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Tome second.
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1 SG

AGÉSILAS, ACTE V, SCÈNE VIII.

LYSANDER.

Je vous ait dit, seigneur, que j’étais tout à vous;

Et j’y suis d’autant plus, que, malgré, l’apparence,Je trouve des bontés qui passent l’espéranceOù je n’avais cru voir que des soupçons jaloux.

AGÉSILAS.

Et que va devenir cette docte harangueQui du fameux Cléon doit ennoblir la langue?

LYSANDER.

Seigneur....

AGÉSILAS.

Nous sommes seuls, j’ai chassé Xénoclès :Parlons conlidemment. Que venez-vous d’écrireA l’éphore Arsidas, au sénateur Cratès?

Je vous défère assez pour n’en vouloir rien lire.

Avec moi n’appréhendez rien,

Tout est encor fermé. Voyez.

LYSANDER.

Je suis coupable,

Parce qu’on me trahit, que l’on vous sert trop bien,Et que, par un effort de prudence admirable,

Vous avez su prévoir de quoi serait capable,

Après tant de mépris , un cœur comme le mien.

Ce dessein toutefois ne passera pour crimeQue parce qu’il est sans effet ;

Et ce qu’on va nommer forfaitN’a rien qu’un plein succès n’eût rendu légitime.Tout devient glorieux pour qui peut l’obtenir,

Et qui le manque est à punir.

AGÉSILAS.

Non, non ; j’aurais plus fait peut-être en votre place.

Il est naturel aux grands cœursDe sentir vivement de pareilles rigueurs;

Et vous m’offenseriez de douter de ma grâce.

Comme roi, je la donne, et comme ami discret,

Je vous assure du secret.

Je remets en vos mains tout ce qui vous peut nuire.Vous m’avez trop servi pour m’en trouver ingrat;

Et d’un trop grand soutien je priverais l’ÉtatPour des ressentiments où j’ai su vous réduire.

Ma puissance établie et mes droits conservésNe me laissent point d’yeux pour voir votre entreprise.Dites-moi seulement avec même franchise,

Vous dois-je encor bien plus que vous ne me devez ?

LYSANDER.

Avez-vous pu, seigneur, me devoir quelque chose ?Qui sert le mieux son roi ne fait que son devoir.

En vous de tout l’État j’ai défendu la causeQuand je l’ai fait tomber dessous votre pouvoir.

Le zèle est tout de feu quand ce grand devoir presse :Et, comme à le moins suivre on s’en acquitte mal,Le mien vous servit moins qu’il ne servit la Grèce,Quand j’en sus ménager les cœurs avec adressePour vous en faire général.

Je vous dois cependant et la vie et ma gloire;

Et lorsqu’un dessein malheureuxPeut me coûter le jour et souiller ma mémoire,

La magnanimité de ce cœur généreux....

AGÉSILAS.

Reprochez-moi plutôt toutes mes injustices,

Que de plus ravaler de si rares services.

Elles ont fait le crime, et j’en tire ce bien,

Que j’ai pu m’acquitter, et ne vous dois plus rien.

A présent que la gratitudeNe peut passer pour dette en qui s’est acquitté,

Vos services, payés d’un traitement si rude,

Vont recevoir de moi ce qu’ils ont mérité.

S’ils ont su conserver un trône en ma famille,

J’y veux par mon hymen faire seoir votre fille.

C’est ainsi qu’avec vous je puis le partager.

LYSANDER.

Seigneur, à ces bontés que je n’osais attendre,

Que puis-je....

AGÉSILAS.

Jugez-en comme il faut en juger,

Et surtout commencez d’apprendreQue les rois sont jaloux du souverain pouvoir,

Qu’ils aiment qu’on leur doive, et ne peuvent devoir;Que rien à leurs sujets n’acquiert l’indépendance;Qu’ils règlent à leur choix l’emploi des plus grands cœurs ;Qu’ils ont pour qui les sert des grâces, des faveurs,Et qu’on n’a jamais droit sur leur reconnaissance.Prenons dorénavant, vous et moi, pour objet,

Les devoirs qu’il faudra l’un à l’autre nous rendre ;N’oubliez pas ceux d’un sujet,

Et j’aurai soin de ceux d’un gendre.

SCÈNE VIII.

AGÉSILAS, LYSANDER, AGLATIDEconduite par XÉNOCLÉS.

AGLATIDE.

Sur un ordre, seigneur, reçu de votre part,

Je viens, étonnée et surprise,

De voir que tout d'un coup un roi m’en favorise,

Qui me daignait à peine honorer d’un regard.

AGÉSILAS.

Sortez d’étonnement. Les temps changent, madame,Et l’on n’a pas toujours mêmes yeux ni même âme.Pourriez vous de ma main accepter un époux?

AGLATIDE.

Si mon père y consent, mon devoir me l’ordonne;Ce me sera trop d’heur de le tenir de vous.

Mais avant que savoir quelle en est la personne,

Pourrais-je vous parler avec la liberté

Que me souffrait à Sparte un feu trop écouté,

Alors qu’il vous plaisait, ou m’aimer, ou me dire