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Tome second.
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LIVRE I, CHAPITRE II.

C’est que tout n’est ici que vanité qui passe,

Hormis d'aimer sa gloire, et ne servir que lui.

C’est là des vrais savants la sagesse profonde ; [lieux ;Elle est bonne en tout temps, elle est bonne en tousEt le plus sur chemin pour aller vers les deuxC’est d’affermir nos pas sur le mépris du monde.

Ce dangereux flatteur de nos faibles espritsOppose mille attraits à ce juste mépris;

Qui s’en laisse éblouir s’en laisse tôt séduire :

Mais ouvre bien les yeux sur leur fragilité,

Regarde qu’un moment suffit pour les détruire,

Et tu verras qu’eniin tout n’est que vanité.

Vanité d’entasser richesses sur richesses;

Eanité de languir dans la soif des honneurs;

Eanité de choisir pour souverains bonheursOe la chair et des sens les damnables caresses ;Eanité d’aspirer à voir durer nos joursSans nous mettre en souci d’en mieux régler le cours,O’aimer la longue vie, et négliger la bonne,R’embrasser le présent sans soin de l’avenir,

Et de plus estimer un moment qu’il nous donneQue l’attente des biens qui ne sauraient finir.

^°i donc, qui que tu sois, si tu veux bien comprendreComme à tes sens trompeurs tu dois te confier,‘^ouviens-toi qu’on ne peut jamais rassasierl’œil humain de voir, ni l’oreille d’entendre;

Q u ’il faut se dérober à tant de faux appas,

Mépriser ce qu’on voit pour ce qu’on ne voit pas,^uir les contentements transmis par ces organes;Que de s’en satisfaire on n’a jamais de lieu,

Et que l’attachement à leurs douceurs profanesMouille ta conscience, et t’éloigne de Dieu.

Au grand jour du Seigneur sera-ce un grand refugeD’avoir connu de tout et la cause et l’effet,

Et ce qu’on aura su fléchira-t-il un jugeQui ne regardera que ce qu’on aura fait ?

Borne donc tes désirs à ce qu’il te faut faire ;

Ne les porte plus trop vers l’amas du savoir ;

Les soins de l’acquérir ne font que te distraire,

Et quand tu l’as acquis il peut te décevoir.

Les savants d’ordinaire aiment qu’on les regarde,Qu’onmurmureautourd’eux : Voilà ces grands esprits;Et, s’ils ne font du cœur une soigneuse garde,

De cet orgueil secret ils sont toujours surpris.

Qu’on ne se trompe point, s’il est quelques sciencesQui puissent d’un savant faire un homme de bien, *11 en est beaucoup plus de qui les connaissancesNe servent guère à l’ûme, ou ne servent de rien.

Par là tu peux juger à quels périls s’exposeCelui qui du savoir fait son unique but,

Et combien se méprend qui songe à quelque choseQu’à ce qui peut conduire au chemin du salut.

Le plus profond savoir n’assouvit point une âme ;Mais une bonne vie a de quoi la calmer,

Et jette dans le cœur qu’un saint désir enflammeLa pleine confiance au Dieu qu’il doit aimer.

Au reste, plus tu sais, et plus a de lumièreLe jour qui se répand sur ton entendement,

Plus tu seras coupable à ton heure dernièreSi tu n’en as vécu d’autant plus saintement.

CHAPITRE II.

DU PEU D’ESTIME DE SOI-MÊME.

La vanité par là ne te doit point surprendre.

Le savoir t’est donné pour guide à moins faillir ;

Il te donne lui-même un plus grand compte à rendre,Est plus lieu de trembler que de t’enorgueillir.

désir de savoir est naturel aux hommes ;

„ r na *t dans leur berceau sans mourir qu’avec eux :

Mais

> ô Dieu ! dont la main nous fait ce que nous som-Q ,le peut-il sans ta crainte avoir de fructueux? [mes,

Paysan stupide et sans expérience,

Q”' ne sait que t’aimer et n’a que de la foi,

®nt mieux qu’un philosophe enflé de sa science,

Q u ' Pénètre les cieux, sans réfléchir sur soi.

? 11 ' Se connaît soi-même en a l’âme peu vaine,a Propre connaissance en met bien bas le prix;tout le faux éclat de la louange humaineest pour lui que l’objet d’un généreux mépris.

Trouve à t’humilier même dans ta doctrine :Quiconque en sait beaucoup en ignore encor plus,Et qui sans se flatter en secret s’examineEst de son ignorance heureusement confus.

Quand pour quelques clartés dont ton esprit abondeTon orgueil à quelque autre ose te préférer,

Vois qu’il en est encor de plus savants au monde,Qu’il en est que le ciel daigne mieux éclairer.

Fuis la haute science, et cours après la bonne ;Apprends celle de vivre ici-bas sans éclat ;

Aime à n’être connu, s’il se peut, de personne,

Ou du moins aime à voir qu’aucun n’en fasse état.