SURÉNA, ACTE Y, SCÈNE I.
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Qu’il aimait le premier; qu’en dépit de sa flamme,
H cède, aimé qu’il est, ce qu’adore son âme;
Qu’il renonce à l’espoir, dédit sa passion,kst-il digne de grâce, ou de compassion?
PACOIIUS.
Qui cède ce qu’il aime est digne qu’on le loue :
"tais il ne cède rien quand on l’en désavoue;
Èt les illusions d’un si faux complimentNe méritent qu’un long et vrai ressentiment.
SURÉNA.
f°ut à l’heure, seigneur, vous me parliez de grâce,déjà vous passez jusques à la menace !
J ' a grâce est aux grands cœurs honteuse à recevoir;Èa menace n’a rien qui les puisse émouvoir.
-tandis que hors des murs ma suite est dispersée,Que la garde au dedans par Sillace est placée,
Que le peuple s’attend à me voir arrêter,
Si
Qu’
quelqu’un en a l’ordre, il peut l’exécuter.
on veuille mon épée, ou qu’on veuille ma tête, .
!r lte s un mot, seigneur, et l’une et l’autre est prête :e o’ai goutte de sang qui ne soit à mon roi ;
C't si p on m ’ ose p er( ] re , fl perdra plus que moi.
vécu pour ma gloire autant qu’il fallait vivre,r " 1 laisse un grand exemple à qui pourra me suivre;lais si vous me livrez à vos chagrins jaloux,e O’aurai pas peut-être assez vécu pour vous.
PACOKUS.
Ur éna, mes pareils n’aiment point ces manières,sont fausses vertus que des vertus si Aères.
^Près tant de hauts faits et d’exploits signalés,e toi ne peut douter de ce que vous valez ;
Ce veut pas vous perdre : épargnez-vous la peine;| ttirer sa colère et mériter ma haine ;
°nnez à vos égaux l’exemple d’obéirIl que d’un amour qui cherche à vous trahir,sied bien aux grands cœurs de paraître intrépides,e donner à l’orgueil plus qu’aux vertus solides;a is souvent ces grands cœurs n’en font que mieuxParaître au besoin maîtres de leur amour, [leur cour^ e eevez cet avis d’une amitié Adèle.
s °' r la reine arrive, et Mandane avec elle.
. Çe demande point le secret de vos feux ;
^ a js songez bien qu’un roi, quand il dit : Je le veux...Ieu - Ce mot sufflt ; et vous devez m’entendre.
j SUltÉNA.
j j a,s Plus, je prévois ce que j’en dois attendre ;j, a ttends sans frayeur ; et, quel qu’en soit le cours,a Ctai soin de ma gloire; ordonnez de mes jours.
ACTE CINQUIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
ORODE, EURYDICE.
ORODE.
Ne me l’avouez point; en cette conjoncture,
Le soupçon m’est plus doux que la vérité sûre;L’obscurité m’en plaît, et j’aime à n’écouterQue ce qui laisse encor liberté d’en douter.Cependant par mon ordre on a mis garde aux portes,Et d’un amant suspect dispersé les escortes,
De crainte qu’un aveugle et fol emportementN’allât, et malgré vous, jusqu’à l’enlèvement.
La vertu la plus haute alors cède à Ja force ;
Et pour deux cœurs unis l’amour a tant d’amorce,Que le plus grand courroux qu’on voie y succéderN’aspire qu’aux douceurs de se raccommoder.
Il n’est que trop aisé déjuger quelle suiteExigerait de moi l’éclat de cette fuite;
Et pour n’en pas venir à ces extrémités,
Que vous l’aimiez ou non, j’ai pris mes sûretés.
EURYDICE.
A ces précautions je suis trop redevable ;
Une prudence moindre en serait incapable,Seigneur: mais, dans le doute où votre esprit se plaît,Si j’ose en ce héros prendre quelque intérêt,
Son sort est plus douteux que votre incertitude,
Et j’ai lieu plus que vous d’être en inquiétude.
Je ne vous réponds point sur cet enlèvement ;
Mon devoir, ma fierté, tout en moi le dément.
La plus haute vertu peut céder à la force,
Je le sais; de l’amour je sais quelle est l’amorce :Mais contre tous les deux l’orgueil peut secourir,
Et rien n’en est à craindre alors qu’on sait mourir.
Je ne serai qu’au prince.
OKODE.
Oui : mais à quand, madame,A quand cet heureux jour, que de toute son âme...
EURYDICE.
Il se verrait, seigneur, dès ce soir mon époux,
S’il n’eût point voulu voir dans mon cœur plus queSa curiosité s’est trop embarrassée [vous :
D’un point dont il devait éloigner sa pensée.
Il sait que j’aime ailleurs, et l’a voulu.savoir;
Pour peine il attendra l’effort de mon devoir.
ORODE.
Les délais les pluslongs, madame, ont quelque terme.
EURYDICE.
Le devoir vient à bout de l’amour le plus ferme ;
Les grands cœurs ont vers lui des retours éclatants ;Et quand on veut se vaincre, il y faut peu de temps.