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De qui l’a jusqu’ici toujours pris de leur main ?Seigneur, il est bien dur de se voir sous un maîtreDont on le fut toujours, et dont on devrait l’être.MARTIAN.
Et qui m’assurera que ces six générauxSe réuniront mieux sous un de leurs égaux ?
Plus un pareil mérite aux grandeurs nous appelle,
Et plus la jalousie aux grands est naturelle.
ASPAB.
Je les tiens réunis, seigneur, si vous voulez.
Il est, il est encor des noms plus signalés :.l’ensaisquileurplairaient; et, s’il vousfautplusdire,Avouez-en mon zèle, et je vous fais élire.
MARTIAN.
Moi, seigneur, dans un âge où la tombe m’attend !Un maître pour deux jours n’est pas ce qu’on prétend.Je sais le poids d’un sceptre, et connais trop mes forcesPour être encor sensible à ces vaines amorces.
Les ans, qui m’ont usé l’esprit comme le corps,Abattraient tous les deux sous les moindres efforts;Et ma mort, que par là vous verriez avancée,Rendrait à tant d’égaux leur première pensée,
Et ferait une triste et prompte occasionDe rejeter l'État dans la division.
ASPAR.
Pour éviter les maux qu’on en pourrait attendre,Vous pourriez partager vos soins avec un gendre,L’installer dans le trône, et le nommer césar.
MARTI AN.
11 faudrait que ce gendre eût les vertus d’Aspar;
Mais vous aimez ailleurs , et ce serait un crimeQue de rendre inlidèle un cœur si magnanime.
ASPAR.
J’aime, et ne me sens pas capable de changer;
Mais d’autres vous diraient que, pour vous soulager,Quand leur amour irait jusqu’à l’idolâtrie,
Ils le sacrifieraient au bien de la patrie.
JUSTINE.
Certes, qui m’aimerait pour le bien de l’ÉtatNe me trouverait pas, seigneur, un cœur ingrat,
Et je lui rendrais grâce au nom de tout l’empire :Mais vous êtes constant ; et, s’il vous faut plus dire,Quoi que le bien public jamais puisse exiger,
Ce ne sera pas moi qui vous ferai çhanger.
maiitian/
Revenons à Léon. J’ai peine à-bien comprendreQuels malheurs d’un tel choix nous aurions lieu d’at-Quiconque vous verra le niari de sa sœur, [tendre ;
S’il ne le craint assez, craindra son défenseur;
Et, si vous me comptez encor pour quelque chose,Mes conseils agiront comme sous Théodose.
ASPAR.
Nous en pourrons tous deux avoir le démenti.
MARTIAN.
C’est à faire à périr pour le meilleur parti :
Il ne m’en peut coûter qu’une mourante vie,
Que l’âge et ses chagrins m’auront bientôt ravie.
Pour vous, qui d’un autre œil regardez ce danger,Vous avez plus à vivre et plus à ménager ;
Et je n’empêche pas qu’auprès de la princesseVotre zèle n’éclate autant qu’il s’intéresse.
Vous pouvez l’avertir de ce que vous croyez,
Lui dire de ce choix ce que vous prévoyez,
Lui proposer sans fard celui qu’elle doit faire :
La vérité lui plaît, et vous pourrez lui plaire.
Je changerai comme elle alors de sentiments,
Et tiens mon âme prête à ses commandements.
ASPAR.
Parmi les vérités il en est de certainesQu’on ne dit point en face aux têtes souveraines,
Et qui veulent de nous un tour, un ascendant,Qu’aucun ne peut trouver qu’un ministre prudent;Vous ferez mieux valoir ces marques d’un vrai zèle :M’en ouvrant avec vous, je m’acquitte envers elle;
Et, n’ayant rien de plus qui m’amène en ce lieu,
Je vous en laisse maître, et me retire. Adieu.
SCÈNE 111.
MARTIAN, JUSTINE.
4L
MARTIAN.
Le dangereux esprit ! et qu’avec peu de peineIl manquerait d’amour et de foi pour Irène !
Des rivaux de Léon il est le plus jaloux,
Et roule des projets qu’il ne dit pas à tous.
JUSTINE.
Il n’a pour but, seigneur, que le bien de l’empire.Détrônez la princesse, et faites-vous élire :
C’est un amant pour moi que je u’attendais pas,
Qui vous soulagera du poids de tant d’États.
MARTIAN.
C’estun homme, et je veux qu’un jour il t'en souvienne,C’est un homme à tout perdre, à moins qu’on le prévienne-Mais Léon vient déjà nous vanter son bonheur :Arme-toi de constance, et prépare un grand cœur;Et, quelque émotion qui trouble ton courage,Contre tout son désordre affermis ton visage.
SCÈNE IV.
LÉON, MARTIAN, JUSTINE.
LÉON.
L’auriez-vous cru jamais, seigneur? je suis perdu.
MARTIAN.
Seigneur, que dites-vous? ai-je bien entendu?
PLILCHÉRIE, ACTE II, SCÈNE IV.