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SURÉNA, ACTE
PACORUS.
Il est donc en ces lieux, madame?
EURYDICE.
Il y peut être,
Seigneur, si déguisé qu’on ne le peut connaître.Peut-être en domestique est-il auprès de moi ;Peut-être s’est-il mis de la maison du roi;
Peut-être chez vous-même il s’est réduit à feindre.Craignez-le dans tous ceux que vous ne daignez crain-Dans tout les inconnus que vous aurez h voir ; [dre,fit, plus que tout encor, craignez de trop savoir.
J’en dis trop ; il est temps que ce discours finisse.
A Palmisque je vois rendez plus de justice;
Et puissent de nouveau ses attraits vous charmerJusqu’à ce que le temps m’apprenne à vous aimer !
SCÈNE NI.
PACORUS, PALMIS.
PACORUS.
Madame, au nom des dieux, ne venez pas vous plain-On me donne sans vous assezdegensàcraindre;[dre.Et je serais bientôt accablé de leurs coups,
N’était que pour asile on me renvoie à vous.
J’obéis, j’y reviens, madame ; et cette joie...
PALMIS. .
Que n’y revenez-vous sans qu’on vous y renvoie !
Votre amour ne fait rien ni pour moi ni pour lui,
Si vous n’y revenez que par l’ordre d'autrui.
PACORUS.
N’est-ce rien que pour vous à cet ordre il défère?
PALMIS.
Non, ce n’est qu’un dépit qu’il cherche à satisfaire.
PACORUS.
Depuis quand le retour d'un cœur comme le mienFait-il si peu d’honneur qu’on ne le compte à rien?
PALMIS.
Depuis qu’il est honteux d’aimer un infidèle,
Que ce qu’un mépris chasse un coup d’œil le rappelle,Et que les inconstants ne donnent point de cœursSans être encor tout prêts de les porter ailleurs.
PACORUS.
Je le suis, je l’avoue, et mérite la honteQue d’un retour suspect vous fassiez peu de compte.Montrez-vous généreuse; et si mon changementA changé votre amour en vif ressentiment,
Immolez un courroux si grand, si légitime,
A lajuste pitié d’un si malheureux crime.
J’en suis assez puni sans que l’indignité...
PALMIS. •
Seigneur, le crime est grand ; mais j’ai de la bonté :
Je sais ce qu’à l’État ceux de votre naissance,
Tout maîtres qu’ils en sont, doivent d’obéissance :
11, SCÈNE III.
Son intérêt chez eux l’emporte sur le leur,
Et du moment qu’il parle il fait taire le cœur.
PACORUS.
Non, madame, souffrez que je vous désabuse;
Je ne mérite point l'honneur de cette excuse :
Ma légèreté seule a fait ce nouveau choix ;
Nulles raisons d’État ne m’en ont fait de lois;
Et pour traiter la paix avec tant d’avantage,
On ne m’a point forcé de m’en faire le gage :
.T’ai pris plaisir à l’être, et plus mon crime est noir,Plus l’oubli que j’en veux me fera vous devoir.
Tout mon cœur...
PALMIS.
Entre amants qu’un changement sépare,Le crime est oublié sitôt qu’on le répare ;
Et, bien qu’il vous ait plu, seigneur, de me trahir,Je le dis malgré moi, je ne vous puis haïr.
PACORUS.
Faites-moi grAce entière, et songez à me rendreCe qu’un amour si pur, ce qu’une ardeur si tendre...
PALMIS.
Donnez-moi donc, seigneur, vous-même quelque jour,Quelque infaillible voie à fixer votre amour;
Et s’il est un moyen...
PACORUS.
S’il en est? Oui, madame,
Il en est de fixer tous les vœux de mon Ame ;
Et ce joug qu’à tous deux l’amour rendit si doux,
Si je ne m’y rattache , il ne tiendra, qu’à vous.
Il est, pour m’arrêter sous un si digne empire,
Un office à me rendre, un secret à me dire.
La princesse aime ailleurs, je n’en puis plus douter,Et doute quel rival s’en fait mieux écouter.
Vous êtes avec elle en trop d’intelligencePour n’en avoir pas eu toute la confidence :Tirez-moi de ce doute, et recevez ma foiQu’autre que vous jamais ne régnera sur moi.
PALMIS.
Quel gage en est-ce, hélas ! qu’une foi si peu sûre ?Le ciel la rendra-t-il moins sujette au parjure?
Et ces liens si doux, que vous avez brisés ,
A briser de nouveau seront-ils moins aisés?
Si vous voulez, seigneur, rappeler mes tendresses ,Il me faut des effets, et non pas des promesses ;
Et cette foi n’a rien qui me puisse ébranler,
Quand la main seule a droit de me faire parler.
pacohus. [tenti
La main seule en a droit! Quand cent troubles m’ag 1 "Que la haine, l’amour, l’honneur, me sollicitent,Qu’à l’ardeur de punir je m’abandonne en vain,Hélas! suis-je en état de vous donner la main?
PALMIS.
fit moi, sans cette main, seigneur, suis-je maîtresseDe ce que m’a daigné confier la princesse,