AU LECTEUR.
éclatant et cette preuve invincible, que non-seulement ellessont capables des vertus les plus éminentes et des emploisles plus hauts, mais qu’elles y disposent même, et condui-sent l’esprit qui les cultive, quand il en sait faire un bonUs age. C’est une vérité qui brille partout dans ce précieuxrecueil de vers latins, où vous n’avez point voulu d’autrenom que celui d’ami des muses, et que ce grand prélat apris plaisir de me faire voir des premiers : il mè l’a fait lire,d me l’a fait admirer avec lui ; et, pour vous rendre justicePartout durant cette lecture, je ne faisais que répéter leséloges que chaque vers tirait de sa bouche : mais, entretant de choses excellentes, rien ne fit alors et ne fait en-core tous les jours une si forte impression sur mon âme queces rares pensées de la mort que vous y avez semées siabondamment : elles me plongèrent dans une réflexion sé-rieuse qu’il fallait comparaître devant Dieu, et lui rendrecompte du talent dont il m’avait favorisé; je considéraiensuite que ce n’était pas assez de l’avoir si heureusementréduit à purger notre théâtre des ordures que les premiersSiècles y avaient comme incorporées, et des licences queles derniers y avaient souffertes; qu’il ne me devait passuffire d’y avoir fait régner en leur place les vertus moraleset Politiques, et quelques-unes même des chrétiennes, qu’ilfallait porter ma reconnaissance plus loin, et appliquerfoute l’ardeur du génie à quelque nouvel essai de ses forceslui n’ertt point d’autre but que le service de ce grand maîtree tl’utilité du prochain. C’est ce qui m’a fait choisir la traduc-bon de cette sainte morale, qui, parla simplicité de sonstyle, ferme la porte aux plus beaux ornements de la poésie ;el , bien loin d’angmepter ma réputation, semble sacrifier àla gloire du souverain auteur tout ce que j’en ai pu acquériren ce genre d’écrire. Après avoir ressenti des effets si avan-tageux de cette obligation générale que toutes les muses onta Votre Sainteté , je serais le plus ingrat de tous les hommes,S1 je ne lui consacrais un ouvrage dont elle a été la premièrecause ; ma conscience m’en ferait à tous moments des repro-ches d’autant plus sensibles que je vis dans une provincegui n’a point attendu à vous aimer et à vous honorer qu’elleùl obligée d’obéir à Votre Sainteté, et où votre nom a étéen vénération singulière avant même que vous eussiez quittécelui de Ghisi pour être ALEXANDRE VIT. Leurs altesses deLongueville ont si bien fait passer dans toutes les âmes delÇ Ur gouvernement ces dignes sentiments d’affection et d’es-ll| ne qu’elles ont rapportés de Munster pour votre personne,que tant qu’a duré le dernier conclave, nous n’avons de-ntandé que vous à Dieu. Je n’ose dire que nos prières aientattùé les inspirations du Saint-Esprit sur le sacré collège,toais il e s i certain que du moins elles ont été au-devantcbes, et que l’exaltation de Voire Sainteté a été la joieParticulière de tous nos cœurs avant que les ordres du roiea aient fait l'allégresse publique de toute la France. Nousrtudinuons el redoublons maintenant ccs mêmes vœux pourcteuir de celte bonté inépuisable qu’elle nous laisse jouir° n Klemps de la grâce qu’elle nous a accordée, et que vousPuissiez achever ce grand œuvre de ia paix, à qui vousa 'cz déjà donné tant de soins et tant de veilles. Nous espe-r . 0lis qu’elle vous aura réservé ce miracle que nous atten-°ns avec tant d’impatience; et je ne serai désavoué dePd'sonne quand je dirai que ce sont les plus passionnés sou-
haits de tous les véritables chrétiens que porte aux piedsde Votre Sainteté,
Très-saint Père,
Son très-humble, très-obéissant et très-fidèle serviteur et fils en Jésus-Christ,CORNEILLE.
AU LECTEUR.
Je n’invite point à cette lecture ceux qui ne cherchentdans la poésie que la pompe des vers : ce n’est ici qu’unetraduction fidèle où j’ai tâché de conserver le caractère etla simplicité de l’auteur. Ce n’est pas que je ne sache bienque l’utile a besoin de l’agréable pour s’insinuer dans l’ami-tié des hommes ; mais j’ai cru qu’il ne fallait pas l’étouffersous les enrichissements, ni lui donner des lumières quiéblouissent au lieu d’éclairer. II est juste de lui prêterquelques grâces, mais de celles qui lui laissent toute saforce, qui l’embellissent sans le déguiser, et l’accompa-gnent sans le dérober à la vue; autrement ce n’est plusqu’un effort ambitieux qui fait plus admirer le poète qu’ilne touche le lecteur. J’espère qu’on trouvera celui-ci dansune raisonnable médiocrité, et telle que demande une mo-rale chrétienne qui a pour but d’instruire, et ne se met pasen peine de chatouiller les sens. Il est hors de doute que lescurieux n’y trouveront point de charme, mais peut-êtrequ’en récompense les bonnes intentions n’y trouverontpoint de dégoût ; que ceux qui aimeront les choses qui y sontdites supporteront la façon dont elles y sont dites ; et quece qui pénétrera le cœur ne blessera point les oreilles. Lepeu de disposition que les matières y ont à la poésie, le peude liaison, non-seulement d’un chapitre avec l’autre, maisd’une période même avec celle qui la suit, et les répétitionsassidues qui se trouvent dans l’original, sont des obstaclesassez malaisés à surmonter, et qui par conséquent méritentbien que vous me fassiez quelque grâce. Surtout les reditesy sont si fréquentes, que quand notre langue serait dixfois plus abondante qu’elle n’est, je l’aurais épuisée fortaisément ; et j’avoue que je n’ai pu trouver le secret de di-versifier mes expressions toutes les fois que j’ai eu la mômechose à exprimer : il s ’y rencontre même des mots si fa-rouches pour nos vers, que j’ai été contraint d’avoir sou-vent recours à d’autres qui n’y répondent qu’imparfaite-ment, et ne disent pas tout ce que mon auteur veut dire.J’espérais trouver quelque soulagement dans le quatrièmelivre, par le changement des matières ; mais je les y airencontrées encore plus éloignées des ornements de lapoésie, et les redites encore plus fréquentes ; il ne s’y parleque de communier et dire la messe. €e sont des termesqui n’ont pas un assez beau son dans nos . vers pour soute-nir la dignité de ce qu’ils signifient : la sainteté de notre re-ligion les a consacrés, mais, en quelque vénération qu’elleles ait mis, ils sont devenus populaires à force d’être dansla bouche de tout le monde : cependant j’ai été obligé dem’en servir souvent, et de quelques autres de mêmeclasse. Si j’ose en dire ma pensée, je prévois que ceux qui