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AGÉSILAS, ACTE II, SCÈNE IV.
SCÈNE IJ.
LYSANDER, SPITRIDATE, MANDANE,CLÉON.
LYSANDER.
Quoique, en matière d’hyméuées,
L’importune longueur des affaires traînéesAttire assez souvent de fâcheux embarras,
J’ai voulu qu’à loisir vous puissiez voir mes fillesAvant que demander l’aveu d’AgésilasSur l’union de nos familles.
Dites-moi donc, seigneur, ce qu’en jugent vos yeux,S’ils laissent votre cœur d’accord de vos promesses,Et si vous y sentez plus d’aimables tendressesQue de justes désirs de pouvoir choisir mieux.
Parlez avec franchise avant que je m’exposeA des refus presque assurés,
Que j’estimerai peu de choseQuand vous serez plus déclarés :
Et n’appréhendez point l’emportement d’un père ;
Je sais trop que l’amour de ses droits est jaloux,
Qu’il dispose de nous sans nous,
Que les plus beaux objets ne sont pas sûrs de plaire :L’aveugle sympathie est ce qui fait agirLa plupart des feux qu’il excite ;
Il ne l’attache pas toujours au vrai mérite ;
Et, quand il la dénie, on n’a point à rougir.
SPITRIDATE.
Puisque vous le voulez, je ne puis me défendre,Seigneur, de vous parler avec sincérité.
Ma seule ambition est d’être votre gendre ;
Mais apprenez, de grâce, une autre vérité :
Ce bonheur que j’attends, cette gloire où j’aspire,
Et qui rendrait mon sort égal au sort des dieux,
N’a pour objet... Seigneur, je tremble à vous le dire;Ma sœur vous l’expliquera mieux.
SCÈNE III.
LYSANDER,MANDANE, CLÉON.
LYSANDER.
Que veut dire, madame, une telle retraite?
Se plaint-il d’Aglatide, et la jeune indiscrèteRépondrait-elle mal aux honneurs qu’il lui fait?
MANDANE.
Elle y répond, seigneur, ainsi qu’il le souhaite,
Et je l’en vois fort satisfait ;
Mais je ne vois pas bien que par les sympathiesDont vous venez de nous parler,
Leurs âmes soient fort assorties,
Ni que l’amour encore ait daigné s’en mêler.
Ce n’est pas qu’il n’aspire à se voir votre gendre,
Qu’il n’y mette sa gloire, et borne ses plaisirs;
Mais, puisque par son ordre il me faut vous l’appren-Elpinice est l’objet de ses plus chers désirs. [dre,
LYSANDER.
Elpinice ! Et sa main n’est plus en ma puissance.
MANDANE.
Je sais qu’il n’est plus temps de vous la demander;Mais je vous répondrais de son obéissance,
Si Cotys la voulait céder.
Que sait-on si l’amour, dont la bizarrerieSe joue assez souvent du fond de notre cœur,
N’aura point fait au sien même supercherie ?
S’il n’y préfère point Aglatide à sa sœur ?
Cet échange, seigneur, pourrait-il vous déplaire,
S’il les rendait tous quatre heureux ?
LYSANDER.
Madame, doutez-vous de la bonté d’un père?
MANDANE.
Voyez donc si Cotys sera plus rigoureux :
Je vous laisse avec lui, de peur que ma présenceN’empêche une sincère et pleine confiance.
(à Cotys.)
Seigneur, ne cachez plus le véritable amourDont l’idée en secret vous flatte.
J’ai dit à Lysander celui de Spitridate;
Dites le vôtre à votre tour.
SCÈNE IV.
LYSANDER, COTYS, CLÉON.
COTYS.
Puisqu’elle vous l’a dit, pourrais-je vous le taire ?
Jugez, seigneur, de mes ennuis ;
Une autre qu’Elpinice à mes yeux a su plaire;
Et l’aimer est un crime en l’état où je suis.
LYSANDER.
Ne traitez point, seigneur, ce nouveau feu de crime :Le choix que font les yeux est le plus légitime;
Et comme un beau désir ne peut bien s’allumer,
S’ils n’instruisent le cœur de ce qu’il doit aimer,C’est ôter à l’amour tout ce qu’il a d’aimable,
Que les tenir captifs sous une aveugle foi ;
Et le don le plus favorableQue ce cœur sans leur ordre ose faire de soiNe fut jamais irrévocable.
COTYS.
Seigneur, ce n’est point par mépris,
Ce n’est point qu’Elpinice aux miens n’ait paru belle;Mais enfin, le dirai-je? oui, seigneur, on m’a pris,On m’a volé ce cœur que j’apportais pour elle.D’autres yeux, malgré moi, s’en sont fait les tyrans,Et ma foi s’est armée en vain pour ma défense;
Ce lâche, qui s’est mis de leur intelligence,
Les a soudain reçus en justes conquérants.