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Tome second.
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208 ATTILA, ACTE

Ce choix ne tombera que sur les plus infâmes.

HONORIE.

Tu pourrais être lâche et cruel jusque-là!

ATTILA.

Encor plus, s’il le faut, mais toujours Attila,Toujours l’heureux objet de la haine publique,

Fidèle au grand dépôt du pouvoir tyrannique,Toujours...

HONORIE.

Achève, et dis que tu veux en tout lieuÊtre l’effroi du monde, et le fléau de Dieu.

Étale insolemment l’épouvantable imageDe ces fleuves de sang où se baignait ta rage.

Fais voir...

ATTILA.

Que vous perdez de mots injurieuxA me faire un reproche et doux et glorieux!

Ce Dieu dont vous parlez, de temps en temps sévère,Ne s’arme pas toujours de toute sa colère;

Mais quand à sa fureur il livre l’univers,

Elle a pour chaque temps des déluges divers.

Jadis, de toutes parts faisant regorger l’onde,

Sous un déluge d’eaux il abîma le monde;

Sa main tient en réserve un déluge de feuxPour le dernier moment de nos derniers neveux ;

Et mon bras, dont il fait aujourd’hui son tonnerre,D’un déluge de sang couvre pour lui la terre.

HONORIE.

Lorsque par les tyrans il punit les mortels,

Il réserve sa foudre à ces grands criminelsQu’il donne pour supplice à toute la nature,

Jusqu’à ce que leur rage ait comblé la mesure.Peut-être qu’il prépare en ce même momentA de si noirs forfaits l’éclat du châtiment,

Qu’alors que ta fureur à nous perdre s’apprête,

11 tient le bras levé pour te briser la tête,

Et veut qu’un grand exemple oblige de tremblerQuiconque désormais t’osera ressembler.

ATTILA.

Eh bien, en attendant ce changement sinistre,J’oserai jusqu’au bout lui servir de ministre,

Et faire exécuter toutes ses volontésSur vous et sur des rois contre moi révoltés.

Par des crimes nouveaux je punirai les vôtres,

Et mon tour à périr ne viendra qu’après d’autres.

HONORIE.

Ton sang, qui chaque jour, à longs flots distillés,S’échappe vers ton frère, et six rois immolés,

Te dirait-il trop bas que leurs ombres t’appellent ?Faut-il que ces avis par moi se renouvellent?

Vois, vois couler ce sang qui te vient avertir,

Tyran, que pour les-joindre il faut bientôt partir.

V, SCÈNE IV.

ATTILA.

Cen’est rien ; et pour moi s’il n’est pas d’autre foudre,J’aurai pour ce départ du temps à m’y résoudre.D’autres vous enverraient leur frayer le chemin;

Mais j’en laisserai faire à votre grand destin,

Et trouverai pour vous quelques autres vengeances,Quand l’humeur me prendra de punir tant d’offenses.

SCÈNE IV.

ATTILA, VALAMIR, ARDARIC, HONORIE,ILDIONE, OCTAR.

Attila, à Ildione.

Où venez-vous, madame, et qui vous enharditA vouloir voir ma mort qu’ici l’on me prédit?Venez-vous de deux rois soutenir la querelle,

Vous révolter comme eux, me foudroyer comme elle,Ou mendier l’appui de mon juste courrouxContre votre Ardaric qui ne veut plus de vous?

ILDIONE.

Il n’en mériterait ni l’amour ni l’estime,

S’il osait espérer m’acquérir par un crime.

D’un si juste refus j’ai de quoi me louer,

Et ne viens pas ici pour l’en désavouer.

Non, seigneur ; c’est du mien que j’y viens me dédire,Rendre à mes yeux sur vous leur souverain empire,Rattacher, réunir votre vouloir au mien,

Et reprendre un pouvoir dont vous n’usez pas bien.

Seigneur, est-ce là donc cette reconnaissanceSi hautement promise à mon obéissance?

J’ai quitté tous les miens sous l’espoir d’être à vous;Par votre ordre, mon cœur quitte un espoir si doux;Je me réduis au choix qu’il vous a plu me faire,

Et votre ordre le met hors d’état de me plaire!

Mon respect qui me livre aux vœux d’un autre roiN’y voit pour lui qu’opprobre, et que honte pour moi !Rendez, rendez-le-moi, cet empire suprêmeQui ne vous laissait plus disposer de vous-même :Rendez toute votre âme à son premier souhait ;Recevez qui vous aime, et fuyez qui vous hait.Honorie a ses droits : mais celui de vous plaireN’est pas, vous le savez, un droit imaginaire;

Et, pour vous appuyer, Mérouée a des bra3Qui font taire les droits quand il faut des combats.

ATTILA.

Non, je ne puis plus voir cette ingrate HonorieQu’avec la même horreur qu’on voit une furie;

Et tout ce que le ciel a formé de plus doux,

Tout ce qu’il peut de mieux, je crois le voir en vous-Mais dans votre cœur même un autre amour mur-Lorsque.... [mure,