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Tome second.
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PSYCHÉ, ACTE IV, SCÈNE III.

Votre félicité, ma sœur, serait extrêmeSi vous saviez qui vous aimez.

PSYCHÉ.

Que m’importe? j’en suis aimée;

Plus il me voit, plus je lui plais.

Il n’est point de plaisirs dont l’âme soit charméeQui ne préviennent mes souhaits;

Et je vois mal de quoi la vôtre est alarméeQuand tout me sert dans ce palais.

AGLAURE.

Qu’importe qu’ici tout vous serve ,

Si toujours cet amant vous cache ce qu’il est ?

Nous ne nous alarmons que pour votre intérêt.

En vain tout vous ÿ rit, en vain tout vous y plaît,

Le véritable amour ne fait point de réserve;

Et qui s’obstine à se cacherSent quelque chose en soi qu’on lui peut reprocher.

Si cet amant devient volage,

Car souvent en amour le change est assez doux ;

Et j’ose le dire entre nous,

Pour grand que soit l’éclat dont brille ce visage,

Il en peut être ailleurs d’aussi belle que vous;

Si, dis-je, un autre objet sous d’autres lois l’engage,Si, dans l’état où je vous voi,

Seule en ses mains et sans défense,

Il va jusqu’à'la violence,

Sur qui vous vengera le roi,

Ou de ce changement, ou de cette insolence ?

PSYCHÉ.

Ma sœur, vous me faites trembler.

Juste ciel! pourrais-je être assez infortunée...

CY DI PPE.

Que sait-on si déjà les nœuds de l’hyménée...

PSYCHÉ.

N’achevez pas, ce serait m’accabler.

AGLAURE.

Je n’ai plus qu’un mot à vous dire.

Ce prince qui vous aime, et qui commande aux vents,Qui nous donne pour char les ailes du Zéphire,

Et de nouveaux plaisirs vous comble à’tous moments,Quand il rompt à vos yeux l’ordre de la nature,Peut-être à tant d’amour mêle un peu d’imposture;Peut-être ce palais n’est qu’un enchantement :

Et ces lambris dorés, ces amas de richessesDont il achète vos tendresses,

Dès qu’il sera lassé de souffrir vos caresses,Disparaîtront en un moment.

Vous savez comme nous ce que peuvent les charmes.

PSYCHÉ.

Que je sens à mon tour de cruelles alarmes !

AGLAURE.

Notre amitié ne veut que votre bien.

PSYCHÉ.

Adieu, mes sœurs ; finissons l’entretien :

J’aime; et je crains qu’on ne s’impatiente.

Partez ; et demain , si je puis,

Vous me verrez ou plus contente,

Ou dans l’accablement des plus mortels ennuis.

AGLAURE.

Nous allons dire au roi quelle nouvelle gloire,

Quel excès de bonheur le ciel répand sur vous.

CYDIPPE.

Nous allons lui conter d’un changement si douxLa surprenante et merveilleuse histoire.

PSYCHÉ.

Ne l’inquiétez point, ma sœur, de vos soupçons ;

Et quand vous lui peindrez un si charmant empire-••

AGLAURE.

Nous savons toutes deux ce qu’il faut taire ou dire,Et n’avons pas besoin, sur ce point, de leçons.

( Le Zéphire enlèveles deux sœurs de Psyché dans unnuage qui descend jusqu’à terre, et dans lequel tles emporte avec rapidité. )

scène nr.

L’AMOUR, PSYCHÉ.

l’amour.

Enfin vous êtes seule, et je puis vous redire,

Sans avoir pour témoins vos importunes sœurs,

Ce que des yeux si beaux ont pris sur moi d’empu'e,Et quels excès ont des douceursQu’une sincère ardeur inspireSitôt qu’elle assemble deux cœurs. * -

Je puis vous expliquer de mon âme ravie ’ '% 'Les amoureux empressements, , u-

Et vous jurer qu’à vous seule asservieElle n’a pour objets de ses ravissementsQue de voir cette ardeur de même ardeur suivie,

Ne concevoir plus d’autre envieQue de régler mes vœux sur vos désirs,

Et de ce qui vous plaît faire tous mes plaisirs.

Mais d’où vient qu’un triste nuageSemble offusquer l’éclat de ces beaux yeux ? ,

Vous manque-t-il quelque chose en ces lieux • Le

Des vœux qu’on vous y renddédaignez-vousl’homiPSYCHÉ.

Non, seigneur.

l’amour. r ?

Qu’est-ce donc Pet d’où vient mon mal e ^J’entends moins de soupirs d’amour que dedou eJe vois de votre teint les roses amortiesMarquer un déplaisir secret ;

Vos sœurs à peine sont partiesQue vous soupirez de regret.

Ah ! Psyché, de deux cœurs _ ’ "ardeur est a ^

Ont-ils des soupirs différents ?