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Tome second.
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SURÉNA, ACTE I, SCÈNE I.

Entreprit de dompter les Parthes dans leurs plaines,Tu sais que de mon père il brigua le secours ;Qu’Orode en fit autant au bout de quelques jours ;

Que pour ambassadeur il prit ce héros même,

Qui l’avait su venger et rendre au diadème.

ORMENE.

Oui, je vis Suréna vous parler pour son roiEt Cassius pour Rome avoir le même emploi.

Je vis de ces États l’orgueilleuse puissanceû’Artabase à l’envi mendier l’assistance,

Ces deux grands intérêts partager votre cour,

Et des ambassadeurs prolonger le séjour.

EURYDICE.

Tous deux, ainsi qu’au roi, me rendirent visite,

Et j’en connus bientôt le différent mérite.

E’un, fier, et tout gonflé d’un vieux mépris des rois,Semblait pour compliment npus apporter des lois ;L’autre, par les devoirs d’un respect légitime,Vengeait le sceptre en nous de ce manque d’estime.L’amour s’en mêla même; et tout son entretienSembla m’offrir son cœur, et demander le mien.

E l’obtint ; et mes yeux, que charmait sa présence,Soudain avec les siens en firent confidence.

Ces muets truchements surent lui révélerCe que je me forçais à lui dissimuler ;

Et les mêmes regards qui m’expliquaient sa flammeS’instruisaient dans les miens du secret de mon âme.Ses vœux y rencontraient d’aussi tendres désirs ;

Ln accord imprévu confondait nos soupirs,

Et d’un mot échappé la douceur hasardéeTrouvait l’âme en tous deux toute persuadée.

ORMÈNE.

Cependant est-il roi, madame ?

EURYDICE.

Il ne l’est pas;

jLds il sait rétablir les rois dans leurs États.

/* es Parthes le mieux fait d’esprit et de visage,

Le plus puissant en biens, le plus grand en courage,Le plus noble : joins-y l’amour qu’il a pour moi ;

Lt tout cela vaut bien un roi qui n’est que roi.

t’effarouche point d’un feu dont je fais gloire,

L*- s °uffre de mes maux que j’achève l’histoire.L’amour, sous les dehors de la civilité,r °fita quelque temps des longueurs du traité :n ne soupçonna rien des soins d’un si grand homme,a *s il fallut choisir entre le Parthe et Rome.j,° n Père eut ses raisons en faveur du Romain ;e usles miennes pour l’autre, et parlai même en vain :rus mal écoutée, et dans ce grand ouvrageune daigna peser ni compter mon suffrage,j. Wous fûmes donc pour Rome ; et Suréna confus^rnporta la douleur d’un indigne refus,ni en parut ému , mais il sut se contraindre :ur tout ressentiment il ne fit que nous plaindre :

Et comme tout son cœur me demeura soumis,Notre adieu ne fut point un adieu d’ennemis.

Que servit de flatter l’espérance détruite?

Mon père choisit mal : on l’a vu par la suite.

Suréna fit périr l’un et l’autre Crassus,

Et sur notre Arménie Orode eut le dessus ;

Il vint dans nos États fondre comme un tonnerre.Hélas! j’avais prévu les maux de cette guerre.

Et n’avais pas compté parmi ses noirs succèsLe funeste bonheur que me gardait la paix.

Les deux rois l’ont conclue, et j’en suis la vict ime :On m’amène épouser un prince magnanime ;

Car son mérite enfin ne m’est point inconnu,

Et se ferait aimer d’un cœur moins prévenu.

Mais quand ce cœur est pris et la place occupée,Des vertus d’un rival en vain l’âme est frappée;Tout ce qu’il a d’aimable importune les yeux ;

Et plus il est parfait, plus il est odieux.

Cependant j’obéis, Ormène ; je l’épouse,

Et de plus...

ORMÈNE.

Qu’auriez-vous de plus ?

EURYDICE.

Je suis jalouse.

ORMÈNE.

Jalouse! Quoi! pour comble aux maux dont je vouseurydice. [plains...

Tu vois ceux que je souffre, apprends ceux que jeOrode fait venir la princesse sa fille ; [crains.Et s’il veut de mon bien enrichir sa famille,

S’il veut qu’un double hymen honore un même jour,Conçois mes déplaisirs; je t’ai dit mon amour.

C’est bien assez, ô ciel ! que le pouvoir suprêmeMe livre en d’autres bras aux yeux de ce que j’aime ;Ne me condamne pas à ce nouvel ennuiDe voir tout ce que j’aime entre les bras d’autrui.ormène.

Votre douleur, madame, est trop ingénieuse.

EURYDICE.

Quand on a commencé de se voir malheureuse,

Rien ne s’offre à nos yeux qui ne fasse trembler ;

La plus fausse apparence a droit de nous troubler;Et tout ce qu’on prévoit, tout ce qu’on s’imagine,Forme un nouveau poison pour une âme chagrine.ormène.

En ces nouveaux poisons trouvez-vous tant d'appasQu’il en faille faire un d’un hymen qui n’est pas ?

EURYDICE.

La princesse est mandée, elle vient, elle est belle ;Un vainqueur des Romains n’est que trop digne d’elle;S’il la voit, s’il lui parle, et si le roi le veut...

J’en dis trop; et déjà tout mon cœur qui s’émeut...ormène.

A soulager vos maux appliquez même étude