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Tome second.
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ATTILA, ACTE V, SCÈNE I.

D’assassiner vous-même ou d’être assassiné!

Il vous offre ma main comme un bonheur insigne,Mais à condition de vous en rendre indigne :

Et si vous refusez par là de m’acquérir,

Vous ne sauriez vous-même éviter de périr!

ABDABIC.

Il est beau de périr pour éviter un crime; [time;Quand on meurt pour sa gloire, on revit dans l’es-Et triompher ainsi du plus rigoureux sort,

C’est s’immortaliser par une illustre mort.

ILDIONE.

Cette immortalité qui triomphe en idéeVeut être, pour charmer, de plus loin regardée;

Et quand à notre amour ce triomphe est fatal,

La gloire qui le suit nous en console mal.

ABDABIC.

Vous vengerez ma mort; et mon âme ravie....ILDIONE.

Ah! venger une mort n’est pas rendre une vie :

Le tyran immolé me laisse mes malheurs ;

Et son sang répandu ne tarit pas mes pleurs.

ABDABIC.

Pour sauver une vie, après tout, périssable,

En rendrais-je le reste infâme et détestable?

Et ne vaut-il pas mieux assouvir sa fureur,

Et mériter vos pleurs, que de vous faire horreur ?

ILDIONE.

Vous m’en feriez sans doute, après cette infamie,Assez pour vous traiter en mortelle ennemie.

Mais souvent la fortune a d’heureux changementsQui président sans nous aux grands événements :

Le ciel n’est pas toujours aux méchants si propice ;Après tant d’indulgence, il a de la justice.

Parlez à Valamir, et voyez avec luiS’il n’est aucun remède à ce mortel ennui.

ABDABIC.

Madame...

ILDIONE.

Allez, seigneur : nos maux et les temps pressent,Et les mêmes périls tous deux vous intéressent.

ABDABIC.

J’y vais; mais, en l’état qu’est son sort et le mien,Nousnousplaindrons ensemble et nerésoudrons rien.

SCÈNE VII.

ILDIONE.

Trêve, mes tristes yeux, trêve aujourd’hui de larmes !Armez contre un tyran vos plus dangereux charmes;Voyez si de nouveau vous le pourrez dompter,

Et renverser sur lui ce qu’il ose attenter.

Reprenez en son cœur votre place usurpée ;Ramenez à l’autel ma victime échappée;

Rappelez ce courroux que son choix incertainEn faveur de ma flamme allumait dans mon sein.

Que tout semble facile en cette incertitude !

Mais qu'à l’exécuter tout est pénible et rude!

Et qu’aisément le sexe oppose à sa fiertéSa douceur naturelle et sa timidité!

Quoi ! ne donner ma foi que pour être perfide!N’accepter un époux que pour un parricide !

Ciel, qui me vois frémir à ce nom seul d’époux,

Ou rends-moi plus barbare, ou mon tyran plus doux!

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

ARDARIC, VALAMIR.

( Ils n’ont point d’épée ni l’un ni l’autre.)

ABDABIC.

Seigneur, vos devins seuls ont causé notre pertePar eux à tous nos maux la porte s’est ouverte ;

Et l’infidèle appât de leur prédictionA jeté trop d’amorce à votre ambition.

C’est de là qu’est venu cet amour politiqueQue prend pour attentat un orgueil tyrannique.

Sans le flatteur espoir d’un avenir si doux,

Ilonorie aurait eu moins de charmes pour vous.

C’est par là que vos yeux la trouvent adorableEt que vous faites naître un amour véritable,

Qui, l’attachant à vous, excite des fureursQue vous voyez passer aux dernières horreurs.

A moins que je vous perde il faut que je périsse;

On vous fait même grâce, ou pareille injustice :

Ainsi vos seuls devins nous forcent de périr,

Et ce sont tous les droits qu’ils vous font acquérir.

VALAMIB.

Je viens de les quitter ; et, loin de s’en dédire,

Ils assurent ma race encore du même empire.

Ils savent qu’Attila s’aigrit au dernier point :

Et ses emportements ne les émeuvent point;

Quelque loi qu’il nous fasse, ils sont inébranlables,Le ciel en a donné des arrêts immuables;

Rien n’en rompra l’effet; et Rome aura pour roiCe grand Théodoric qui doit sortir de moi.

ABDABIC.

Us veulent donc, seigneur, qu’aux dépens de ma têteVos mains à ce héros préparent sa conquête?

VALAMIB.

Seigneur, c’est m’offenser encor plus qu’Attila.