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Tome second.
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TITE ET BÉRÉNICE, ACTE IV, SCÈNE V.

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Que les fières beautés ont pour tous leurs amants,

Et craint, si votre main se donne à Bérénice,

Qu’elle ne porte en vain le nom d’impératrice,

Quand d’un côté l’hymen, et de l’autre l’amour,Feront à cette reine un empire en sa cour.

Voilà sa jalousie, et ce qu’elle redoute,

Seigneur. Pour le sénat, n’en soyez point en doute,

Il aime l’empereur, et l’honore à tel point,

Qu’il servira sa flamme, ou n’en parlera point;

Pour le stupide Claude il eut bien la bassesseD’autoriser l’hymen de l’oncle avec la nièce :

Il ne fera pas moins pour un prince adoré,

Et je l’y tiens déjà, seigneur, tout préparé.

DOMITIAN.

Tu parles du sénat, et je veux parler d’elle,

De l’ingrate qu’un trône a rendue infidèle.

N’est-il point de moyen, ne vois-tu point de jour,

A mettre enfin d’accord sa gloire et son amour ?

ALBIN.

Tout dépendra de Tite et du secret officeQu’il peut dans lesénat rendre à sa Bérénice.

L’air dont il agira pour un espoir si douxTournera l’assemblée ou pour ou contre vous;

Et si sa politique à vos amis s’oppose,

Vous l’avez dit vous-même, ils pourront peu de chose.Sondez ses sentiments, et réglez-vous sur eux :

Votre bonheur est sûr, s’il consent d’être heureux.Que si son choix balance, ou flatte mal le vôtre,Demandez Bérénice afin d’obtenir l’autre.

Vous l’avez déjà vu sensible à de tels coups ;

Et c’est un grand ressort qu’un peu d’amour jaloux.Au moindre empressement pour cette belle reine,

P vous fera justice et reprendra sa chaîne.

Songez à pénétrer ce qu’il a dans l’esprit.

Le voici.

DOMITIAN.

Je suivrai ce que ton zèle en'dit.

SCÈNE V.

TITE, DOMITIAN, FLAVIAN, ALBIN.

TITE.

Avez-vous regagné le cœur de votre ingrate,Mon frère ?

DOMITIAN.

v Sa fierté de plus en plus éclate :

J oyez s’il fut jamais orgueil pareil au sien :

Veut que je la serve et ne prétende rien,^ Ue j’appuie en l’aimant toute son injustice,^ ue je fasse de Rome exiler Bérénice.

Alais.

seigneur, à mon tour puis-je vous demander

fin a vos plus doux vœux il vous plaît d’accorder?

TITE.

a urai peine à bannir la reine de ma vue.

Par quels ordres, grands dieux! est-elle revenue ?

Je souffrais, mais enfin je vivais sans la voir;J’allais...

DOMITIAN.

N’avez-vous pas un absolu pouvoir,Seigneur ?

TITE.

Oui : mais j’en suis comptable à tout le monde ;Comme dépositaire, il faut que j’en réponde :

Un mo*narque a souvent des lois à s’imposer ;

Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser,.

DOMITIAN.

Que refuserez-vous aux désirs de votre âme,

Si le sénat approuve une si belle flamme?

TITE.

Qu’il parle du Vésuve, et ne se mêle pasDe jeter dans mon âme un nouvel embarras.

Est-ce à lui d’abuser de mon inquiétudeJusqu’à mettre une borne à son incertitude ?

Et s’il ose en mon choix prendre quelque intérêt,

Me croit-il en état d’en croire son arrêt ?

S’il exile la reine, y pourrai-je souscrire ?

DOMITIAN.

S’il parle en sa faveur, pourrez-vous l’en dédire ?

Ah! que je vous plaindrais d’avoir si peu d’amour!

TITE.

J’en ai trop, et le mets peut-être trop au jour..

DOMITIAN.

Si vous en aviez tant, vous auriez peu de peineA rendre Domitie à sa première chaîne.

TITE.

Ah! s’il ne s’agissait que de vous la céder,

Vous auriez peu de peine à me persuader ;

Et, pour vous rendre heureux, me rendre à BéréniceNe serait pas vous faire un fort grand sacrifice.

Il y va de bien plus.

DOMITIAN.

De quoi, seigneur?

TITE.

De tout.

Il y va d’épouser sa haine jusqu’au bout,

D’en suivre la furie, et d’être le ministreDe ce qu’un noir dépit conçoit de plus sinistre ;

Et peut-être l’aigreur de ces inimitiés

Voudra que je vous perde ou que vous me perdiez.

Voilà ce qui peut suivre un si doux hyménée.

Vous voyez dans l’orgueil Domitie obstinée.

Quand pour moi cet orgueil ose vous dédaigner,

Elle ne m’aime pas : elle cherche à régner,

Avec vous, avec moi, n’importe la manière..

Tout plairait, à ce prix, à son humeur altière ;

Tout serait digne d’elle ; et le nom d’empereurA mon assassin même attacherait son cœur.