220 TITE ET BÉRÉNICE,
Que d’accabler un frère et contraindre une femme.
TITE.
Je ne contrains personne; et de sa propre voixNous allons, vous et moi, savoir quel est son choix.
SCÈNE [II.
TITE, DOMITIAN, DOMITIE, ALBIN,PLAUTINE.
TITE.
Parlez, parlez, madame, et daignez nous apprendreOù porte votre cœur, ce qu’il sent de plus tendre,
Qui le possède entier de mon frère ou de moi ?
DOMITIE.
En doutez-vous, seigneur, quand vous avez ma foi ?
tite. [doute :
.T’aime à n’en point douter, mais on veut que j’enOn dit que cette foi ne vous donne pas toute,
Que ce cœur reste ailleurs. Parlez en liberté,
Et n’en consultez point cette noble fierté,
Ce digne orgueil du sang que mon rang sollicite;
De tout ce que je suis ne regardez que Tite;
Et pour mieux écouter vos désirs les plus doux,
Entre le prince et moi ne regardez que vous.
DOMITIE.
Qu’avez-vous dit de moi, prince?
DOMITIAN.
Que dans votre âme
Vous laissez vivre encor notre première (lamine;
Et qu’en faveur du rang, si vous m’osez trahir,
Ce n’est pas tant aimer, madame, qu’obéir.
C’est en dire un peu plus que vous n’aviez envie :Mais il y va de vous, il y va de ma vie ;
Et qui se voit si près de perdre tout son bien,
Se fait armes de tout, et ne ménage rien.
} DOMITIE.
.Te ne sais de vous deux, seigneur, à ne rien feindre,Duquel je dois le plus me louer ou me plaindre.
C’est aimer assez mal, que remettre tous deuxAu choix de mes désirs le succès de vos feux;
Et cette liberté par tous les deux offerte,
Montre que tous les deux peuvent souffrir ma perte,Et que tout leur amour est prêt à consentirQue mon cœur ou ma foi veuillent se démentir.Jemeplainsdetousdeux,et vous plains l’un et l’autre,Si pour voir tout ce cœur vous m’ouvrez tout le vôtre.Le prince n’agit pas en amant fort discret ;
S’il ne m’impose rien, il trahit mon secret :
Tout ce qu’il vous en dit m’offense ou vous abuse.Mais ce que fait l’amour, l’amour aussi l’excuse.
( à Tite. )
Vous, seigneur, je croyais que vous m’aimiez assezPour m’épargner le trouble où vous m’embarrassez,
ACTE II, SCÈNE V.
Et laisser pour couleur à mon peu de constanceLa gloire d’obéir à la toute-puissance :
Vous m’ôtez cette excuse, et me voulez chargerDe ce qu’a d’odieux la honte de changer.
Si le prince en mon cœur garde encor même place,C’est manquer de respect que vous le dire en face ;
Et si mon choix pour vous n’est point violenté,
C’est trop d’ambition et d’infidélité.
Ainsi des deux côtés tout sert à me confondre.
J’ai cent choses à dire, et rien à vous répondre ;
Et ne voulant déplaire à pas un de vous deux,
Je veux, ainsi que vous, douter où vont mes vœux.
Ce qui le plus m’étonne en cette déférenceQui veut du cœur entier une entière assurance,
C’est que dans ce haut rang vous ne vouliez pas voirQu’il n’importe du cœur quand on sait son devoir,
Et que de vos pareils les hautes destinéesNe le consultent point sur ces grands hyménées.
TITE.
Si le vôtre, madame, était de moindre prix....
Mais que veut Flavian ?
SCÈNE IV.
TITE, DOMITIAN, DOMITIE, PLAUTINE,FLAVIAN, ALBIN.
FLAVIAN.
Vous en serez surpris,Seigneur, je vous apporte une grande nouvelle :
La reine Bérénice...
TITE.
Eh bien ! est infidèle?
Et son esprit, charmé par un plus doux souci....
FLAVIAN.
Elle est dans ce palais, seigneur; et la voici.
SCÈNE V.
TITE, DOMITIAN, BÉRÉNICE, DOMITIE,FLAVIAN, ALBIN, P11ILON, PLAUTINE.
TITE.
O dieux! est-ce, madame, aux reines de surprendre?Quel accueil, quels honneurs peuvent-elles attendre,Quand leur surprise envie au souverain pouvoirCelui de donner ordre à les bien recevoir ?
BÉRÉNICE.
Pardonnez-le, seigneur, à mon impatience.
J’ai fait sous d’autres noms demander audience :Vous la donniez trop tard à mes ambassadeurs;
Je n’ai pu tant attendre à voir tant de grandeurs ;Fit, quoique par vous-même autrefois exilée,
Sans ordre et sans aveu je me suis rappelée,
1 Pour être la première à mettre à vos genoux