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Tome second.
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ATTILA, ACTE

Serait-il sûr pour moi d’exposer ma bontéA tous les attentats d’un amant supplanté?Vous-même pourriez-vous épouser une femme,

Et laisser à ses yeux le maître de son âme?

ABDABIC.

S’il était trop à craindre, il faudrait l’en bannir.

ATTILA.

Quand il est trop à craindre, il faut le prévenir.

C’est un roi dont les gens, mêlés parmi les nôtres,Feraient accompagner son exil de trop d’autres,

Qu’on verrait s’opposer aux soins que nous prendrons,Et de nos ennemis grossir les escadrons.

ABDABIC.

Est-ce un crime pour lui qu’une douce espéranceQue vous pourriez ailleurs porter la préférence ?ATTILA.

Oui, pour lui, pour vous-même, et pour tout autre roi,C’en est un que prétendre en même lieu que moi.S’emparer d’un esprit dont la foi m’est promise,

C’est surprendre une place entre mes mains remise;Et vous ne seriez pas moins coupable que lui,

Si je ne vous voyais d’un autre œil aujourd’hui.

A des crimes pareils j’ai dû même justice,

Et ne choisis pour vous qu’un amoureux supplice;Four un si cher objet que je mets en vos bras,

Est-ce un prix excessif qu’un si juste trépas ?

ABDABIC.

Mais c’est déshonorer, seigneur, votre hyménéeQue vouloir d’un tel sang en marquer la journée.

ATTILA.

Est-il plus grand honneur que de voir en mon choixQui je veux à ma flamme immoler de deux rois,

Et que du sacrifice où s'expîra leur crime,

E’un d’eux soit le ministre, et l’autre la victime ?

Si vous n’osez par là satisfaire vos feux,

Craignez que Valamir ne soit moins scrupuleux,

Qu’il ne s’impute pas à tant de barbarie I

d’accepter à ce prix son illustre Ilonorie,

Et n’ait aucune horreur de ses vœux les plus douxSi leur entier succès ne lui coûte que vous ;

Ear je puis épouser encor votre princesse,

Et détourner vers lui l’effort de ma tendresse.

SCÈNE V.

ATTILA, ARDARIC, ILDIONE.attila , à Ildione.

Eos refus obligeants ont daigné m’ordonnerde consulter vos vœux avant que vous donner ;

m’en fais une loi. Dites-moi donc, madame,

Votre cœur d’Ardaric agréerait-il la flamme ?

ILDIONE.

d est à moi d’obéir, si vous le souhaitez ;

IV, SCÈNE VI.

Mais, seigneur...

ATTILA.

Il y fait quelques difficultés :

Mais je sais que sur lui vous êtes absolue.

Achevez d’y porter son âme irrésolue,

Afin que dans une heure, au milieu de ma cour,Votre hymen et le mien couronnent ce grand jour.

SCÈNE VI.

ARDARIC, ILDIONE.

ILDIONE.

D’où viennent ces soupirs, d’où naît cette tristesse ?Est-ce que la surprise étonne Palégresse,

Qu’elle en suspend l’effet pour le mieux signaler,

Et qu’aux yeux du tyran il faut dissimuler?

Il est parti, seigneur ; souffrez que votre joie,Souffrez que son excès tout entier se déploie,

Qu’il fasse voir aux miens celui de votre amour.

ABDABIC.

Vous allez soupirer, madame, à votre tour,

A moins que votre cœur malgré vous se prépareA n’avoir rien d’humain non plus que ce barbare.

Il me choisit pour vous ; c’est un honneur bien grand,Mais qui doit faire horreur par le prix qu’il le vend.

A recevoir ma main pourrez-vous être prête,

S’il faut qu’à Valamir il en coûte la tête?

ILDIONE.

Quoi ! seigneur !

ABDABIC.

Attendez à vous en étonnerQue vous sachiez la main qui doit l’assassiner.

C’est à cet attentat la mienne qu’il destine,

Madame.

ILDIONE.

C’est par vous, seigneur, qu’il l’assassine!

ABDABIC.

Il me fait son bourreau pour perdre un autre roiA qui fait sa fureur la même offre qu’à moi.

Aux dépens de sa tête il veut qu’on vous obtienne,Ou lui donne Honorie aux dépens de la mienne :

Sa cruelle faveur m’en a laissé le choix.

ILDIONE.

Quel crime voit sa rage à punir en deux rois ?

ABDABIC.

Le crime de tous deux, c’est d’aimer deux princesses,C’est d’avoir, mieux que lui, mérité leurs tendresses.De vos bontés pour nous il nous fait un malheur,

Et d’un sujet de joie un excès de douleur.

ILDIONE.

Est-il orgueil plus lâche, ou lâcheté plus noire?

Il veut que je vous coûte ou la vie ou la gloire,

Et serve de prétexte au choix infortuné