SURÉNA, ACTE 111, SCÈNE I.
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Du secret de son cœur? Pour le tirer de moi,
11 me faut vous devoir plus que je ne lui doi,
Être un autre vous-même; et le seul hyménéePeut rompre le silence où je suis enchaînée.
FAjCORUS.
Ah ! vous ne m’aimez plus.
PALMIS.
Jé voudrais le pouvoir :Mais pour ne plus aimer que sert de le vouloir?
J’ai pour vous trop d’amour, et je le sens renaîtreEt plus tendre et plus fort qu’il n’a dû jamais être.Mais si...
PACOEUS.
Ne m’aimez plus, ou nommez ce rival.
PALMIS.
Me préserve le ciel de vous aimer si mal !
Ce serait vous livrer à des guerres nouvelles,Allumer entre vous des haines immortelles....
PACOEUS.
Que m’importe? et qu’aurai-je à redouter de lui,Tant que je me verrai Suréna pour appui ?
Quel qu’il soit, ce rival, il sera seul à plaindre :
Le vainqueur des Romains n’a point de rois à craindre.
PALMIS.
Je le sais ; mais, seigneur, qui vous peut engagerAux soins de le punir et de vous en venger?
Quand son grand cœur charmé d’une belle princesseEn a su mériter l’estime et la tendresse,
Quel dieu, quel bon génie a dû lui révélerQue le vôtre pour elle aimerait à brûler?
A quel trait ce rival a-t-il dû le connaître,
Respecter de si loin des feux encore à naître,
Voir pour vous d’autres fers que ceux où vous viviez,Et lire en vos destins plus que vous n’en saviez ?
S’il a vu la conquête à ses vœux exposée,
S’il a trouvé du cœur la sympathie aisée,
S’être emparé d’un bien où vous n’aspiriez pas,
Lst-ce avoir fait des vols et des assassinats ?
PACOEUS.
le vois bien, madame, et vous et ce cher frèreAbondez en raisons pour cacher le mystère :
parle, promets , prie, et je n’avance rien.
Aussi votre intérêt est préférable au mien ;
Eien n’est plus juste ; mais...
PALMIS.
Seigneur...
PACORUS.
Adieu, madame
e vous fais trop jouir des troubles de mon âme.ciel se lassera de m’être rigoureux.
PALMIS.
^ e 'gneur, quand vous voudrez il fera quatre heureux.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
ORODE, SILLACE.
SILLACE.
Je l’ai vu par votre ordre, et voulu par avancePénétrer le secret de son indifférence.
Il m’a paru, seigneur, si froid, si retenu...
Mais vous en jugerez quand il sera venu.
Cependant je dirai que cette retenue
Sent une âme de trouble et d’ennuis prévenue ;
Que ce calme paraît assez préméditéPour ne répondre pas de sa tranquillité ;
Que cette indifférence a de l’inquiétude,
Et que cette froideur marque un peu trop d’étude.
ORODE.
Qu’un tel calme, Sillace, a droit d’inquiéterUn roi qui lui doit tant, qu’il ne peut s’acquitter!
Un service au-dessus de toute récompenseA force d’obliger tient presque lieu d’offense ,
Il reproche en secret tout ce qu’il a d’éclat,
Il livre tout un cœur au dépit d’être ingrat.
Le plus zélé déplaît, le plus utile gêne,
Et l’excès de son poids fait pencher vers la haine.Suréna de l’exil lui seul m’a rappelé ;
Il m’a rendu lui seul ce qu’on m’avait volé,
Mon sceptre; de Crassus il vient de me défaire :
Pour faire autant pour lui quel don puis-je lui faire ?Lui partager mon trône ? Il serait tout à luiS’il n’avait mieux aimé n’en être que l’appui.
Quand j’en pleurais la perte, il forçait des murailles ;Quand j’invoquais mes dieux, il gagnait des batailles.J’en frémis, j’en rougis, je m’en indigne, et crainsQu’il n’ose quelque jour s’en payer par ses mains ;
Et, dans tout ce qu’il a de nom et de fortune,
Sa fortune me pèse, et son nom m’importune.
Qu’un monarque est heureux quand parmi ses sujetsSes yeux n’ont point à voir de plus nobles objets,Qu’au-dessus de sa gloire il n’y connaît personne,
Et qu’il est le plus digne enfin de sa couronne 1 !
SILLACE.
Seigneur, pour vous tirer de ces perplexités,'
La saine politique a deux extrémités.
Quoi qu’ait fait Suréna, quoi qu’il en faille attendre,Ou faites-le périr, ou faites-en un gendre.
Puissant par sa fortune, et plus par son emploi,
1 L’ingratitude des roisetleur basse et jalouse politique n’ontpeut-être jamais été caractérisées avec plus de vérité <fue dansle personnage d’Orodc. (P.)