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Tome second.
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SURENA, ACTE I, SCENE II.

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Qu’à prendre un vain soupçon pour une certitude :Songez par où l’aigreur s’en pourrait adoucir.

EURYDICE.

J’y fais ce que je puis, et n’y puis réussir.

N’osant voir Suréna , qui règne en ma pensée,

Et qui me croit peut-être une âme intéressée,

Tu vois quelle amitié j’ai faite avec sa sœur :

Je crois le voir en elle, et c’est quelque douceur,

Mais légère, mais faible, et qui me gène l’âmePar l’inutile soin de lui cacher ma flamme.

Elle la sait sans doute, et l’air dont elle agitM’en demande un aveu dont mon devoir rougit.

Ce frère l’aime trop pour s’être caché d’elle :

N’en use pas de même, et sois-moi plus fidèle ;

11 suffit qu’avec toi j’amuse mon ennui.

Toutefois tu n’as rien à me dire de lui ;

Tu ne sais ce qu’il fait, tu ne sais ce qu’il pense :

Une sœur est plus propre à cette conlianee ;

Elle sait s’il m’accuse, ou s’il plaint mon malheur,S’il partage ma peine, ou rit de ma douleur,

Si du vol qu’on lui fait il m’estime complice,

S’il me garde son cœur, ou s’il me rend justice.

Je la vois ; force-la , si tu peux, à parler.

Force-moi, s’il le faut, à ne lui rien celer.L’oserai-je, grands dieux! ou plutôt le pourrai-je?

ORMÈNE.

L’amour, dès qu’il le veut, se fait un privilège ;

Et quand de se forcer ses désirs sont lassés,Lui-même à n’en rien taire il s’enhardit assez

1 II n’est pas plus possible de faire un commentaire sur lapièce de Suréna que sur Agésilas, Attila, Pu l chéri a, Per-tharite, Tito et Bérénice, la Toison d'or, Théodore . Si on afait quelques réflexions sur Othon, c’est qu’en effet les beauxvers répandus dans la première scène soutenaient un peu lecommentateur dans ce travail ingrat et dégoûtant. Il ne fautexaminer que les ouvrages qui ont des beautés avec des défauts,afin d’apprendre aux Jeunes gens à éviter les uns et h imiter lesautres ; mais, pour les pièces aussi mal inventées que mal écri-tes , où les fautes innombrables ne sont pas rachetées par uneseule belle scène, il est très-inutile de commenter ce qu’on nepeut lire. On n’aura donc ici qu’une seule observation, que j’aidéjà souvent indiquée: c’est que plus Corneille viellissait, plusil s’obstinait à traiter l’amour, lui qui, dans son dépit de réussirsi mal, se plaignait que la seule tendresse fût toujours à lamode. D’ordinaire la vieillesse dédaigne des faiblesses qu’ellene ressent plus; l’esprit contracte une fermeté sévère qui vajusqu’à la rudesse : mais Corneille, au contraire, mit dans sesderniers ou\ rages plus de galanterie que jamais; et quelle ga-lanterie! Peut-être voulait-il jouter contre Racine, dont il sen-tait malgré lui la prodigieuse supériorité dans l’art sidifficilederendre cette passion aussi noble, aussi tragique qu’intéressanle.Il imprima... qu 'Othon, ni Suréna, ne sont point des cadetsindignes de Cinna. Ils étaient pourtant des cadets très-indi-gnes; et Pacorus, et Eurydice, et Palmis, et le Suréna, par-lent d’amour comme des bourgeois de Paris.

Si le mérite est grand , l'estime est un peu forte.

Vous la pardonnerez à l’amour qui s’emporte.

Comme vous le forcez à se trop expliquer,

S’il manque de respect, vous l’en faites manquerti est si naturel d’estimer ce qu'on aime,

Qu’on voudrait que partout on l’estinuD de ;

SCÈNE II.

EURYDICE, PALMIS, ORMÈNE.

PALMIS.

J’apporte ici, madame, une heureuse nouvelle :

Ce soir la reine arrive.

EURYDICE.

Et Mandane avec elle?PALMIS.

On n’en fait aucun doute.

EURYDICE.

Et Suréna l’attend

Avec beaucoup de joie et d’un esprit content?

PALMIS.

Avec tout le respect qu’elle a lieu d’en attendre.

EURYDICE.

Rien de plus?

PALMIS.

Qu’a de plus un sujet à lui rendre ?EURYDICE.

Je suis trop curieuse et devrais mieux savoirCe qu’aux filles des rois un sujet peut devoir :

Mais de pareils sujets, sur qui tout l’État roule,

Se font assez souvent distinguer de la foule ;

Et je sais qu’il en est, qui, si j’en puis juger,

Avec moins de respect savent mieux obliger.

PALMIS.

.Te n’en sais point, madame, et ne crois pas mon frèrePlus savant que sa sœur en un pareil mystère.EURYDICE.

Passons. Que fait le prince ?

PALMIS.

En véritable amant,

Doutez-vous qu’il ne soit dans le ravissement?

Et pourrait-il n’avoir qu’une joie imparfaiteQuand il se voit toucher au bonheur qu’il souhaite?

EURYDICE.

Peut-être n’est-ce pas un grand bonheur pour lui,Madame; et j’y craindrais quelque sujet d’ennui.

Et Ja penlc est si douce à vanter ce qu’il vaut,

Que jamais on ne craint de l’élever trop haut.

C’est dans ce style ridicule que Corneille fait l’amour dans sesvingt dernières tragédies et dans quelques-unes des première®'Quiconque ne sent pas ce défaut est sans aucun goût, et qu 1 'conque vcul le justifier se menl à lui-mème. Ceux qui m’ou*fait un crime d’ètre trop sévère m’ont forcé i> l’èire véritable"mont, et à n’adoucir aucune vérité. Je ne dois rien à ceux quisont de mauvaise foi ; je ne dois compte à personne de ce qu"j’ai fait pour une descendante de Corneille, et de ce que j’ai t llltpour satisfaire mon goût. Je commis mieux les beaux morceauxde ce grand génie que ceux qui feignent de respecter les mau-vais; je sais par ccrur tout ce qu’il a fait d’excellent; maison nsm’imposera silence en aucun genre sur ce qui me parait défectueux. Ma devise a toujours été fart qtta sentiam. (V.)