285
PSYCHE, ACTE I, SCENE I.
Ai tenu de tout temps le souverain empire ;
Moi dont les yeux ont mis deux grandes déitésAu point de me céder le prix de la plus belle,
Je me vois ma victoire et mes droits disputésPar une cliétive mortelle !
Le ridicule excès d’un fol entêtementVa jusqu’à m’opposer une petite fdle !
Sur ces traits et les miens j’essulrai constammentUn téméraire jugement,
El du haut des cieux où je brille,
J’entendrai prononcer aux mortels prévenus :
Elle est plus belle que Vénus 1
ÆGIALE.
Voilà comme l’on fait ; c’est le style des hommes,
Ils sont impertinents dans leurs comparaisons.
PIIAÈNE.
Ils ne sauraient louer, dans le siècle où nous sommes,Qu’ils n’outragent les plus grands noms.
VÉNUS.
Ah 1 que de ces trois mots la rigueur insolenteVenge bien Junon et Pallas,
Et console leurs cœurs de la gloire éclatanteQue la fameuse pomme acquit à mes appas !
Je les vois s’applaudir de mon inquiétude,
Et, d’un fixe regard, chercher avec étudeMa confusion dans mes yeux.
Leur triomphante joie, au fort d’un tel outrage,Semble me venir dire, insultant mon courroux :Vante, vante, Vénus, les traits de ton visage :
Au jugement d’un seul, tu l’emportas sur nous ;
Mais, par le jugement de tous,
Une simple mortelle a sur toi l’avantage.
Ah ! ce coup-là m’achève, il me perce le cœur ;
Je n’en puis plus souffrir les rigueurs sans égales,
Et c’est trop de surcroît à ma vive douleurQue le plaisir de mes rivales.
Mon fds, si j’eus jamais sur toi quelque crédit,
Et si jamais je te fus chère,
Si tu portes un cœur à sentir le dépitQui trouble le cœur d’une mèreQui si tendrement te chérit,
Emploie, emploie ici l’effort de ta puissanceA soutenir mes intérêts ;
Et fais à Psyché, par tes traits,
Sentir les traits de ma vengeance.
Pour rendre son cœur malheureux,
Prends celui de tes traits le plus propre à me plaire,Le plus empoisonné de ceuxQue tu lances dans ta colère.
Plus bas, du plus vil, du plus affreux mortel,Pais que jusqu’à la rage elle soit enflamméeEt qu’elle ait à souffrir le supplice cruelD’aimer et n’êtrc point aimée.
l’amour.
Hans le monde on n’entend que plaintes de l’Amour;Ha m’impute partout mille fautes commises,
Et vous ne croiriez point le mal et les sottisesQue l’on dit de moi chaque jour.
Si pour servir votre colère...
VÉNUS.
Va, ne résiste point aux souhaits de ta mère ;
N’applique tes raisonnementsQu’à chercher les plus prompts momentsDe faire un sacrifice à ma gloire outragée.
Pars, pour toute réponse à mes empressements ;
Et ne me revois point que je ne sois vengée.
L’Amour s’envole, et Vénus se retire avec lesGrâces.
La scène est changée en une grande ville, où l’ondécouvre, des deux côtés, des palais et des maisonsde différents ordres d’architecture.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
AGLAURE, CYDIPPE.
AGLAURE.
Il est des maux, ma sœur, que le silence aigrit :Laissons, laissons parler mon chagrin et le vôtre ;
Et de nos cœurs l’une à l’autreExhalons le cuisant dépit.
Nous nous voyons sœurs d’infortune ;
Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport,
Que nous pouvons mêler toutes les deux en une,
Et, dans notre juste transport,
Murmurer à plainte communeDes cruautés de notre sort.
Quelle fatalité secrète,
Ma sœur, soumet tout l’universAux attraits de notre cadette ?
Et de tant de princes diversQu’en ces lieux la fortune jette,
N’en présente aucun à nos fers ?
Quoi! voir de toutes parts pour lui rendre les armes,Les cœurs se précipiter,
Et passer devant nos charmesSans s’y vouloir arrêter !
Quel sort ont nos yeux en partage,
Et qu’est-ce qu’ils ont fait aux dieux,
De ne jouir d’aucun hommageParmi tous ces tributs de soupirs glorieuxDont le superbe avantageFait triompher d’autres yeux ?
Est-il pour nous, ma sœur, de plus rude disgrâce,Que de voir tous les cœurs mépriser nos appas, .
Et l’heureuse Psyché jouir avec audaceD’une foule d’amants attachés à ses pas?