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Tome second.
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228 * TITE ET BÉRÉNICE,

Quel fruit je dois attendre enfin d’un tel emploi.

DOMITIE.

Voulez-vous pour servir être sûr du salaire,Seigneur? et n’avez-vous qu’un amour mercenaire?

DOMITIAN.

Je n’en connais point d’autre, et ne conçois pas bienQu’un amant puisse plaire en ne prétendant rien.

DOMITIE.

Que ces prétentions sentent les âmes basses !

DOMITIAN.

Les dieux à qui les sert font espérer des grâces.

DOMITIE.

Les exemples des dieux s’appliquent mal sur nous.

DOMITIAN.

Je ne veux donc, madame, autre exemple que vous.N’attendez-vous de Tite, et n’avez-vous peur TiteQu'une stérile ardeur qui s’attache au mérite?

De vos destins aux siens pressez-vous l’unionSans vouloir aucun fruit de tant de passion ?DOMITIE.

Peut-être en ce dessein ne suis-je intéresséeQue par l’intérêt seul de ma gloire blessée.Croyez-moi généreuse, et soyez généreux :

N’aimez plus, ou n’aimez que comme je le veux.

Je sais ce que je dois à l’amant qui m’oblige;

Mais j’aime qu’on l’attende, et non pas qu’on l’exige:Et qui peut immoler son intérêt au mien,

Peut se promettre tout de qui ne promet rien.Peut-être qu’en l’état où je suis avec Tite,

Je veux bien le quitter, mais non pas qu’il me quitte.Vous en dis-je trop peu pour vous l’imaginer?

Et depuis quand l’amour n’ose-t-il deviner?

Tous mes emportements pour la grandeur suprêmeNe vous déguisent point, seigneur, que je vous aime ;Et l’on ne voit que trop quel droit j’ai de haïrUn empereur sans foi qui meurt de me trahir.

Me condamnerez-vous à voir que BéréniceM’enlève de hauteur le rang d’impératrice?

Lui pourrez-vous aider à me perdre d’honneur?

DOMITIAN.

Ne pouvez-vous le mettre à faire mon bonheur?

DOMITIE.

J’ai quelque orgueil encor, seigneur, je le confesse.De tout ce qu’il attend rendez-moi la maîtresse,

Et laissez à mon choix l’effet de votre espoir :

Que ce soit une grâce, et non pas un devoir ;

Et que...

DOMITIAN.

Me faire grâce après tant d’injustice !

De tant de vains détours je vois trop l’artifice,

Et ne saurais douter du choix que vous ferezQuand vous aurez par moi ce que vous espérez.Épousez, j’y consens, le rang de souveraine ;

Faites l’impératrice, en donnant une reine ;

ACTE IV, SCÈNE IV.

Disposez de sa main, et, pour première loi,

Madame, ordonnez-lui d’abaisser l’œil sur moi.

DOMITIE.

Cet objet de ma haine a pour vous quelque charme.

DOMITIAN.

Son nom seul prononcé vous a mise en alarme :

Me puis-je mieux venger, si vous me trahissez,

Que d’aimer à vos yeux ce que vous haïssez ?

DOMITIE.

Parlons à cœur ouvert. Aimez-vous Bérénice?

DOMITIAN.

Autant qu’il faut l’aimer pour vous faire un supplice.

DOMITIE.

Ce sera donc le vôtre encor plus que le mien.

Après cela, seigneur, je ne vous dis plus rien.

S’il n’a pas pour votre âme une assez rude gène,

J’y puis joindre au besoin une implacable haine.

DOMITIAN.

Et moi, dût à jamais croître ce grand courroux,J’épouserai, madame, ou Bérénice, ou vous.

DOMITIE.

Ou Bérénice, ou moi ! La chose est donc égale,

Et vous ne m’aimez plus qu’autant que ma rivale?

DOMITIAN.

La douleur de vous perdre, hélas !..

DOMITIE.

C’en est assez :

Nous verrons cet amour dont vous me menacez.Cependant si la reine, aussi fière que belle,

Sait comme il faut répondre aux vœux d’un infidèle,Ne me rapportez point l’objet de son dédainQu’elle n’ait repassé les rives du Jourdain.

SCÈNE IV.

DOMITIAN, ALBIN.

DOMITIAN.

Admire ainsi que moi de quelle jalousieAu seul nom de la reine elle a paru saisie :

Comme s’il importait à ses heureux appasA qui je donne un cœur dont elle ne veut pas !

ALBIN.

Seigneur, telle est l’humeur delà plupart des femmes-L’amour sous leur empire eût-il rangé mille âmes,Elles regardent tout comme leur propre bien,

Et ne peuvent souffrir qu’il leur échappe rien.

Un captif mal gardé leur semble une infamie;

Qui l’ose recevoir devient leur ennemie;

Et sans leur faire un vol on ne peut disposerD’un cœur qu’un autre choix les force à refuser :Elles veulent qu’ailleurs par leur ordre il soupire,

Et qu’un don de leur part marque un reste d’empi re-' Domitie a pour vous ces communs sentiments