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Tome second.
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271
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SURÉNA, ACTE

Qu’une telle union, quelque haut qu’on la mette,

Me laisse encor sujet, et la rendrait sujette;

Et que de son hymen, malgré tous mes hauts faits,

Au lieu de rois à naître, il naîtrait des sujets.

J Je quel œil voulez-vous, seigneur, qu’elle me donneUne main refusée à plus d'une couronne,

Et qu’un si digne objet des vœux de tant de roisDescende par votre ordre à cet indigne choix ?

Que de mépris pour moi ! que de honte pour elle !

Non, seigneur, croyez-en un serviteur fidèle;

Si votre sang du mien veut augmenter l’honneur,

11 y faut l’union du prince avec ma sœur.

Ne le mêlez, seigneur, au sang de vos ancêtresQu’afin que vos sujets en reçoivent des maîtres :

Vos Parthes dans la gloire ont trop longtemps vécu ,Pour attendre des rois du sang de leur vaincu.

Si vous ne le savez, tout le camp en murmure ;

Ce n’est qu’avec dépit que le peuple l’endure.

Quelles lois eût pu faire Artabase vainqueurPlus rudes, disent-ils, même à des gens sans cœur?le les fais taire. Mais, seigneur, à le bien prendre,C’était moins l’attaquer que lui mener un gendre ;

Et , si vous en aviez consulté leurs souhaits , i

Vous auriez préféré la guerre à cette paix.

ORODE.

Est-ce dans le dessein de vous mettre à leur têteQue vous me demandez ma grâce toute prête?

Et de leurs vains souhaits vous font-ils le porteurPour faire Palmis reine avec plus de hauteur ?

P n’est rien d’impossible à la valeur d’un hommeQui rétablit son maître et triomphe de Rome : |

^lais sous le ciel tout change, et les plus valeureux^’ont jamais sûreté d’être toujours heureux.

1 ai donné ma parole, elle est inviolable.

Ee prince aime Eurydice autant qu’elle est aimable :

Et, s’il faut dire tout, je lui dois cet appuiContre ce que Phradate osera contre lui.

Car tout ce qu’attenta contre moi Mitradate,

Pacorus le doit craindre h son tour de Phradate ;

Cet esprit turbulent, et jaloux du pouvoir,

Quoique son frère...

SURÉNA.

Il sait que je sais mon devoir,

"t u’ a p as oublié que dompter des rebelles,

Détrôner un tyran...

ORODE.

, Ces actions sont belles;

‘ a '$ pour m’avoir remis en état de régner,e udent-elles pour vous ma fille à dédaigner ?

j SURÉNA.

^a dédaigner, seigneur, quand mon zèle fidèle°se me regarder que comme indigne d’elle !j, Se? - me dispenser de ce que je vous doi ;

' pour la mériter, je cours me faire roi.

III, SCÈNE II. 271

S’il n’est rien d’impossible à la valeur d’un hommeQui rétablit son maître et triomphe de Rome,

Sur quels rois aisément ne pourrais-je emporter,

En faveur de Mandane, un sceptre à la doter?Prescrivez-moi, seigneur, vous-même une conquêteDont en prenant sa main je couronne sa tête ;

Et vous direz après si c’est la dédaigner,

Que de vouloir me perdre ou la faire régner.

Mais je suis né sujet; et j’aime trop à l’êtrePour hasarder mes jours que pour servir mon maître,Et consentir jamais qu’un homme tel que moiSouille par son hymen le pur sang de son roi.

ORODE.

Je n’examine point si ce respect déguise :

Mais parlons une fois avec pleine franchise.

Vous êtes mon sujet, mais un sujet si grand,

Que rien n’est malaisé quand son bras l’entreprend.Vous possédez sous moi deux provinces entièresDe peuples si hardis, de nations si fïères,

Que sur tant de vassaux je n’ai d’autoritéQu’autant que votre zèle a de fidélité :

Ils vous ont jusqu’ici suivi comme fidèle ;

Et, quand vous le voudrez, ils vous suivront rebelle :Vous avez tant de nom, que tous les rois voisinsVous veulent,commeOrode, uniràleurs destins.La victoire, chez vous passée en habitude,

.Met jusque dans ses murs Rome en inquiétude :

Par gloire, ou pour braver au besoin mon courrouxVous traînez en tous lieux dix mille âmes à vous :

Le nombre est peu commun pour un train domestique;Et s’il faut qu’avec vous tout à fait je m’explique,

Je ne vous saurais croire assez en mon pouvoir,

Si les nœuds de l’hymen n’enchaînent le devoir.

SURÉNA.

Par quel crime, seigneur, ou par quelle imprudenceAi-je pu mériter si peu de confiance ? »

Si mon cœur, si mon bras pouvait être gagné,Mitradate et Crassus n’auraient rien épargné :

Tous les deux...

ORODE.

Laissons là Crassus et Mitradate.Suréna, j’aime à voir que votre gloire éclate;

Tout ce que je vous dois j’aime à le publier :

Mais, quand je m’en souviens, vous devez l’oublier.Si le ciel par vos mains m’a rendu cet empire,

Je sais vous épargner la peine de le dire ;

Et, s’il met votre zèle au-dessus du commun,

Je n’en suis point ingrat ; craignez d’être importun.

SURÉNA.

Je reviens à Palmis, seigneur. De mes hommagesSi les lois du devoir sont de trop faibles gages,

En est-il de plus sûrs, ou de plus fortes lois,Qu’avoir une sœur reine et des neveux pour rois ? [trèsM ettcz mon sang au trône, et n’en cherchez point d’au-