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PULCHÉRIE, ACTE Jl, SCÈNE V.
LÉON.
Je le suis sans ressource, et rien plus ne me .flatte.J’ai revu Pulchérie, et n’ai vu qu’une ingrate :
Quand je crois l’acquérir, c’est lorsque je la perds,
Et me détruis moi-même alors que je la sers.
MABTIAN.
Expliquez-vous, seigneur, parlez en confiance ;Eait-elle un autre choix?
LÉON.
Non, mais elle balance :Elle ne me veut pas encor désespérer,
Mais elle prend du temps pour en délibérer.
Son choix n’est plus pour moi, puisqu’elle le diffère :L’amour n’est point îe maître alors qu’on délibère ;Et je ne saurais plus me promettre sa foi,
Moi qui n’ai que l’amour qui lui parle pour moi.
Ah! madame...
JUSTINE.
Seigneur...
LÉON.
Auriez-vous pu le croire?
JUSTINE.
E’amour qui délibère est sûr de sa victoire,
Et quand d’un vrai mérite il s’est fait un appui,
E n’est point de raisons qui ne parlent pour lui.Souvent il aime à voir un peu d’impatience,
Et feint de reculer, lorsque plus il avance ;
Ee moment d’amertume en rend les fruits plus doux.Aimez, et laissez faire une âme toute à vous.
LÉON.
Joute à moi ! mon malheur n’est que trop véritable ;en ai prévu le coup, je le sens qui m’accable,ms elle m’assurait de son affection,
Elus
je me faisais peur de son ambition ;
Je
M »ïs, il n’est que trop vrai, l’ambition l’emporte;
Ue savais des deux quelle était la plus forte :
Ft
, > s 'son cœur encor lui parle en ma faveur,
1 °n trône me dédaigne en dépit de son cœur, [dame ;Seigneur, parlez pour moi ; parlez pour moi, ma-
v ou ;Eeii
pouvez tout sur elle, et lisez dans son âme :
Snez-lui bien mes feux, retracez-lui les siens;p a Ppelez dans son cœur leurs plus doux entretiens ;i si vous concevez de quelle ardeur je l’aime,mtes-lui souvenir qu’elle m’aimait de même,j,, e " ln êmc a brigué pour me voir souverain ;
^ etais , sans ce grand titre, indigne de sa main :
Sei' S S ' ne ' m P as ce titre qui l’enchante,
„ Sûeur, à qui tient-il qu’à son humeur changeante?q 0r gueil contre moi doit-il s’en prévaloir,
P° ur me v0 ' r au trône elle n’a qu’à vouloir?Qu’ S( ' na t n ' a P our p h e appuyé mon suffragejl a hn que d'un beau feu ma grandeur fût l’ouvrage :p ® a| t depuis quel temps il lui plaît de m’aimer ;
’ J Ua,| d il l’a nommée, il a cru me nommer.
Allez, seigneur, allez empêcher son parjure ;
Faites qu’un empereur soit votre créature.
Que je vous céderais ce grand titre aisément,
Si vous pouviez sans lui me rendre heureux amant !Car enfin mon amour n’en veut qu’à sa personne,
Et n’a d’ambition que ce qu’on m’en ordonne.
MABTIAN.
Nous allons, et tous deux, seigneur, lui faire voirQu’elle doit mieux user de l’absolu pouvoir.
Modérez cependant l’exeès de votre peine;
Remettez vos esprits dans l’entretien d’Irène.
LÉON.
D’Irène? et ses conseils m’ont trahi, m’ont perdu.mabtian:
Son zèle pour un frère a fait ce qu’il a dû.
Pouvait-elle prévoir cette supercherie
Qu’a faite à votre amour l’orgueil de Pulchérie ?
.T’ose en parler ainsi, mais ce n’est qu’entre nous.Nous lui rendrons l’esprit plus traitable et plus doux,Et vous rapporterons son cœur et ce grand titre.Allez.
LÉON.
Entre elle et moi que n’étes-vous l'arbitre !Adieu : c’est de vous seul que je puis recevoirDe quoi garder encor quelque reste d’espoir.
SCÈNE y.
MARTIAN, JUSTINE.
MABTIAN.
Justine, tu le vois ce bienheureux obstacleDont ton amour semblait pressentir le miracle.
Je ne te défends point, en cette occasion,
De prendre un peu d’espoir sur leur division ;
Mais garde-toi d’avoir une âme assez bardiePour faire à leur amour la moindre perlidie :
Le mien de ce revers s’applique tant de partQue j’espère en mourir quelques moments plus tard.Mais de quel front enfin leur donner à connaîtreLes périls d’un amour que nous avons vu naître,Dont nous avons tous deux été les confidents,
Et peut-être formé les traits les plus ardents ?
De tous leurs déplaisirs c’est nous rendre coupables :Servons-ies en aïnis, en amants véritables ;
Le véritable amour n’est point intéressé.
Allons, j’achèverai comme j’ai commencé :
Suis l’exemple, et fais voir qu’une âme généreuseTrouve dans sa vertu de quoi se rendre heureuse,D’un sincère devoir fait son unique bien,
Et jamais ne s’expose à se reprocher rien.