AGÉSILAS, ACTE I, SCENE II.
I 63
Qui vous fait douter de sa foi,
Vient de leur mésintelligence,
Et dans le fond de l’âme il vit sous votre loi.
AGLATIDE.
A tous hasards, ma sœur, comme j’en suis mal sûre,Si vous me pouviez faire un don de votre amant,
Je crois que je pourrais l’accepter sans murmure.Vous venez de parler du mien si dignement....
ELPINICE.
Aimeriez-vousCotys, ma sœur?
AGLATIDE.
Moi? nullement.
ELPINICE.
Pourquoi donc vouloir qu’il vous aime?
AGLATIDE.
Les hommages qu’AgésilasDaigna rendre en secret au peu que j’ai d’appas,M’ont si bien imprimé l’amour du diadème,
Que, pourvu qu’un amant soit roi,
Il est trop aimable pour moi.
Mais sans trône on perd temps : c’est la première idéeQu’à l’amour en mon'cœur il ait plu de tracer ;
Il l’a fidèlement gardée,
Et rien ne peut plus l’effacer.
ELPINICE.
Chacune a son humeur : la grandeur souveraine,Quelque main qui vous l’offre, est digne de vos feux :Et vous ne ferez point d’heureuxQui de vous ne fasse une reine.
Moi, je m’éblouis moins de la splendeur du rang ;Son éclat au respect plus qu’à l’amour m’invite :
Cet heureux avantage ou du sort ou du sangNe tombe pas toujours sur le plus de mérite.
Si mon cœur, si mes yeux, en étaient consultés,Leur choix irait à la personne,
Et les hautes vertus, les rares qualités,L’emporteraient sur la couronne.
AGLATIDE.
Avouez tout, ma sœur; Spitridate vous plaît.
ELPINICE.
Cn peu plus que Cotys ; et si votre intérêtVous pouvait résoudreà l’échange....
AGLATIDE.
Qu’en pouvons-nous ici résoudre vous et moi ?
En l’état où le ciel nous range,
M faut l’ordre d’un père, il faut l’aveu d’un roi,
Que je plaise à Cotys, et vous à Spitridate.
ELPINICE.
Pour l’un je ne sais quoi m’en flatte,
Pour l’autre je n’en réponds pas ;
Et je craindrais fort que Mandane,
^ Cette incomparable Persane
eüt pour lui des attraits plus forts que vos appas.
Ma sœur, Spitridate est son frère,
Et si jamais sur lui vous aviez du pouvoir....
ELPINICE.
Le voilà qui nous considère.
AGLATIDE.
Est-ce vous ou moi qu’il vient voir ?Voulez-vous que je vous le laisse?
ELPINICE'.
Ma sœur, auparavant, engagez l’entretien;
Et s’il s’en offre lieu, jouez d’un peu d’adressePour votre intérêt et le mien.
AGLATIDE.
Il est juste en effet, puisqu’il n’a su me plaire,
Que je vous aide à m’en défaire.
SCÈNE II.
SPITRIDATE, ELPINICE, AGLATIDE.
ELPINICE.
Seigneur, je me retire ; entre les vrais amantsLeur amour seul a droit d’être de confidence,
Et l’on ne peut mêler d’agréable présenceA de si précieux moments.
SPITRIDATE.
Un Vertueux amour n’a rien d’incompatibleAvec les regards d’une sœur.
Ne m’enviez point la douceurDe pouvoir à vos yeux convaincre une insensible ;Soyez juge et témoin de l’indigne succèsQui se prépare pour ma flamme ;
Voyez jusqu’au fond de mon âmeD’une si pure ardeur où va le digne excès ;
Voyez tout mon espoir au bord du précipice ;
Voyez des maux sans nombre et hors de guérison ;Et quand vous aurez vu toute cette injustice,Faites-m’en un peu de raison.
AGLATIDE.
Si vous me permettez , seigneur, de vous entendre,De l’air dont votre amour commence à m’accuser,Je crains que pour en bien userJe ne me doive mal défendre.
Je sais.bien que j’ai tort, j’avoue et hautementQue ma froideur doit vous déplaire ;
Mais en cette froideur un heureux changementPourrait-il fort vous satisfaire ?
SPITRIDATE.
En doutez-vous, madame, et peut-on concevoir?..
AGLATIDE.
Je vous entends, seigneur, et vois ce qu’il faut voirUn aveu plus précis est d’une conséquenceQui pourrait vous embarrasser ;
Et même à notre sexe il est de bienséanceDe ne pas trop vous en presser.
m.