Band 
Tome second.
Seite
167
JPEG-Download
 

AGESILAS. ACTE II. SCENE I. i(i7

N’eût à sa tyrannie arraché ma province.

La Grèce a de plus saintes lois,

Elle a des peuples et des roisQui gouvernent avec justice :

La raison y préside, et la sage équité ;

Le pouvoir souverain par elles limité,

N’v laisse aucun droit de caprice.

L’hymen de ses rois même y donne cœur pour cœur ;

Et si vous aviez le bonheurQue l’un d’eux vous offrît son trône avec son âme,Vous seriez, par ce nœud charmant,

Et reine véritablement,

Et véritablement sa femme.

MANDANE.

le veux bien l’espérer, tout est facile aux dieux ;

Et peut-être que de bons yeuxEn auraient déjà vu quelque flatteuse marque;

Mais il en faut de bons pour faire un si grand choix.Si le roi dans la Perse est un peu trop monarque,

En Grèce îi est des rois qui ne sont pas trop rois :

E en est dont le peuple est le suprême arbitre;

E en est d’attachés aux ordres d’un sénat ;

E en est qui ne sont enfin, sous ce grand titre rQue premiers sujets de l’État,le ne sais si le ciel pour régner m’a fait naître,

, quoi qu’en ma faveur j’aie encor vu paraître,

Je doute si l’on m’aime ou non ;

Mais je pourrais être assez vainePour dédaigner le nom de reineQue m’offrirait un roi qui n’en eût que le nom.

SPITRIDATE.

Vous en savez beaucoup, ma sœur, et vos méritesVous ouvrent fort les yeux sur ce que vous valez.

MANDANE.

Je réponds simplement à ce que vous me dites,

Vt parle en général comme vous me parlez.

SPITRIDATE.

Cependant et des rois et de leur différenceJe vous trouve en effet plus instruite que moi.

_ MANDANE.

uisque vous m’ordonnez qu’ici j’espère un roi,est juste, seigneur, que quelquefois j’y pense.

SPITRIDATE.

y pensez-vous point trop ?

MANDANE.

^ Je sais que c’est à vous

r égler mes désirs sur le choix d’un époux :

Mon devoir n’en fera point d’autre;ais ; quand vous daignerez choisir pour une sœur,a 'gnez songer, de grâce, à faire son bonheurjj, Mieux que vous n’avez fait le vôtre,y Un c Eoix que vous m’aviez vous-même tant loué,Et t ^> C0CUr 6t V0S ' eux vous ont désavoué ;

Sl J ai, comme vous, quelques pentes secrètes.

Seigneur, si c’est ainsi que vous les rencontrez,

Jugez, par le trouble où vous êtes,

De l’état où vous me mettrez.

SPITRIDATE.

Je le vois bien, ma sœur, il faut voiis laisser faire :Qui choisit mal pour soi choisit mal pour autrui ;

Et votre cœur, instruit par le malheur d’un frère,

A déjà fait son choix sans lui.

MANDANE.

Peut-être; mais enfin vous suis-je nécessaire?

Parlez ; il n’est désirs ni tendres sentimentsQue je ne sacrifie à vos contentements.

Faut-il donner ma main pour celle d’Elpinice ?

SPITRIDATE.

Que sert de m’en offrir un entier sacrifice,

Si je n’ose et ne puis même déterminerA qui pour mon bonheur vous devez la donner?Cotys me la demande, Agésilas l’espère.

MANDANE.

Agésilas, seigneur ! Et le savez-vous bien ?

SPITRIDATE.

Parler de vous sans cesse, aimer votre entretien,Vous donner tout crédit, ne chercher qu’à vous plaire..

MANDANE.

Ce sont civilités envers une étrangère

Qui font beaucoup d’éclat, et ne produisent rien.

Il jette par là des amorces

A ceux qui, comme nous, voudront grossir ses forcesMais, quelque haut crédit qu’il me donne en sa courDe toute sa conduite il est si bien le maître,

Qu’au simple nom d’hymen vous verriez disparaîtreTout ce qu’en ses faveurs vous prenez pour amour.

SPITRIDATE.

Vous penchez vers Cotys, et savez qu’ElpiniceNe veut point être à moi qu’il ne soit à sa sœur!

MANDANE.

Je vous réponds de tout, si vous avez son cœur.

SPITRIDATE.

Et Lysander pourra souffrir cette injustice ?

MANDANE.

Lysander est si mal auprès d’Agésilas ,

Que ce sera beaucoup s’il en obtient un gendre ;

Et peut-être sans moi ne l’obtiendra-t-il pas .

Pour deux , il aurait tort, s’il osait y prétendre.Mais, seigneur, le voici ; tâchez de pressentirCe qu’en votre faveur il pourrait consentir.

SPITRIDATE.

Ma sœur, vous êtes plus adroite;

Souffrez que je ménage un moment de retraite.J’aurais trop à rougir, pour peu que devant moiVous fissiez deviner de ce manque de foi.