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Tome second.
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OTHON, ACTE V, SCÈNE II.

Seigneur, et comme enfin Plautine obéira.

Sûr de sa résistance, et se flattant, peut-êtreDe voir bientôt ici son cher Othon le maîtreDans l’état où pour vous il a mis l’avenir,

11 promet aisément plus qu’il ne veut tenir.

GALBA.

Le devoir désunit l’amitié la plus forte,

Mais l’amour aisément sur ce devoir l’emporte ;Et son feu, qui jamais ne s’éteint qu’à demi,Intéresse un amant autrement qu’un ami.J’aperçois Vinius. Qu’on m’amène sa fille :

J’en punirai le crime en toute la famille,

Si jamais je puis voir par où n’en point douter;Mais aussi jusque-là j’aurais tort d’éclater.

SCÈNE IL

GALBA, CAMILLE, VINIUS, LACUS,ALBIANE.

GALBA.

Je vois d’ailleurs Lacus. Eh bien, quelles nouvelles?Qu’apprenez-vous tous deux du camp de nos rebelles ?

VINIUS.

Que ceux de la marine et les IllyriensSe sont avec chaleur joints aux prétoriens 1 ,

1 Après tous les mauvais vers précédents que nous n’avonsPoint repris, nous ne dirons rien des soldats de la marine etdes Illyriens qui se sont avec chaleur joints aux prétoriens :^ais nous remarquerons que cette scène pouvait être aussibelle que celle d'Auguste, de Cinna, et de Maxime, et qu’elleû ’est qu’une scène froide de comédie. Pourquoi? c’est qu’elleest écrite de ce style familier, bas, obscur, incorrect, auquelCorneille s’était accoutumé ; c’est qu’il n’y a ni noblesse dansles sentiments, ni éloquence dans les discours, ni rien qui at-Uche. On a dit quelquefois que Corneille ne cherchait pas àfaire de beaux vers; que la grandeur des sentiments l’occupaittout entier : mais il n’y a nulle grandeur dans aucune de sesdernières pièces ; et quant aux vers, il faut les faire excellents,° u ne se point mêler d’écrire. Cinna ne passe à la postérité qu’àcause de ses beaux vers ; ils sont dans la bouche de tous lesconnaisseurs. Le grand mérite de Corneille est d’avoir fait detrès-beaux vers dans ses premières pièces, c’est-à-dire d’avoirexprimé de très-belles pensées en vers corrects et harmonieux.Calba dit, Eh bien, quelles nouvelles P Cet empereur, au lieud agir comme il le doit, demande ce qui se passe, comme unnouvelliste. Vinius lui donne le conseil de persister à ne rienlai re ; conseil visiblement ridicule. Il lui dit : Un salutaire avis“ÿît avec lenteur. Ce n’est pas certainement dans le momentc llll( - crise aussi forte, quand on proclame un autre empereur,|J ue la lenteur est salutaire. Galba ne sait à quoi se déterminer,

. se contente de faire remarquer à sa nièce qu’il est triste dere gner quand les ministres (î'Klat se contrarient. (V.) — N’ya 'j-il pas un peu d’injustice à réduire presque toujours tout lejbsrite de Corneille au seul Cinna? Si l’on y prend garde, c’esttoujours Cinna, et uniquement Cinna, que Voltaire oppose aux® r *tiques violentes dont il a surchargé son commentaire, fi estra i qu’ici il a la complaisance d’associer aux beaux vers deette tragédie les beaux vers des premières pièces de ce grandPoète. U veut parler sans doute du Cld et des Horaces qui pré- I

Et que des bords du Nil les troupes rappeléesSeules par leurs fureurs ne sont point ébranlées.lacus. -

Tous ces mutins ne sont que de simples soldats ;Aucun des chefs ne trempe en leurs vains attentats :Ainsi ne craignez rien d’une masse d’arméeOù déjà la discorde est peut-être allumée.

Sitôt qu’on y saura que le peuple à grands crisVeut que de ces complots les auteurs soit proscrits,Que du perfide Othon il demande la tête,

La consternation calmera la tempête ;

Et vous n’avez, seigneur, qu’à vous y faire voirPour rendre d’un coup d’œil chacun à son devoir.

GALBA.

Irons-nous, Vinius, hâter par ma présenceL’effet d’une si douce et si juste espérance?

VINIUS.

Ne hasardez, seigneur, que dans l’extrémité,

Le redoutable effet de votre autorité.

Alors qu’il réussit, tout fait jour, tout lui cède;Mais aussi quand il manque, il n’est plus de remède.Il faut, pour déployer le souverain pouvoir,

Sûreté toute entière, ou profond désespoir;

Et nous ne sommes pas, seigneur, à ne rien feindre,En état d’oser tout, non plus que de tout craindre.Si l’on court au grand crime avec avidité,

Laissez-en ralentir l’impétuosité :

D’elle-même elle avorte, et la peur des supplicesArme contre le chef ses plus zélés complices.

Un salutaire avis agit avec lenteur.

LACUS.

Un véritable prince agit avec hauteur :

Et je ne conçois point cet avis salutaire,

Quand on couronne Othon, de le regarder faire.

Si l’on court au grand crime avec avidité ,

Il en faut réprimer l’impétuosité

Avant que les esprits, qu’un juste effroi balance,

S’y puissent enhardir sur notre nonchalanceEt prennent le dessus de ces conseils prudents,Dont on cherche l’effet quand il n’en est plus temps.VINIUS.

Vous détruirez toujours mes conseils par les vôtres ;Le seul ton de ma voix vous en inspire d'autres ;

Et tant que vous aurez ce rare et haut crédit,

Je n’aurai qu’à parler pour être contredit.

Pison, dont l’heureux choix est votre digne ouvrage,Ne serait que Pison s’il eût eu mon suffrage.

Vous n’avez soulevé Martian contre Othon

cédèrent Cinna, et que nous lui croyons supérieurs ; mais Po-lyeucte, Pompée, Rodoguue, Héraciius, Nicomède, Sertorius,Sophonisbe, Othon même, n’offrcnt-ils pas de très-belles pen-sées et de très-beaux vers? Pourquoi donc cette affectation ma-ligne de circonscrire, dans des bornes étroites le génie de Cor-neille? (P.)