OTHON, ACTE
SCÈNE 1V‘.
GALBA, VINIUS, LACUS, CAMILLE, PLAU-TINE, MARTI AN, ATTICUS,. RUTILE, AL-BIANE.
MARTIAN.
Qu’on ne le cherche plus, vous le voyez paraître.Seigneur, c’est par sa main qu’un rebelle puni...
GALBA.
Bar celle d’Atticus ce grand trouble a fini !
ATTICUS.
Mon zèle l’a poussée, et les dieux l’ont conduite;
Et c’est à vous, seigneur, d’en arrêter la suite,D’empêcher le désordre, et borner les rigueursOù contre des vaincus s’emportent des vainqueurs.
GALBA.
Courons-y. Cependant consolez-vous, Plautine ;
Ne pensez qu’à l’époux que mon choix vous destine;Vinius vous le donne, et vous l’accepterezQuand vos premiers soupirs seront évaporés.
C’est à vous, Martian, que je la laisse en garde :Comme c’est votre main que son hymen regarde,Ménagez son esprit, et ne l’aigrissez pas.
Vous pouvez, Vinius, ne suivre point mes pas;
Et la vieille amitié, pour peu qu’il vous en reste...vimus.
Ah! c’est une amitié, seigneur, que je déteste.
Mon cœur est tout à vous, et n’a point eu d’amisQu’autant qu’on les a vus à vos ordres soumis.
GALBA.
Suivez ; mais gardez-vous de trop de complaisance.
CAMILLE.
L’entretien des amants hait toute autre présence,Madame; et je retourne en mon appartementBendre grâces aux dieux d’un tel événement.
SCÈNE V \
Martian, plautine, atticus, soldats.
PLAUTINE.
Allez-y renfermer les pleurs qui vous échappent ;
Les désastres d’Othon ainsi que moi vous frappent;
1 Cet Atlicus, qui n’est pas un personnage (le la pièce, vient«n taire le dénoùment, en faisant accroire qu’il a tué Otlion.
pourrait être tout au plus le dénoùment du Menteur. Le'Teux Galba croit cette fausseté ; il conseille à Plautine d’éva-porer ses soupirs. Camille (lit un petit mot d’ironie à Plautine,va dans son appartement. (V.)
’ Non-seulement Plautine demeure sur la scène, et s’occupe?. ^pondre par des injures à l’amour du ministre (l’État Mar-• lan ; mais ce grand ministre d’État, qui devrait avoir partoutjr es serviteurs et des émissaires, ne sait rien de ce qui s’estPassé; il croit une fausse nouvelle, lui qui devrait avoir tout"«.Pour être informé de la vérité : il est pris pour dupe par cet' ™ c us, comme l’empereur. (V.)
V, SCÈNE V. 157
Et, si l’on avait cru vos souhaits les plus doux,
Ce grand jour le verrait couronner avec vous.
Voilà, voilà le fruit de m’avoir trop aimée;
Voilà quel est l’effet...
MARTIAN.
Si votre âme enflammée...
PLAUTINE.
Vil esclave, est-ce à toi de troubler ma douleur ?Est-ce à toi de vouloir adoucir mon malheur,
A toi, de qui l’amour m’ose en offrir un pire?
MARTIAN.
Il est juste d’abord qu’un si grand cœur soupire;Mais il est juste aussi de ne pas trop pleurerUne perte facile et prête à réparer.
Il est temps qu’un sujet à son prince AdèleRemplisse heureusement la place d’un rebelle :
Un monarque le veut ; un père en est d’accord.
Vous devez pour tous deux vous faire un peu d’effortEt bannir de ce cœur la honteuse mémoireD’un amour criminel qui souille votre gloire.
PLAUTINE.
Lâche ! tu ne vaux pas que pour te démentirJe daigne m’abaisser jusqu’à te repartir.
Tais-toi : laisse en repos une âme possédéeD’une plus agréable encor que triste idée ;N’interromps plus mes pleurs.
MARTIAN.
Tournez vers moi les yeux :Après la mort d’Othon, que pouvez-vous de mieux 1 ?plautine , cependant que deux soldats entrentet parlent à Atticus à l’oreille.
Quelque insolent espoir qu’ait ta folle arrogance,Apprends que j’en saurai punir l’extravagance,
Et percer de ma main ou ton cœur ou le mien,
Plutôt que de souffrir cet infâme lien.
Connais-toi, si tu peux, ou connais-moi.
ATTICUS.
Souffrez
De grâce,
PLAUTINE.
De me parler tu prends aussi l’audace,Assassin d’un héros que je verrais sans toiDonner des lois au monde, et les prendre de moi ;Toi, dont la main sanglante au désespoir me livre !
ATTICUS.
Si vous aimez Otlion, madame, il va revivre;
Et vous verrez longtemps sa vie en sûreté,
1 Enfin deux soldats terminent tout dans le propre palais doGalba ; Martian et Plautine apprennent qu’Othon est empereur.Si le lecteur peut aller jusqu’au bout de cette pièce et de cesremarques, il observera qu’il ne faut jamais introduire sur lafin d’une tragédie un personnage ignoré dans les premiers ac-tes, un subalterne qui commande en maitre. Il est impossiblede s’intéresser à ce personnage, et il avilit tous les autres. (V.)