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Tome second.
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L’IMITATION DE JESUS-CHRIST.

Cette unique leçon, dont le parfait usageConsiste à se bien voir et n’en rien présumer,

Est la plus digne étude où s’occupe le sagePour estimer tout autre, et se mésestimer.

Si tu vois donc un homme abîmé dans l’offense,

Ne te tiens pas plus juste ou moins pécheur que lui :Tu peux en un moment perdre ton innocence,

Et n’être pas demain le même qu’aujourd’hui.

Souvent l’esprit est faible et les sens indociles,L’amour-propre leur fait ou la guerrfe ou la loi ;

Mais, bien qu’en général nous soyons tous fragiles,Tu n’en dois croire aucun si fragile que toi.

CHAPITRE III.

DE LA DOCTRINE DE LA VÉRITÉ.

Qu’heureux est le mortel que la vérité mêmeConduit de sa main propre au chemin qui lui plaît !Qu’heureux est qui la voit dans sa beauté suprême,Sans voile et sans emblème,

Et telle enfin qu’elle est !

Nos sens sont des trompeurs dont les fausses imagesA notre entendement n’offrent rien d’assuré,

Et ne lui font rien voir qu’à travers cent nuagesQui jettent mille ombragesDans l’œil mal éclairé.

De quoi sert une longue et subtile disputeSur des obscurités où l’esprit est déçu?

De quoi sert qu’à l’envi chacun s’en persécute,

Si Dieu jamais n’imputeDe n’en avoir rien su?

Grande perte de temps et plus grande faiblesseDe s’aveugler soi-même et quitter le vrai bienPour consumer sa vie à pointiller sans cesseSur le genre et l’espèce,

Qui ne servent à rien.

Touche, Verbe éternel , ces âmes curieuses ;

Celui que ta parole une fois a frappé,

De tant d’opinions vaines, ambitieuses,

Et souvent dangereuses,

Est bien développé.

Ce Verbe donne seul l’être à toutes les causes;

Il nous parle de tout, tout nous parle de lui ;

11 tient de tout en soi les natures encloses ;

11 est de toutes chosesLe principe et l’appui.

Aucun sans son secours ne saurait se défendreD’un million d’erreurs qui courent l’assiéger;

Et depuis qu’un esprit refuse de l’entendre,

Quoi qu’il pense comprendre,

Il n’en peut bien juger.

Niais qui rapporte tout à ce Verbe immuable,

Qui voit tout en lui seul, en lui seul aime tout,

A la plus rude attaque il est inébranlable,

Et sa paix ferme et stableEn vient soudain à bout!

O Dieu de vérité, pour qui seul je soupire,Unis-moi donc à toi par de forts et doux nœuds !

Je me lasse d’ouir, je me lasse de lire,

Mais non pas de te dire :

C’est toi seul que je veux.

Parle seul à mon âme, et qu’aucune prudence,Qu’aucun autre docteur ne m’explique tes lois;

Que toute créature à ta sainte présenceS’impose le silence,

Et laisse agir ta voix.

Plus l’esprit se fait simple et plus il se ramèneDans un intérieur dégagé des objets.

Plus lors sa connaissance est diffuse et certaine,

Et s’élève sans peineJusqu’aux plus hauts sujets.

Oui, Dieu prodigue alors ses grâces plus entières,Et, portant notre idée au-dessus de nos sens,

Il nous donne d’en haut d’autant plus de lumières,Qui percent les matièresPar des traits plus puissants.

Cet esprit simple, uni, stable, pur, pacifique,

En mille soins divers n’est jamais dissipé,

Et l’honneur de son Dieu, dans tout ce qu’il pratiqueEst le projet uniqueQui le tient occupé.

Il est toujours en soi détaché de soi-même ;

Il ne sait point agir quand il se faut chercher,

Et, fùt-il dans l’éclat de la grandeur suprême,

Son propre diadèmeNe l’y peut attacher.

Il ne croit trouble égal à celui que se causeUn cœur qui s’abandonne à ses propres transports)Et, maître de soi-même, en soi-même il disposeTout ce qu’il se proposeDe produire au dehors.

Bien loin d’être emporté par le courant rapide