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Tome second.
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SURENA, ACTE III, SCÈNE III.

Pour unir à tel point mes intérêts aux vôtresQue tout cet univers, que tout notre avenirNe trouve aucune voie à les en désunir.

ORODE.

Mais, Suréna, le puis-je après la foi donnée,

Au milieu des apprêts d’un si grand hyménée ?

Et rendrai-je aux Romains qui voudraient me braverUn ami que la paix vient de leur enlever?

Si le prince renonce au bonheur qu’il espère,

Que dira la princesse, et que fera son père?

SURÉNA.

Pour son père, seigneur, laissez-m’en le souci.

J’en réponds, et pourrais répondre d’elle aussi.Malgré la triste paix que vous avez jurée,

Avec le prince même elle s’est déclarée ;

Et, si je puis vous dire avec quels sentimentsElle attend à demain l’effet de vos serments,

Elle aime ailleurs.

OBODE.

Et qui ?

SURÉNA.

C’est ce qu’elle aime à taire:Du reste, son amour n’en fait aucun mystère,

Et cherche à reculer les effets d’un traitéQui fait tant murmurer votre peuple irrité.

ORODE.

Est-ce au peuple, est-ce à vous, Suréna, de me direPour lui donner des rois quel sang je dois élire ?

Et, pour voir dans l’État tous mes ordres suivis,Est-ce de mes sujets que je dois prendre avis?

Si le prince à Palmis veut rendre sa tendresse,

Je consens qu’il dédaigne à son tour la princesse ;

Et nous verrons après quel remède apporterA la division qui peut en résulter.

Pour vous, qui vous sentez indigne de ma fille,

Et craignez par respect d’entrer en ma famille,Choisissez un parti qui soit digne de vous,

Et qui surtout n’ait rien à me rendre jaloux ;

Mon âme avec chagrin sur ce point balancéeEn veut, et dès demain, être débarrassée.

SURÉNA.

Seigneur, je n’aime rien.

ORODE.

Que vous aimiez ou non,Faites un choix vous-même, ou souffrez-en le don.

SURÉNA.

Mais, si j’aime en tel lieu qu’il m’enfailleavoirhonte,Du secret de mon cœur puis-je vous rendre compte ?

OBODE.

A demain, Suréna; s’il se peut, dès ce jour,Résolvons cet hymen avec ou sans amour.

Cependant allez voir la princesse Eurydice;

Sous les lois du devoir ramenez son caprice ;

Et ne m’obligez point à faire à ses appas

Un compliment de roi qui ne lui plairait pas.

Palmis vient par mon ordre, et je veux en apprendreDans vos prétentions la part qu’elle aime à prendre.

SCÈNE III.

ORODE, PALMIS.

OBODE.

Suréna m’a surpris, et je n’aurais pas ditQu’avec tant de valeur il eût eu tant d’esprit :

Mais moins on le prévoit, et plus cet esprit brille :

Il trouve des raisons à refuser ina tille,

Mais fortes, et qui même ont si bien succédé,

Que s’en disant indigne il m’a persuadé.

Savez-vous ce qu’il aime? Il est hors d’apparenceQu’il fasse un tel refus sans quelque préférence,

Sans quelque objet charmant, dont l’adorable choixFerme tout son grand cœur au pur sang de ses rois.PALMIS.

J’ai cru qu’il n’aimait rien.

ORODE.

Il me l’a dit lui-même.

Mais la princesse avoue, et hautement,qu’elle aime.

Vous êtes son amie, et savez quel amant

Dans un cœur qu’elle doit règne si puissamment.

PALMIS.

Si la princesse en moi prend quelque confiance,Seigneur, m’est-il permis d’en faire confidence?Reçoit-on des secrets sans une forte loi ?...

OBODE.

Je croyais qu’elle pût se rompre pour un roi,

Et veux bien toutefois qu’elle soit si sévèreQu’en mon propre intérêt elle oblige à se taire ;

Mais vous pouvez du moins me répondre de vous.

PALMIS.

Ah! pour mes sentiments, je vous les dirai tous.J’aime ce que j’aimais, et n’ai point changé d’âme •

Je n’en fais point secret.

OBODE.

L’aimer encor, madame!Ayez-en quelque honte, et parlez-en plus bas.

C’est faiblesse d’aimer qui ne vous aime pas.

PALMIS.

Non, seigneur : à son prince attacher sa tendresse.C’est une grandeur d’âme et non une faiblesse;

Et lui garder un cœur qu’il lui plut métiterN’a rien d’assez honteux pour ne s’en point vanter.J’en ferai toujours gloire ; et mon âme, charméeDe l’heureux souvenir de m’être vue aimée,N’étouffera jamais l’éclat de ces beaux feuxQu’alluma son mérite, et l’offre de ses vœux.

OBODE.

Faites mieux, vengez-vous. Il est des rois, madame