Band 
Tome second.
Seite
299
JPEG-Download
 

299

PSYCHÉ, ACTE IV, SCÈNE II.

L’avenir aura peine à les bien concevoir ;

Le soleil, qui voit tout, et qui nous fait tout voir,N’en a vu jamais de pareilles.

Elles me chagrinent l’esprit ;

Et ce brillant palais, ce pompeux équipage,

Font un odieux étalageQui m’accable de honte autant que de dépit.

Que la fortune indignement nous traite !

Et que sa largesse indiscrèteProdigue aveuglément, épuise, unit d’efforts,

Pour faire de tant de trésorsLe partage d’une cadette!

CYDIPPE.

J’entre dans tous vos sentiments,

Lai les mêmes chagrins; et dans ces lieux charmants,Tout ce qui vous déplaît me blesse ;

Tout ce que vous prenez pour un mortel affront,Comme vous, m’accable et me laisseL’amertume dans l’âme et la rougeur au front.

AGLAUKE.

Non, ma sœur, il n’est point de reinesQui, dans leur propre État, parlent en souverainesComme Psyché parle en ces lieux.

On l’y voit obéie avec exactitude,

Lt de ses volontés une amoureuse étudeLes cherche jusque dans ses yeux.

"Plie beautés s’empressent autour d’elle,semblent dire à nos regards jaloux :

Quels que soient nos attraits, elle est encor plus belle;^ nous, qui la servons, le sommes plus que vous.

Elle prononce, on exécute;

•^Ucun ne s’en défend, aucun ne s’en rebute.

Flore, qui s’attache à ses pas,le Pand à pleines mains autour de sa personneCe qu’elle a de plus doux appas ;

Zéphire vole aux ordres qu’elle donne ;

1 son amante et lui, s’en laissant trop charmer,quittent pour la servir les soins de s’entr’aimer.

CYDIPPE.

Elle a des dieux à son service,

», Elle aura bientôt des autels ;

nous ne commandons qu’à de chétifs mortelsç Le qui l’audace et le caprice,ntre nous à toute heure en secret révoltés,Opposent à nos volontésOu le murmure ou l’artifice !

AGLAUKE.

.j, C’était peu que dans notre courCe * 1 !? 6 cœurs n l’envi nous l’eussent préférée;

^ n était pas assez que de nuit et de jourq u,le foule d’amants elle y fût adorée :an d nous nous consolions de la voir au tombeau^ Par l’ordre imprévu d’un oracle,a voulu de son destin nouveau

Faire en notre présence éclater le miracle,

Et choisi nos yeux pour témoinsDe ce qu’au fond du cœur nous souhaitionsle moins.

CYDIPPE.

Ce qui le plus me désespère,

C’est cet amant parfait et si digne de plaire

Qui se captive sous ses lois. [ques,

Quand nous pourrions choisir entre tous les monar-En est-il un, de tant de rois,

Qui porte de si nobles marques ?

Se voir du bien par delà ses souhaits,

N’est souvent qu’un bonheur qui fait des misérables;11 n’est ni train pompeux ni superbe palaisQui n’ouvrent quelque porte à dés maux incurables :Mais avoir un amant d’un mérite achevé,

Et s’en voir chèrement aimée,

C’est un bonheur si haut, si relevé,

Que sa grandeur ne peut être exprimée.

aglaure. [nui:

N’en parlons plus, ma sœur, nous en mourrions d’en-Songeons plutôt à la vengeance ;

Et trouvons le moyen de rompre entre elle et luiCette adorable intelligence.

La voici. J’ai des coups tout prêts à lui porterQu’elle aura peine d’éviter.

SCÈNE II.

PSYCHÉ, AGLAURE, CYDIPPE.

PSYCHÉ.

Je viens vous dire adieu; mon amant vous renvoie,Et ne saurait plus endurerQue vous lui retranchiez un moment de la joieQu’il prend de se voir seul à me considérer;

Dans un simple regard, dans la moindre parole,

Son amour trouve des douceursQu’en faveur du sang je lui vole,

Quand je les partage à des sœurs.

AGLAUKE.

La jalousie est assez fine ;

Et ces délicats sentimentsMéritent bien qu’on s’imagineQue celui qui pour vous a ces empressementsPasse le commun des amants.

Je vous en parle ainsi faute de le connaître.

Vous ignorez son nom et ceux dont il tient l’être ;

Nos esprits en sont alarmés.

Je le tiens un grand prince, et d’un pouvoir suprême,Bien au delà du diadème ;

Ses trésors sous vos pas confusément semésOnt de quoi faire honte à l’abondance même.

Vous l’aimez autant qu’il vous aime ;

Il vous charme, et vous le charmez :