265
SURÉNA, ACTE II, SCÈNE I.
A qui, quand vous voudrez , vous donnerez des lois.Et n’appréhendez point d’en regretter la perte-,
11 n’est cour sous les cieux qui ne vous soit ouverte ;Et partout votre gloire a fait de tels éclats,
Que les lilles de roi ne vous manqueront pas.
SURÉNA.
Quand elles me rendraient maître de tout un monde,Absolu sur la terre et souverain sur l’onde ,
Mon cœur...
EURYDICE.
N’achevez point : l’air dont vous commencezPourrait à mon chagrin ne plaire pas assez ;
Et d’un cœur qui veut être encor sous ma puissanceJe ne veux recevoir que de l’ohéissance.
SURÉNA.
A qui me donnez-vous ?
EURYDICE.
Moi? que ne puis-je, hélas!^'ous ôter à Mandane, et ne vous donner pas!
Et contre les soupçons de ce cœur qui vous aimeQue ne m’est-il permis de m’assurer moi-même!
Mais adieu; je m’égare.
SURÉNA.
Où dois-je, recourir,
O ciel! s’il faut toujours aimer, souffrir, mourir!
ACTE SECOND.
SCÈNE PREMIÈRE.
PACORUS, SURÉNA.
PACORUS.
Euréna, votre zèle a trop servi mon pèreour m’en laisser attendre un devoir moins sincère;
si près d’un hymen qui doit m’être assez doux,e mets ma confiance et mon espoir en vous,almis avec raison de cet hymen murmure ;lais je puis réparer ce qu’il lui fait d’injure ;
1 vous n’ignorez pas qu’à former ces grands nœudsies pareils ne sont point tout à fait maîtres d’eux.
Quand vous voudrez tous deux attacher vos tendresses,est des rois pour elle, et pour vous des princesses,
Et
Que
Je puis hautement vous engager ma foi
vous ne vous plaindrez du prince ni du roi.
SURENA.
j* SS , ez me tr; ùter, seigneur, en mercenaire :n ai jamais servi par espoir de salaire ;a gloire m’en suffit, et le prix que reçoit...
PACORUS.
.Te sais ce que je dois quand on fait ce qu’on doit,
Et si de l’accepter ce grand cœur vous dispense,
Le mien se satisfait alors qu’il récompense.
J’épouse une princesse en qui les doux accordsDes grâces de l’esprit avec celles du corpsForment le plus brillant et plus noble assemblageQui puisse orner une âme et parer un visage.
Je n’en dis que ce mot; et vous savez assezQuels en sont les attraits, vous qui la connaissez.
Cette princesse donc, si belle, si parfaite,
Je crains qu’elle n’ait pas ce que plus je souhaite,Qu’elle manque d’amour, ou plutôt que ses vœuxN’aillent pas tout à fait du côté que je veux.
Vous qui l’avez tant vue, et qu’un devoir fidèleA tenu si longtemps près de son père et d’elle,
Ne me déguisez point ce que dans cette courSur de pareils soupçons vous auriez eu de jour.
SURÉNA.
Je la voyais , seigneur, mais pour gagner son père :C’était tout mon emploi, c’était ma seule affaire ;
Et je croyais par elle être sûr de son choix :
Mais Rome et son intrigue eurent le plus de voix.
Du reste, ne prenant intérêt à m’instruireQue de ce qui pouvait vous servir ou vous nuire,Comme je me bornais à remplir ce devoir,
Je puis n’avoir pas vu ce qu’un autre eût pu voir.
Si j’eusse pressenti que, la guerre achevée,
A l’honneur de vos feux elle était réservée,
J’aurais pris d’autres soins, et plus examiné ;
Mais j’ai suivi mon ordre, et n’ai point deviné.
PACORUS.
Quoi! de ce que je crains vous n’auriez nulle idée?Par aucune ambassade on ne l’a demandée?
Aucun prince auprès d’elle, aucun digne sujetPar ses attachements n’a marqué de projet ?
Car il vient quelquefois du milieu des provincesDes sujets en nos cours, qui valent bien des princes;Et par l’objet présent les sentiments émusN’attendent pas toujours des rois qu’on n’a point vus.
SURÉNA.
Durant tout mon séjour rien n’y blessait ma vue;
Je n’y rencontrais point de visite assidue,
Point de devoirs suspects, ni d’entretiens si douxQue, si j’avais aimé, j’en dusse être jaloux.
Mais qui vous peut donner cette importune crainte,Seigneur ?
PACORUS.
Plus je la vois, plus j’y vois de contrainte.Elle semble, aussitôt que j’ose en approcher,
Avoir je ne sais quoi qu’elle me veut cacher.
Non qu’elle ait jusqu’ici demandé de remise :
Mais ce n’est pas m’aimer, ce n’est qu’être soumise ;Et tout le bon accueil que j’en puis recevoir,