• AGÉSILAS, ACTE V, SCENE IX.
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Qu’en votre cœur mes yeux s’étaient fait un empire ?Non que j’y pense encor ; j’apprends de vous, seigneur,Qu’on change avec le temps, d’àme, ci’yeux, et deagésilas. [cœur.
Rappelez ces beaux jours pour me parler sans feindre ;Mais si vous le pouvez, madame, épargnez-moi.
AGLATIDE.
Ce serait sans raison que j’oserais m’en plaindre :L’amour doit être libre, et vous êtes mou roi.
Mais , puisque jusqu’à vous vous m’avez fait prétendre,N’obligez point, seigneur, cet espoir à descendre,Et ne me faites point de loisQui profanent l’honneur de votre premier choix.
J’y trouvais pour moi tant de gloire,
Len chéris à tel point la batteuse mémoire ,
Que je regarderais comine un indigne épouxQuiconque m’offrirait un moindre rang que vous.
Si cet orgueil à quelque crime,
L n’en faut accuser que votre trop d’estime;
Ce sont des sentiments que je ne puis trahir.
^Près cela, parlez ; c’est à moi d’obéir.
AGESILAS.
'* e Parlerai, madame, avec même franchise.
' aime a voir cet orgueil que mon choix autorise^ dédaigner les vœux de tout autre qu’un roi :aime cette hauteur en un jeune courage;
Et
Si
v ous n’aurez point lieu de vous plaindre de moi,v otre heureux destin dépend de mon suffrage.
SCÈNE IX.
A GÉSILAS, lysander, cotys, spitri-
d ATE, MANDANE, ELPINICE, AGLATIDE,XÉNOCLËS.
„ . COTYS.
ei gneur, à vos bontés nous venons consacrer,
Et Mandane et moi, notre vie.
^ SPITIIIDATE.
e Pareilles faveurs, seigneur, nous font entrerPour vous faire voir même envie.
AGÉSILAS.
p . Je vous ai fait justice à tous, .
crois que ce jour vous doit être assez douxjT U tous vos souhaits à votre gré décide ; [niant,a ‘s, pour le rendre encor plus doux et plus char-
Sachez que Sparte voit sa reine en Aglatide,
A qui le ciel en moi rend son premier amant.
AGLATIDE.
C’est me faire, seigneur, des surprises nouvelles.
AGÉSILAS.
Rendons noscœurs, madame, à des flammes si belles ;Et tout ensemble allons préparer ce beau jourQui, par un triple hymen, couronnera l’amour ■.
1 La tragédie à’Agésilas est un des plus faibles ouvrages deCorneille. Le public commençait à se dégoûter. On trouve dansune lettre manuscrite d’un homme de ce temps-là, qu’il s’élevaun murmure très-désagréable dans le parterre à ces vers d’A-glatide :
Hélas 1 — Je n’entends pas des mieux ,
Comme il faut qu’un-hélas s’explique;
Et, lorsqu’on se retranche au langage des yeux,
Je suis muette à la réplique.
Ce même parterre avait passé, dans la pièce d 'Othon, des versbeaucoup plus répréhensibles, en faveur des beautés des pre-mières scènes; mais il n’y avait point de pareilles beautés dansJgésilas. On lit sentir à Corneille qu’il vieillissait. Il donnaitun ouvrage de théâtre presque tous les ans depuis 1625, sivous en exceptez l’intervalle entre Pertharite et Œdipe : iltravaillait trop vite; il était épuisé. Plaignons le triste état desafortune, qui ne répondait pas à son mérite, et qui le forçait àtravailler. On prétend que la mesure des vers qu’il employadans Jgésilas nuisit beaucoup au succès de cetle tragédie ; jecrois, au contraire, que cette nouveauté aurait réussi, et qu’onaurait prodigué les louanges à ce génie si fécond et si a arié, s’iln’avait pas entièrement négligé dans Agésilas, comme dansles pièces précédentes, l’intérêt et le style. Les vers irrégulierspourraient faire un très-bel effet dans une tragédie. Ils exigent,à la vérité,un rhylhmc différent deceluides vers de dix sylla-bes; ils demandent un art singulier. Vous pouvez voir quelquesexemples de la perfection de ce genre dans Quinault :
Le perfide Renaud me fuit;
Tout perfide qu’il est, mon lâche cœur le suit.
11 me laisse mourante ; il veut que je périsse,
Je revois à regret la clarté qui me luit ;
L’horreur de l’éternelle nuit
Cède ù l’horreur de mon supplice, etc. etc.
Toute cette scène, bien déclamée, remuera les cœurs autantque si elle était bien chantée; et la musique mémo de cetteadmirable scène n’est qu’une déclamation notée. 11 est doncprouvé que cette mesure de vers pourrait porter dans la tra-gédie une beauté nouvelle, dont le public a besoin pour va-rier l’uniformité du théâtre. (V.) — Cette mesure irrégulièren’a pas fait fortune jusqu’à présent dans la tragédie, et nousparait plus propre à énerver le style qu’à le fortilier. Voltaireen a fait un essai dans Tamrède, pièce intéressante, mais fai-blement écrite; ce qui nous confirme dans notre opinion. Aureste, Jgésilas, et pour le fond et pour la forme, ne méritaitguère que ce que Boileau en a dit : Hélas! (P.)
FIN D'AGÉSILAS.