308
PSYCHÉ, CINQUIÈME INTERMÈDE.
11 va goûter en paix, après un long tourment,
Une félicité qui doit être éternelle.
Toutes les divinités chantent ensemble ce coupletà la gloire de l’Amour :
Célébrons ce grand jour ;
Célébrons tous une fête si belle ;
Que nos chants en tous lieux en portent la nouvelle,Qu’ils fassent retentir le céleste séjour.
Chantons, répétons tour à tourQu’il n’est point d’âme si cruelleQui tôt ou tard ne se rende à l’Amour.
APOLLON CONTINUE.
Le dieu qui nous engageA lui faire la courDéfend qu’on soit trop sage.
Les Plaisirs ont leur tour;
C’est leur plus doux usageQue de finir les soins du jour.
La nuit est le partageDes Jeux et de l’Amour.
Ce serait grand dommageQu’en ce charmant séjourOn eût un cœur sauvage.
Les Plaisirs ont leur tour;
C’est leur plus doux usageQue de finir les soins du jour.
La nuit est le partageDes Jeux et de l’Amour.
Deux Muses, qui ont toujours évité de s’engagersous les lois de l’Amour, conseillent aux belles quin’ont point encore aimé de s’en défendre avec soin,à leur exemple.
CHANSON DES MUSES.
Gardez-vous, beautés sévères ;
Les Amours font trop d’uffaires :
Craignez toujours de vous laisser charmer.
Quand il faut que l’on soupire,
Tout le mal n’est pas de s'enflammer :
Le martyreDe le dire
Coûte plus cent fois que d’aimer.
SECOND COUPLET DES MUSES.
On ne peut aimer sans peines,
Il est peu de douces chaînes ;
A tout moment on se sent alarmer.
Quand il faut que l’on soupire,
Tout le mal n’est pas de s’enflammer :
Le martyreDe le dire
Coûte plus cent fois que d’aimer.
Bacchus fait entendre qu’il n’est pas si dangereuxque l’Amour.
RÉCIT DE BACCHUS.
Si quelquefois,
Suivant nos douces lois,
La raison sé perd et s’oublie,
Ce que le vin nous cause de folieCommence et finit en un jour ;
Mais, quand un cœur est enivré d’amour,
Souvent c’est pour toute la vie.
Morne déclare qu’il n’a pas de plus doux emploique de médire, et que ce n’est qu’à l’Amour seulqu’il n’ose sejouer.
RÉCIT DE MOME.
Je cherche à médireSur la terre et dans les cieux ;
Je soumets à ma satireLes plus grands des dieux.
Il n’est dans l’univers que l’Amour qui m’étonne :
11 est le seul que j’épargne aujourd’hui ;
Il n’appartient qu’à luiDe n’épargner personne.
ENTRÉE DE BALLET,
Composée de deux Ménades et de deux Ægipans quisuivent Bacchus.
ENTRÉE DE BALLET,
Composée de quatre Polichinelles et de deux Ma-tassins qui suivent Monte, et viennent joindre leurplaisanterie et leur badinage aux divertissementsde cette grande fête.
Bacchus et Moine, qui les conduisent, chantentau milieu d’eux chacun une chanson, Bacchus à lalouange du vin, et Moine une chanson enjouée surle sujet et les avantages de la raillerie.
RÉCIT DE BACCHUS.
Admirons le jus de la treille;
Qu’il est puissant 1 qu’il a d’attraits 111 sert aux douceurs de la paix,
Et dans la guerre il fait merveille ;
Mais surtout pour les amoursLe vin est d’un grand secours.
RÉCIT DE MOME.
Folâtrons, divertissons-nous,
Raillons ; nous ne saurions mieux faire :
La raillerie est nécessaireDans les jeux les plus doux.
Sans la douceur que l’on goûte à médire,
On trouve peu de plaisirs sans ennui :
Rien n’est si plaisant que de rire,
Quand on rit aux dépens d’autrui.
Plaisantons, ne pardonnons rien,
Rions, rien n’est plus à la mode :
On court péril d’être incommodeEn disant trop de bien.