ATTILA, ACTE V, SCÈNE VI.
2 OU
ILDIONE.
Vous pourriez croire une telle imposture !Qu’ai-je dit? qu’ai-je fait que de vous obéir?
Et par où jusque-là m’aurais-je pu trahir ?
ATTILA.
Ardaric est pour vous un époux adorable.
ILDIONE.
Votre main lui donnait ce qu’il avait d’aimable;
Et je ne l’ai tantôt accepté pour épouxQue par cet ordre exprès que j’ai reçu de vous.
Vous aviez déjà vu qu’en dépit de ma flamme,
Pour vous faire empereur...
ATTILA.
Vous me trompez, madame;Mais l’amour par vos yeux me sait si bien dompter,Que je ferme les miens pour n’y plus résister.N’abusez pas pourtant d’un si puissant empire;Songez qu’il est encor d’autres biens où j’aspire,
Que la vengeance est douce aussi bien que l’amour ;Et laissez-moi pouvoir quelque chose à mon tour.
ILDIONE.
Seigneur, ensanglanter cette illustre journée!
Grâce, grâce du moins jusqu’après l’hyménée.
A son heureux flambeau souffrez un pur éclat,
Et laissez pour demain les maximes d’État.
ATTILA.
Vous le voulez, madame, il faut vous satisfaire ;Mais ce n’est que grossir d’autant plus ma colère ;
£t ce que par votre ordre elle perd de momentsEnfle l’avidité de mes ressentiments.
HONOBIE.
Noyez, voyez plutôt, par votre exemple même,Rigueur, jusqu’où s’aveugle un grand cœur quand il aime :''nyez jusqu’où l’amour, qui vous ferme les yeux,Eorce et dompte les rois qui résistent le mieux,
Qùel empire il se fait sur l’âme la plus fière :
Et
si vous avez vu la mienne trop altière,
V °yez ce même amour immoler pleinementSon orgueil le plus juste au salut d’un amant,
*A toute sa fierté dans mes larmes éteintees eendre à la prière et céder à la crainte.
Avoir su jusque-là réduire mon courroux°us doit être, seigneur, un triomphe assez doux.^ Ue tant d’orgueil dompté suffise pour victime.°udriez-vous traiter votre exemple de crime,
> fluand vous adorez qui ne vous aime pas,
Un réciproque amour condamner les appas ?
ATTILA.
Non.
Princesse ; il vaut mieux nous imiter l’un l’autre :
v 0lls suivez mon exemple, et je suivrai le vôtre.
°us condamniez madame à l’hymen d’un sujet;j^Plissez au lieu d’elle un si juste projet.
^ vous l’ai déjà dit; et mon respect fidèle,
Ce tte digne loi que vous faisiez pour elle,
CORNEILLE. — TOME II.
N’ose prendre autre règle à punir vos mépris.
Si Valamir vous plaît, sa vie est à ce prix ;
Disposez à ce prix d’une main qui m’est due.
Octar, ne perdez pas la princesse de vue.
Vous, qui me commandez de vous donner ma foi,Madame, allons au temple ; et vous, rois, suivez-moi.
SCÈNE V.
HONORIE, OCTAR.
HONORIE.
Tu le vois, pour toucher cet orgueilleux courage,
J’ai pleuré, j’ai prié, j’ai tout mis en usage,
Octar ; et, pour tout fruit de tant d’abaissement,
Le barbare me traite encor plus fièrement.
S’il reste quelque espoir, c’est toi seul qu’il regarde.Prendras-tu bien ton temps ? Tu commandes sa garde ;La nuit et le sommeil vont tout mettre en ton choix ;Et Flavie est le prix du salut de deux rois.
OCTAR.
Ali ! madame, Attila, depuis votre menace,
Met hors de mon pouvoir l’effet de cette audace.
Ce défiant esprit n’agit plus maintenant,
Dans toutes ses fureurs, que par mon lieutenant ;C’est par lui qu’aux deux rois il fait ôter les armes,
Et deux mots en son âme ont jeté tant d’alarmes,Qu’exprès à votre suite il m’attache aujourd’huiPour m’ôter tout moyen de m’approcher de lui.
Pour peu que je vous quitte il y va de ma vie ,
Ets’il peut découvrir que j’adore Flavie....
HONORIE.
Il le saura de moi, si tu ne veux agir,
Infâme, qui t’en peux excuser sans rougir :
Si tu veux vivre encor, va chercher du courage.
Tu vois ce qu’à toute heure il immole à sa rage ;
Et ta vertu, qui craint de trop paraître au jour,Attendues bras croisés, qu’il t’immole à son tour*Fais périr, ou péris, préviens, lâche, ou succombe;Venge toute la terre, ou grossis l’hécatombe.
Si la gloire sur toi, si l’amour ne peut rien,
Meurs en traître, et du moins sers de victime au mien.
SCÈNE VI.
VALAMIR, HONORIE, OCTAR,honorie, à Valamir.
Mais qui me rend, seigneur, le bien de votre vue ?
VALAMIR.
L’impatient transport d’une joie imprévue.
Notre tyran n’est plus.
« II faut un Corneille pour dii£ : Une vertu qui attend, les1 bras croisés . (L. Racine.)
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