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Tome second.
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318
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L IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.

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Ne dors pas toutefois, et fais de ton côtéTout ce que tu peux faire,

Il ne manquera point d’agir avec bontéEt de fournir comme vrai pèreDes forces à ta volonté.

Mais ne t’assure point sur ta haute science,

Ni sur celle d’autrui;

Leur conduite souvent brouille la conscience,

Et Dieu seul est le digne appuiQue doit choisir ta confiance.

C’est lui qui nous fait voir l’humble et le vertueuxÉlevé par sa grâce ;

C’est lui qui nous fait voir son bras majestueuxTerrasser l’insolente audaceDont s’enfle le présomptueux.

Soit donc qu’en ta maison la richesse s’épande,

Soit que de tes amis

Le pouvoir en tous lieux pompeusement s’étende,Garde toujours un cœur soumis,

Quelque honneur par là qu’on te rende.

Prends-en la gloire en Dieu, qui jamais n’est bornéDans son amour extrême,

En Dieu, qui donnant tout sans être importuné,Veut encor se donner soi-même,

Après même avoir tout donné.

Souviens-toi que du corps la taille avantageuseQui se fait admirer,

Ni de mille beautés l’union merveilleusePour qui chacun veut soupirer,

Ne doit rendre une âme orgueilleuse.

Du temps l’inévitable et fîère aviditéEn fait un prompt ravage,

Et souvent avant lui la moindre infirmitéLaisse à peine au plus beau visageLes marques de l’avoir été.

Si ton esprit est vif, judicieux, docile,

N’en deviens pas plus vain ;

Tu déplairais à Dieu, qui te fait tout facile,

Et n’a qu’à retirer sa mainPour te rendre un sens imbécile.

Ne te crois pas plus saint qu’aucun autre pécheur,Quoi qu’on te veuille dire ; [cœur,

Dieu, qui connaît tout l'homme, et qui voit dans tonSouvent te réputé le pire,

Quand tu t’estimes le meilleur.

Ces bonnes actions sur qui chacun se fondePour t’élever aux cieux

Ne partent pas toujours d'une vertu profonde;

Et Dieu, qui voit par d’autres yeux,

En juge autrement que le monde.

Non qu’il nous faille armer contre la véritéPour juger mal des nôtres;

Voyons-en tout le bien avec sincérité,

Mais croyons encor mieux des autres,

Pour conserver l’humilité.

Tu ne te nuis jamais quand tu les considèresPour te mettre au-dessous;

Mais ton orgueil t’expose à d’étranges misères,

Si tu peux choisir entre eux tousUn seul à qui tu te préfères.

C’est ainsi que chez l’humble une éternelle paixFait une douce vie,

Tandis que le superbe est plongé pour jamaisDans le noir chagrin de l’envie.

Qui trouble ses propres souhaits.

CHAPITRE VIII.

qu’il faut éviter la TROP GRANDE FAMILIARll®

Ne fais point confidence avec toutes personnes;

Regarde où tu répands les secrets de ton cœur;

Prends et suis les conseils de qui craint le Seigneur;

Choisis tes amitiés, et n’en fais que de bonnes;

Hante peu la jeunesse, et de ceux du dehorsSouffre rarement les abords.

Jamais autour du riche à flatter ne t’exerce;

Vis sans démangeaison de te montrer aux grands;

Vois l’humble, le dévot, le simple, et n’entreprends

De faire qu’avec eux un long et plein commerce;

Et n’y traite surtout que des biens précieuxDont une âme achète les cieux.

Évite avec grand soin la pratique des femmes,

Ton ennemi par là peut trouver ton défaut;

Recommande en commun aux bontés du Très-IIa ut

Celles dont les vertus embellissent les âmes;

Et, sans en voir jamais qu’avec un prompt adieu,Aime-les toutes, mais en Dieu.

Ce n’est qu’avec lui seul, ce n’est qu’avec ses anges

Que doit un vrai chrétien se rendre familier :

Porte-lui tout ton cœur, deviens leur écolier;

Adore en lui sa gloire, apprends d’eux ses louange®

Et, bornant tes désirs à ses dons éternels,

Fuis d’être connu des mortels.