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Tome second.
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PSYCHÉ

Tout l’effet de votre victoire.

Peut-être vos beaux yeux ne me reverront plus.

Ces palais, cês jardins, avec moi disparus,

Vont faire évanouir votre naissante gloire.

Vous n’avez pas voulu m’en croire;

Et, pour tout fruit de ce doute éclairci,

Le destin, sous qui le ciel tremble,

Plusfort quemonamour,quetouslesdieux ensemble,Vous va montrer sa haine, et me chasse d’ici.

( L’Amour disparaît, et, dans l’instant qu’il s'en-vole, le superbe jardin s’évanouit. Psyché de-meure seule au milieu d’une vaste campagne, etsur le bord sauvage d’un grand, fleuve où elle seveut précipiter. Le dieu du fleuve parait assis surun amas de joncs et de roseaux, et appuyé surune grande urne, d’où sort une grosse sourced’eau.)

SCÈNE IV.

PSYCHÉ, LE DIEU DU FLEUVE.

PSYCHÉ.

Cruel destin! funeste inquiétude!

Fatale.curiosité!

Qu’avez-vous fait, affreuse solitude,

De toute ma félicité?

J’aimais un dieu , j’en étais adorée,

Mon bonheur redoublait de moment en moment;

Et je me vois seule, éplorée,

Au milieu d’un désert, où, pour accablement,

Et confuse et désespérée,

Je sens croître l’amour quand j’ai perdu l’amant.

Le souvenir m’en charme et m’empoisonne;

Sa douceur tyrannise un cœur infortuné

Qu’aux plus cuisants chagrins ma flamme a condamné.

O ciel ! quand l’Amour m’abandonne,

Pourquoi me laisse-t-il l'amour qu’il m’a donné?Source de tous les biens, inépuisable et pure,

Maître des hommes et des dieux,

Cher auteur des maux que j’endure,

Êtes-vous pour jamais disparu de mes yeux?

Je vous en ai banni moi-même;

Dans un excès d’amour, dans un bonheur extrême,D’un indigne soupçon mon cœur s’est alarmé.

Cœur ingrat, tu n’avais qu’un feu mal allumé;

Et l’on ne peut vouloir, du moment que l’on aime,Que ce que veut l’objet aimé.

Mourons, c’est le parti qui seul me reste à suivreAprès la perte que je fais.

Pour qui, grands dieux ! voudrais-je vivre ?

Et pour qui former des souhaits ?

Fleuve, de qui les eaux baignent ces tristes sables,Ensevelis mon crime dans tes flots;

Et pour finir des maux si déplorables,

ACTÉ IV, SCÈNE V.

Laisse-moi dans ton lit assurer mon repos.

LF. DIEU DU FLEUVE.

Ton trépas souillerait mes ondes,

Psyché ; le ciel te le défend ;

Et peut-être qu’après des douleurs si profondesUn autre sort t’attend.

Fuis plutôt de Vénus l’implacable colère.

Je la vois qui te cherche et qui te veut punir :L’amour du fils a fait la haine de la mère.

Fuis, je saurai la retenir.

PSYCHÉ.

J’attends ses fureurs vengeresses ;Qu’auront-elles pour moi qui ne me soit trop doux?Qui cherche le trépas ne craint dieux ni déesses,

Et peut braver tout leur courroux.

SCÈNE V.

VÉNUS, PSYCHÉ, LE DIEU DU FLEUVE-

VÉNUS.

Orgueilleuse Psyché, vous m’osez donc attendreAprès m’avoir sur terre enlevé mes honneurs,

Après que vos traits suborneursOnt reçu les encens qu’aux miens seuls on doit rendre?

J’ai vu mes temples désertés;

J’ai vu tous les mortels, séduits par vos beautés,Idolâtrer en vous la beauté souveraine,

Vous offrir des respects jusqu'alors inconnus,

Et ne se mettre pas en peineS’il était une autre Vénus :

Et je vous vois encor l’audaceDe n’en pas redouter les justes châtiments,

Et de me regarder en face,

Comme si c’était peu que mes ressentiments !

PSYCHÉ.

Si de quelques mortels on m’a vue adorée,

Est-ce un crime pour moi d’avoir eu des appasDont leur âme inconsidéréeLaissait charmer des yeux qui 11e vous voyaient pas?

Je suis ce que le ciel m’a faite,

.Te n’ai que les beautés qu’il 111’a voulu prêter.

Si les vœux qu’on m’offrait vous ont mal satisfaite,Pour forcer tous les cœurs à vous les reporter,

Vous 11’aviez qu’à vous présenter,

Qu’à ne leur cacher plus cette beauté parfaiteQui, pour les rendre à leur devoir,

Pour se faire adorer, n’a qu’à se faire voir.

VÉNUS.

Il fallait vous en mieux défendre.

Ces respects, ces encens, se devaient refuser ;

Et pour les mieux désabuser,

Il fallait à leurs yeux vous-même me les rendre.

Vous avez aimé cette erreurPour qui vous ne deviez avoir que de l'horreur :