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Tome second.
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LIVRE I, CHAPITRE X.

La charité vers tous est toujours nécessaire,Mais non pas avec tous un accès trop ouvert :La réputation assez souvent s’y perd.

Et tel qui plaît de loin, de près cesse de plaire ;Lant ce brillant éclat qui ne fait qu’éblouirEst sujet à s’évanouir!

Combattre une révolte où penche la raison,Pour donner au bon sens une injuste prison,C’est se faire soi-même une sainte injustice ;

Et pour en venir là plus tu t’es combattu,

Plus ce Dieu, qui regarde un si grand sacrilice,T’impute de mérite et t’avance en vertu.

Oui, souvent il arrive, et contre notre envie,

Que plus on prend de peine à se communiquer,Elus cet effort nous trompe, et force à remarquerLes désordres secrets qui souillent notre vie,

Lf que ce qu’un grand nom avait semé de bruitPar la présence est tôt détruit.

CHAPITRE IX.

DE L’OBÉISSANCE ET DE LA SUBJÉTION.

Qu’il fait bon obéir! que l’homme a de mériteQui d’un supérieur aime à suivre les lois,

Qui ne garde aucun droit dessus son propre choix,Qui l’immole à toute heure, et soi-même se quitte!L’obéissance est douce, et son aveuglementLornie un chemin plus sdr que le commandement,Lorsque l’amour la fait, et non pas la contrainte ;Mais elle n’a qu’aigreur sans cette charité,

Lt c’est un long sujet de murmure et de plainteQuand son joug n’est souffert que par nécessité.

"luus ces devoirs forcés où tout le cœur s’oppose^acquièrent à l’esprit ni liberté ni paix.

^juie qui te commande, ou n’y prétends jamais;k’il n’est aimable en soi, c’est Dieu qui te l’impose.L°urs deçà, cours de là, change d’ordre ou de lieux,® P°ur bien obéir tu ne fermes les yeux ,f u ne trouveras point ce repos salutaire,

Lf tous ceux que chatouille un pareil changement" y rencontrent enfin qu’un bien imaginaire

J °nt la

trompeuse idée échappe en un moment.

es t vrai que chacun volontiers se conseille,

Qu’il

Et

aime que son sens règle ses actions,

^ tourne avec plaisir ses inclinationsers c «ux dont la pensée à la sienne est pareille ;jl a ' s i si le Dieu de paix règne au fond de nos cœurs,^faut les arracher à toutes ces douceurs,e tous nos sentiments soupçonner la faiblesse,

N es dédire souvent, et, pour mieux le pouvoir,

°Us souvenir qu’en terre il n’est point de sagessesan s aucune erreur puisse tout concevoir.

q 6 P Te nds donc pas aux tiens si pleine confiance,. Ue tu n ’ouvres l’oreille encore à ceux d’autrui ;

Et

quand tu te convaincs déjuger mieux que lui,uie à ton Dieu cettejuste croyance.

On va d’un pas plus ferme à suivre qu’à conduire;L’avis est plus facile à prendre qu’à donner :

On peut mal obéir comme mal ordonner ;

Mais il est bien plus sûr d’écouter que d’instruire.

Je sais que l’homme est libre, et que sa volontéEntre deux sentiments d’une égale bontéPeut avec fruit égal embrasser l’un ou l’autre ;

Mais ne point déférer à celui du prochain,

Quand l’ordre ou la raison parle contre le nôtre,C’est montrer un esprit opiniâtre ou vain.

CHAPITRE X.

qu’il FAUT SE GABDEK DE LA SUPERFLUITÉ DESPAROLES.

Fuis l’embarras du monde autant qu’il t’est possible;Ces entretiens du siècle ont trop d’inanité,

Et la paix y rencontre un obstacle invincibleLors même qu’on s’y mêle avec simplicité.

Soudain l’âme est souillée, et le cœur fait esclaveDes vains amusements qu’ils savent nous donner;Leur force est merveilleuse, et pour un qui les braveMille à leurs faux appas se laissent enchaîner.

Leur amorce flatteuse a l’art de nous surprendre,

Le poison qu’elle glisse est aussitôt coulé ;

Et je voudrais souvent n’avoir pu rien entendre,

Ou n’avoir vu personne, ou n’avoir point parlé.

Qui donc fait naître en nous cette ardeur insensée,Ce désir de parler en tous lieux épandu,

S’il est si malaisé que sans être blesséeL’âme rentre en soi-même après ce temps perdu?

N’est-ce point que chacun, de s’aider incapable,Espère l’un de l’autre un mutuel secours,

Et que l’esprit, lassé du souci qui l’accable,

Croit affaiblir son poids s’il l’exhale en discours?

Du moins tous ces discours sur qui l’homme se jette,Son propre intérêt seul les forme et les conduit;

Il parle avec ardeur de tout ce qu’il souhaite,

Il parle avec douleur de tout ce qui lui nuit.

Mais souvent c’est en vain, et cette fausse joieQu’il emprunte en passant de l’entretien d’autrui,