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Tome second.
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PSYCHÉ, ACTE I, SCÈNE I.

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CYDIPPE.

Ah ! ma sœur, c’est une aventureA faire perdre la raison ;

Et tous les maux de la natureNe sont rien en comparaison.

AGLAUHE.

Pour moi, j’en suissouventjusqu’àverserdeslarmes.Tout plaisir, tout repos par là m’est arraché;

Contre un pareil malheur ma constance est sans ar-Toujours à ce chagrin mon esprit attaché [mes.Me tient devant les yeux la honte de nos charmes,

Et le triomphe de Psyché.

La nuit, il m’en repasse une idée éternelleQui sur toute chose prévaut :

Rien ne me peut chasser cette image cruelle;

Et, dès qu’un doux sommeil vient me délivrer d’elle,Dans mon esprit aussitôtQuelque songe la rappelleQui me réveille en sursaut.

CYDIPPE.

Ma sœur, voilà mon martyre.

Dans vos discours je me voi ;

Et vous venez là de direTout ce qui se passe en moi.

AGLAUBE.

Mais encor, raisonnons un peu sur cette affaire.Quels charmes si puissants en elle sont épars?

Et par où, dites-moi, du grand secret de plaireL’honneur est-il acquis à ses moindres regards?

Que voit-on dans sa personnePour inspirer tant d’ardeurs ?

Quel droit de beauté lui donneL’empire de tous les cœurs?

Elle a quelques attraits, quelque éclat de jeunesse,On en tombe d’accord, je n’en disconviens pas :

Niais lui cède-t-on fort pour quelque peu d’aînesse,Et se voit-on sans appas?

Est-on d’une figure à faire qu’on se raille?

N’a-t-on point quelques traits et quelques agréments,Quelque teint, quelques yeux, quelque air, et quelque tailleA pouvoir dans nos fers jeter quelques amants?

Ma sœur, faites-moi la grâceDe me parler franchement :

Suis-je faite d’un air, à votre jugement,

Que mon mérite au sien doive céder la place ?

Et dans quelque ajustementTrouvez-vous qu’elle m’efface?

CYDIPPE.

Qui ? vous, ma sœur? nullement.

Hier à la chasse près d’elleJe vous regardai longtemps :

Et, sans vous donner d’encens,

Vous me parûtes plus belle.

Mais, moi, dites, ma sœur, sans me vouloir flatter,

Sont-ce des visions que je me mets en tête,

Quand je me crois taillée à pouvoir mériterLa gloire de quelque conquête ?

' AGLAUBE.

Vous, ma sœur? vous avez, sans nul déguisement,Tout ce qui peut causer une amoureuse flamme.

Vos moindres actions brillent d’un agrémentDont je me sens toucher l’âme;

Et je serais votre amant,

Si j’étais autre que femme.

CYDIPPE.

D’où vient donc qu’on la voit l’emporter sur nous deuxQu’à ses premiers regards les cœurs rendent les armesEt que d’aucun tribut de soupirs et de vœuxOn ne fait honneur à nos charmes?

AGLAUBE.

Toutes les dames, d’une voix,

Trouvent ses attraits peu de chose;

Et du nombre d’amants qu’elle tient sous ses lois,Ma sœur, j’ai découvert la cause.

CYDIPPE.

Pour moi, je la devine, et l’on doit présumerQu’il faut que là-dessous soit caché du mystère.

Ce secret de tout enflammerN’est point de la nature un effet ordinaire :

L’art de la Thessalie entre dans cette affaire ;

Et quelque main a su sans doute lui formerUn charme pour se faire aimer.

AGLAUBE.

Sur un plus fort appui ma croyance se fonde ;

Et le charme qu’elle a pour attirer les cœurs,

C’est un air en tout temps désarmé de rigueursDes regards caressants que la bouche seconde,

Un souris chargé de douceursQui tend les bras à tout le monde,

Et ne vous promet que faveurs.

Notre gloire n’est plus aujourd’hui conservée,

Et l’on n’est plus au temps de ces nobles fiertésQui, par un digne essai d’illustres cruautés,Voulaient voir d’un amant la constance éprouvée.

De tout ce noble orgueil qui nous seyait si bien ,

On est bien descendu dans le siècle où nous sommesEt l’on en est réduite à n’espérer plus rien,

A moins que l’on se jette à la tête des hommes.

CYDIPPE.

Oui, voilà le secret de l'affaire, et je voiQue vous le prenez mieux que moi.

C’est pour nous attacher à trop de bienséanceQu’aucun amant, ma sœur, à nous ne veut venir;

Et nous voulons trop soutenirL’honneur de notre sexe et de notre naissance.

Les hommes maintenant aiment ce qui leur rit;L’espoir, plus que l’amour, est ce qui les attire,

Et c’est par là que Psyché nous ravit