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Tome second.
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218 T1TE ET BÉRÉNICE

Elle suit mon exemple, et se plaît à le suivre,

Et ne m’envoie iei traiter de souverainQue pour braver l’amant qu’elle charmait en vain.FLAVIAN.

Si vous la revoyiez, je plaindrais Domitie.

TITE.

Contre tous ses attraits ma raison endurcieFerait de Domitie encor la sûreté,

Mais mon cœur aurait peu de cette dureté.N’aurais-tu point appris qu’elle fut infidèle,

Qu’elle écoutât les rois qui soupirent pour elle?Dis-moi que Polémon règne dans son esprit,

J’en aurai du chagrin, j’en aurai du dépit,

D’une vive douleur j’en aurai l’âme atteinte;

Mais j’épouserai l’autre avec moins de contrainte :Car enfin elle est belle, et digne de ma foi ;

Elle aurait tout mon cœur, s'il était tout à moi.

La noblesse du sang, la grandeur du courage,

Font avec son mérite un illustre assemblage :

C’est le choix de mon père; et je connais trop bienQu’à choisir en césar ce doit être le mien.

Mais tout mon cœur renonce à lui faire justiceDès que mon souvenir lui rend sa Bérénice.

FLAVIAN.

Si de tels souvenirs vous sont encor si doux,L’hyménée a, seigneur, peu de charmes pour vous.

T1TF-.

Si de tels souvenirs ne me faisaient la guerre,Serait-il potentat plus heureux sur la terre?

Mon nom par la victoire est si bien affermi 1 ,

Qu’on me croit dans la paix un lion endormi :

Mon réveil incertain du monde fait l’étude;

Mon repos en tous lieux jette l’inquiétude ;

Et tandis qu’en ma cour les aimables loisirsMénagent l’heureux choix des jeux et des plaisirs,Pour envoyer l'effroi sous l’un et l’autre pôleJe n’ai qu’à faire un pas et hausser la parole.

Que de félicités, si mes vœux imprudentsN’étaient de mon pouvoir les seuls indépendants!Maître de l’univers sans l’être de moi-même,

Je suis le seul rebelle à ce pouvoir suprême;

D’un feu que je combats je me laisse charmer,

Et n’aime qu’à regret ce que je veux aimer.

En vain de mon hymen Rome presse la pompe :

J’y veux de la lenteur, j’aime qu’on l’interrompe,

Et n’ose résister aux dangereux souhaitsDe préparer toujours et n’achever jamais.

FLAVIAN.

Si ce dégoût, seigneur, va jusqu’à la rupture,Domitie aura peine à souffrir cette injure :

1 Ces vors furent appliquas à Louis XIV, et cYtait Pintenlionde Corneille, qui n’avait eu cependant qu’une part bien médio-cre aux bienfaits de ce prince. (P.)

, ACTE II, SCÈNE I.

Ce jeune esprit, qu’entête et le sang de NéronEt le choix qu’en Syrie on fit de Corbulon,S’attribue à l’empire un droit imaginaire,

Et s’en fait, comme vous, un rang héréditaire.

Si de votre parole un manque surprenantLa jette entre les bras d’un homme entreprenant,S’il l’unit à quelque âme assez fière et hautainePour servir son orgueil et seconder sa haine,

Un vif ressentiment lui fera tout oser;

En un mot, il vous faut la perdre, ou l’épouser.

TITE.

J’en sais la politique, et cette loi cruelleA presque fait l’amour qu’il in’a fallu pour elle.Réduit au triste choix dont tu viens de parler,J’aime mieux, Flavian, l’aimer que l’immoler,

Et ne puis démentir cette horreur magnanimeQu’en recevant le jour je conçus pour le crime.

Moi, qui seul des césars me vois en ce haut rangSans qu’il en coûte à Rome une goutte de sang,Moi, que du genre humain on nomme les délices,Moi, qui ne puis souffrir les plus justes supplices,Pourrais-je autoriser une injuste rigueurA perdre une héroïne à qui je dois mon cœur ?

Non : malgré les attraits de sa belle rivale,

Malgré les vœux flottants de mon âme inégale.

Je veux l’aimer, je l’aime; et sa seule beautéPouvait me consoler de ce que j’ai quitté.

Elle seule en ses yeux porte de quoi contraindreMes feux à s’assoupir, s’ils ne peuvent s’éteindre,De quoi flatter mon âme, et forcer mes douleursA souhaiter du moins de n’aimer plus ailleurs.

Mais je ne vois pas bien que j’en sois encor maître ;Dès que ma llamme expire, un mot la fait renaître,Et mon cœur malgré moi rappelle un souvenirQue je n’ose écouter et ne saurais bannir.

Ma raison s’en veut faire en vain un sacrifice;

Tout me ramène ici, tout m’offre Bérénice :

Et même je ne sais par quel pressentimentJe n’ai souffert personne en son appartement ;

Niais depuis cet adieu, si cruel et si tendre,

11 est demeuré vide, et semble encor l’attendre.

Va, fais porter mon ordre à ses ambassadeurs :C’est trop entretenir d’inutiles ardeurs;

11 est temps de chercher qui m’en puisse distraire,Et le ciel à propos envoie ici mon frère.

FLAVIAN.

Irez-vous au sénat?

TITE.

Non ; il peut s’assemblerSur ce déluge ardent qui nous a fait trembler,

Et pourvoir sous mon ordre aux affreuses ruinesDont ses feux ont couvert les campagnes voisines.