trépas dont les dieux soient jaloux,Rendez-vous toute à moi, comme moi tout à vous ;Ou si, pour conserver en vous tout ce que j’aime,Mon malheur vous obstine à vous donner vous-même,Du moins de votre gloire ayez un soin égal,

Et ne me préférez qu’un illustre rival.

J’en mourrai de douleur; mais je mourrais de rage,Si vous me préfériez un reste d’esclavage.

SCÈNE Il\

VINRJS, OTIION, PLAUTINE.

OTHON.

Ah! seigneur, empêchez que Piautine...

1 Le consul Vinitis vient ici apprendre à Othon une grande,nouvelle. Une partie de l’armée désire Othon pour empereur :mais cela même rend Othon et Vinius des personnages froids etinutiles ; ni l’un ni l’autre n’ont eu la moindre part au grand