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Tome second.
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162
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162 AGESILAS, ACTE I, SCÈNE I.

Mais vous ne dites rien de votre Spitridate;

Prend-il autant de peine à mériter vos feuxQue l’autre à retenir mes vœux ?

AGLATIDE.

C’est environ ainsi que son amour éclate :

11 m’obsède à peu près comme l’autre vous sert.

On dirait que tous deux agissent de concert,

Qu’ils ont juré de n’ètre importuns l’un ni l’autre :Ils en font grand scrupule ; et la sincéritéDont mon amant se pique, à l’exemple du vôtre,

Ne met pas son bonheur en l’assiduité.

Ce n’est pas qu’à vrai dire il ne soit excusable.

Je préparai pour lui, dès Sparte, une froideurQui, dès l’abord, était capableD’éteindre la plus vive ardeur;

Et j’avoue entre nous qu’alors qu’il me néglige,

Qu’il se montre à son tour si froid, si retenu,

Loin de m’offehser, il m’oblige,

Et me remet un cœur qu’il n’eùt pas obtenu.

ELPINICE.

J’admire cette antipathieQui vous l’a fait haïr avant que de le voir,

Et croirais que sa vue aurait eu le pouvoirD’en dissiper une partie.

Car enfin Spitridate a l’entretien charmant,

L’œil vif, l’esprit aisé, le cœur bon, l’âme belle.

A tant de qualités s’il joignait un vrai zèle....

AGLATIDE.

Ma sœur, il n’est pas roi, comme l’est votre amant.

ELPINICE.

Mais au parti des Grecs il unit deux provinces;

Et ce Perse vaut bien la plupart de nos princes.

AGLATIDE.

11 n’est pas roi, vous dis-je, et c’est un grand défaut.Ce n’est point avec vous que je le dissimule,

J’ai peut-être le cœur trop haut;

Mais aussi bien que vous je sors du sang d’Hercule;Et lorsqu’on vous destine un roi pour votre époux,J’en veux un aussi bien que vous.

J’aurais quelque chagrin à vous traiter de reine,

A vous voir dans un trône assise en souveraine,

S’il me fallait ramper dans un degré plus bas ;

Et je porte une âme assez vainePour vouloir jusque-là vous suivre pas à pas.

Vous êtes mon aînée, et c’est un avantageQui me fait vous devoir grande civilité ;

Aussi veux-je céder le pas-devant à l’âge,

Mais je ne puis souffrir autre inégalité.

ELPINICE.

Vous êtes donc jalouse, et ce trône vous gêneOù la main de Cotys a droit de me placer!

Mais si je renonçais au rang de souveraine,Voudriez-vous y renoncer ?

AGLATIDE.

Non, pas si tôt ; j’ai quelque vueQui me peut encore amuser.

Mariez-vous, ma sœur; quand vous serez pourvue,On trouvera peut-être un roi pour m’épouser.

J’en aurais un déjà, n’était ce rang d’aînéeQui demandait pour vous ce qu’il voulait m’offrir,Ou s’il eilt reconnu qu’un père eût pu souffrirQu’à l’hymen avant vous on me vît destinée.

Si ce roi jusqu’ici ne s’est point déclaré,

Peut-être qu’après tout il n’a que différé,

Qu’il attend votre hymen pour rompre son silence.Je pense avoir encor ce qui le sut charmer;

Et s’il faut vous en faire entière confidence,

Agésilas m’aimait, et peut encor m’aimer.

ELPINICE.

Que dites-vous, ma sœur ? Agésilas vous aime !

AGLATIDE.

Je vous dis qu’il m’aimait, et que sa passionPourrait bien être encor la même;

Mais cet amusement de mon ambitionPeut n’être qu’une illusion.

Ce prince tient son trône et sa haute puissanceDe ce même héros dont nous tenons le jour ;

Et si ce n’était lors que par reconnaissanceQu’il me témoignait de l’amour, *

Puis-je être sans inquiétudeQuand il n’a plus pour lui que de l’ingratitude,

Qu’il n’écoute plus rien qui vienne de sa part ?

Je ne sais si sa flamme est pour moi faible ou forte;Mais, la reconnaissance morte,

L’amour doit courir grand hasard.

ELPINICE.

Ah! s’il n’avait voulu que par reconnaissanceÊtre gendre de J^ysander,

Son choix aurait suivi l’ordre de la naissanceEt Sparte au lieu de vous l’eût vu me demander;Mais pour mettre chez nous l’éclat de sa couronneAttendre que l’hymen m’ait engagée ailleurs,

C’est montrer que le cœur s’attache à la personne ;Ayez, ayez pour lui des sentiments meilleurs.

Ce cœur qu’il vous donna , ce choix qui considèreAutant et plus encor la fille que le père,

Feront que le devoir aura bientôt son tour ;

Et pour vous faire seoir où vos désirs aspirent,

Vous verrez, et dans peu, comme pour vous conspi-La reconnaissance et l’amour. [rent

AGLATIDE.

Vous voyez cependant qu’à peine il me regarde ;Depuis notre arrivée il ne m’a point parlé;

Et quand ses yeux vers moi se tournent par mégar-ELPINIGE. [de----

Comme avec lui mon père a quelque démêlé,

Cette petite négligence,